
Réalisateur : Gerry O’Hara
Année de Sortie : 1994
Origine : États-Unis / Israël / Égypte
Genre : Malédiction Égyptienne
Durée : 1h37
Le Roy du Bis : 6/10
La Malédiction de Seth
Durant les années 90 le cinéma d’horreur est en perte de vitesse et tend à se métamorphoser. Face à la pénurie de tueurs masqués, les majors Hollywoodiennes misent sur de nouveaux croquemitaines de légende (Candyman, Le Silence des Agneaux) capable de séduire le public. Plusieurs cinéastes tentent néanmoins de remettre les vieux monstres sacrés sur le devant la scène : Dario Argento (Le Fantôme de l’Opéra), Ted Nicolaou (Subspecies), Kenneth Branagh (Frankenstein), Francis Ford Coppola (Dracula). Gerry O’Hara fait partie de ceux-là, et offre l’occasion à une momie antique de se venger des profanateurs de son tombeau.
Les Profanateurs de Sépulture
Produit par le nabab Yoram Globus à la tête de Global Pictures, Momie : La Résurrection s’ouvre sur un monologue nébuleux et abscons lié à l’astrologie avant de dévoiler son intrigue vaguement inspirée d’une nouvelle d’Edgar Allan Poe (Petite Discussion avec une momie). Il y a 3000 ans, Aziru fut condamné à être momifié vivant après avoir fricoté avec Kia, une prêtresse sacrée. Lorsqu’un groupe d’archéologues exhume sa carcasse desséchée, le docteur Mohassid cherche à empêcher les profanateurs de s’accaparer la dépouille et les artefacts découverts dans la chambre funéraire. Dans le même temps, le protecteur du défunt commence à porter un intérêt soudain pour l’égyptologue Sandra Barnes, qui semble s’affirmer comme la réincarnation de Kia.
On vient chercher un plaisir simple, celui d’une malédiction antique qui se déploie dans les recoins sombres d’un tombeau égyptien. Et l’on découvre au passage, un récit qui rejoue avec pertinence et un brin d’opportunisme, un passé typiquement colonial. Le film s’ouvre sur une équipe d’explorateurs persuadés d’être les dépositaires d’une mission scientifique, alors qu’ils entrent littéralement en effraction dans un tombeau millénaire. Derrière leur excitation d’archéologues, on devine sans peine l’écho des grandes heures du pillage organisé, quand on déterrait pharaons et divinités pour en remplir vitrines et musées destinés aux touristes friqués.

Le film ne théorise rien mais cadre ses personnages avec suffisamment de recul pour faire rejaillir cette vieille arrogance coloniale, à travers l’idée que les découvertes historiques appartiennent à ceux qui les mettent en caisse, et que les légendes ne sont que des curiosités exotiques destinées à divertir les salons européens. Dès lors, la malédiction de Seth commence à s’abattre sur les pilleurs de tombes (rituel d’embaumement pratiqué sur un égyptologue vivant, accident meurtrier par écrasement, griffes de chats empoisonnées et venin de serpent).
La Momie au cœur d’Artichaut
Si le scénario fait immédiatement penser à celui du blockbuster de Stephen Sommers (La Momie), notamment pour sa dimension romantique et macabre, le film de Gerry O’Hara ne peut évidemment compter sur les moyens pharaoniques de la Universal ou sur les images de synthèses d’ILM. Bien qu’Anthony Perkins (Psychose) fut d’abord pressenti pour incarner le rôle titre, le comédien décéda finalement du Sida, contraignant le producteur à embaucher Tony Curtis, toujours enfermé dans le carcan de ses rôles de gentleman romanesque et passionné (Les Vikings, Spartacus).
Mais l’aventure, la vraie, n’a pas besoin d’effets spéciaux numériques tapageurs pour s’apprécier pleinement. C’est aussi une question de rythme, de décors et de création d’ambiance. Et sur ce terrain, Momie : La Résurrection fonctionne étonnamment bien grâce à son atmosphère lyrique (éclairages argentesques et bleutés, stroboscopes simulant les éclairs et effets de brumes occultes, quelques envolées musicales mélodramatiques), et ses environnements tirés du site archéologique de Gizeh, de Louxor, et du Caire. Le film embrasse avec une certaine forme de naïveté tout ce que l’on aime dans les récits de malédictions antiques ; les temples et ruines ensablés, des hiéroglyphes et avertissements qu’on ignore sciemment pour percer un mystère séculaire…
Il y a des œuvres qui, derrière leurs arguments commerciaux, parviennent à réveiller bien plus qu’une momie au cœur d’Artichaut. Momie : La Résurrection fait partie de ce patrimoine cinématographique bis traversé par une ambiance fascinante liant le mysticisme oriental à l’épouvante hérité de la gothique Hammer. On retrouve dans le film l’esprit d’un cinéma fantastique exotique et désuet, qui nous transporte et révèle sous la poussière de son intrigue une réflexion plus contemporaine. L’histoire des momies qu’on déterre pour faire frissonner les touristes finit par devenir celle d’un peuple qu’on a longtemps dépossédé de ses ancêtres et trésors.



