[Critique] – Fear


Fear affiche film

Réalisateur : James Foley

Année de Sortie : 1996

Origine : États-Unis / Canada

Genre : Copain Psychopathe

Durée : 1h37

Le Roy du Bis : 6,5/10


Qui est ton Papa ?


Nicole Walker, une fille à papa de seize ans, tombe sous le charme de David McCall, un jeune homme protecteur et séduisant. Très vite, une relation passionnelle s’installe entre eux, au grand dam de Steve, le père de Nicole, qui perçoit chez David des zones d’ombre inquiétantes. Ce qui s’annonçait comme une idylle adolescente bascule progressivement vers une emprise malsaine. Derrière son apparente perfection, David révèle une personnalité possessive, instable et violente.

Dans Fear, l’intrigue épouse la forme d’un véritable cauchemar parental, celui de voir sa fille candide se faire déflorer, manipuler et pervertir par de mauvaises fréquentations. Mais derrière cet argument racoleur de série B se joue en réalité un affrontement bien plus révélateur entre deux figures masculines antagonistes, luttant pour le contrôle d’une adolescente en plein bouleversement hormonal. Steve (William L. Petersen) incarne une autorité rigide et réactionnaire qui peine à accepter l’émancipation sexuelle et affective de sa fille autrement que par la contrainte. En face, David (Mark Wahlberg, magnétique), s’immisce sournoisement dans le cocon familial avec ses jeux de séduction et ses tentatives de manipulation.

Fear critique film

Le film orchestre alors un véritable jeu de domination pervers, où Nicole devient l’enjeu d’un duel masculin. Chacun tente d’imposer sa loi, révélant en creux une objectification de l’adolescente (la gourmette « Daddy’s girl » dans la boîte à bijoux de Nicole retouchée en « David’s Girl », le tatouage « Nicole 4 eva » de David sur son torse). Cette rivalité se charge progressivement d’une tension domestique et sexuelle diffuse. Le malaise ne se limite d’ailleurs pas aux rapports filiaux ou au couple d’ados, mais contamine l’ensemble du foyer, d’abord entre le patriarche et Margo (Alyssa Milano en séduisante bimbo), mais aussi entre David et sa belle-mère Laura (Amy Brenneman), prise dans des interactions ambiguës avec lui (les leçons de jardinage, les jeux autour de la piscine), accentuant encore le trouble et fissurant un peu plus l’équilibre familial.

À mesure que les rapports se tendent, le film opère un glissement progressif du teen movie relativement balisé vers un thriller nettement plus dérangeant. L’engrenage de violence, d’abord suggéré à travers des signes discrets (un regard de travers, un sourire narquois, une remarque déplacée), s’emballe à travers les excès et troubles du comportement de David (la confrontation virile entre David et Steve), jusqu’à devenir excessif et incontrôlable : le lynchage de Gary, le viol de Margo, le saccage de la maison, le meurtre du policier, la décapitation du chien…

Ce basculement trouve son point culminant dans un dernier acte à couteaux tirés, qui emprunte les codes du home invasion. Le foyer se transforme en zone de siège, théâtre d’une confrontation sanglante et brutale. En opposant deux figures de masculinité dysfonctionnelle (l’une paternaliste, l’autre prédatrice), le film esquisse une critique plus acide qu’il n’y paraît d’un patriarcat oppressant et de ses impasses. L’intrigue offre toutefois le bon rôle au paternel, lui permettant in fine de délivrer sa fille du petit ami insolent et psychotique grâce à la force et à la synergie du noyau familial. Sans aller jusqu’à atteindre l’orgasme, Fear dépasse néanmoins le cadre du thriller adolescent mainstream grâce à ses montagnes russes ascensionnelles bien senties.

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