
Réalisateur : Lewis Baumander
Année de Sortie : 1997
Origine : États-Unis / Canada
Genre : Pandémie Mortelle
Durée : 1h17
Le Roy du Bis : 3/10
Le Chapelier Fou
Au tournant des années 90, l’humanité redécouvrait le plaisir coupable de frissonner devant un scénario catastrophe lié aux épidémies décimant l’humanité : Ebola faisait la une des journaux, et alors que le SRAS allait bientôt poindre le bout de sa couronne, l’industrie du 7ème art en profitait pour capitaliser sur nos angoisses virologiques. Après tout, rien de tel qu’un bon pathogène pour ranimer le box-office. En 1997, Epidemia (Future Fear) produit par la galaxie Corman imaginait déjà un monde ravagé par un virus venu de l’espace, preuve qu’à défaut de budget, on pouvait toujours viser les étoiles.
L’intrigue d’Epidemia se déroule en 2018 et entre en parfaite résonance avec les délires et fantasmes complotistes contemporains, voyant dans le Covid-19 un moyen de contrôle et de régulation du gouvernement pour éliminer les populations les plus faibles et âgées, creusant le déficit de la sécurité sociale et des retraites. Ici le virus ne résulte pas de l’orgie d’un pangolin et d’une chauve-souris mais d’un corps céleste (une comète) servant les intérêts génocidaires d’un seul homme, nazi qui plus est : le général Wallace.
Moins extrême et cruelle que les chambres à gaz, mais tout aussi mortelle, cette arme bactériologique décimant l’humanité permettrait ainsi à une nouvelle génération Aryenne née dans des éprouvettes de prendre le contrôle de la planète afin d’établir un quatrième Reich millénaire. Le Dr John Denniel cherche donc à sauver l’humanité à l’aide d’un vaccin, mais sa femme tente de l’en empêcher afin d’épargner les embryons de son père atteint de la folie des grandeurs…

Ce mélange de virus spatial, de complots nazis et d’épuration mondiale peine toutefois à convaincre, en raison d’un rythme déficient, d’effets artificiels bon marché, et de séquences d’action diluées au cœur d’un montage alterné. Les nombreux flashbacks nous éclairent néanmoins sur l’origine des événements et sur les raisons poussant son couple de scientifiques à s’écharper violemment dans l’environnement étroit d’un vestibule, d’un labo, d’un bar et d’un bureau.
Epidemia s’impose donc rapidement comme une sorte de Mr and Mrs Smith avant l’heure, où un couple que tout oppose sur le plan idéologique s’affronte en hélicoptère, sous terre, dans les toilettes et même dans un tas d’ordures ménagères pour décider du sort de l’humanité toute entière. Entre deux fusillades, châtaignes et mandales, le héros a le temps de se cuisiner un casse-dalle et de se serrer nerveusement les bijoux de famille. Stacy Keach cachetonne dans ses rares apparitions contractuelles, Maria Ford fait tomber le haut, tandis que Jeff Wincott bande les muscles et se livre à un véritable numéro de cabotinage, comme désinhibé par les effets d’une substance psychotrope.
En féru d’Alice au Pays des Merveilles, John Denniel donne des surnoms à ses interlocuteurs en lien avec l’œuvre de Lewis Carroll, s’attribuant lui-même le rôle du chapelier fou. Dans un flash-back, le héros boit le thé et fête un non-anniversaire avec sa femme nue, avant de s’adonner à une partie de jambes en l’air. Ces séquences surréalistes s’accordent assez mal avec les enjeux dramatiques du film, baignant dans une forme de second degré étrange parfois suspendu à une découverte morbide comme cette classe d’élèves retrouvés morts. Malheureusement, une fois privé de ses rares effets, l’argument devient rapidement orphelin, et le terrain des idées désertique.



