[Critique] – Goal of the Dead : Première Mi-Temps


Goal of the Dead affiche film

Réalisateur : Benjamin Rocher

Année de Sortie : 2014

Origine : États-Unis

Genre : Zombies Footeux

Durée : 1h07

Le Roy du Bis : 3/10
Thibaud Savignol : 6/10


Les valeurs du sport


Les stars millionnaires, les Coupes du monde, Ligues des champions et autres ballons d’or, voilà la vitrine du football actuel. Du glamour, du spectacle et des étoiles dans les yeux pour tous les kids de la planète. Mais loin des caméras, loin de la surmédiatisation, ce sport se joue d’une autre façon : bienvenue dans l’univers du district. Ici le cœur parle avant les pieds, la moitié de l’équipe décuve de la veille et les supporters se résument à vos potes ou votre famille. Bien sûr, la troisième mi-temps s’y joue aussi sérieusement que les deux précédentes. Et c’est ce football là qui va se confronter aux strass du Paris Olympique, un soir de 32e de finale de Coupe de France.

Ploucville

Le but revendiqué par le scénariste Nicolas Peufaillit (césarisé pour Un Prophète) est un retour à peine déguisé à l’horreur US des seventies, qui ne cessa de confronter le citadin à son homologue redneck. Dans Goal of the Dead c’est la capitale contre la «province» (terme utilisé par les parisiens pour désigner toute localisation en France), les pros contre les amateurs et ce qu’une telle confrontation peut déclencher. Mais aussi comment on peut briser ces barrières superficielles ; pas spécialement pour l’amour du jeu, mais plutôt pour survivre une fois qu’une horde d’infectés enragés sont lancés aux trousses des protagonistes.

C’est donc un soir de fête à Caplongue, petite ville du Nord de l’Hexagone. Mais c’est aussi le retour attendu de Samuel Lorit, enfant prodige du club nordiste, parti il y a 17 ans porter les couleurs du Paris Olympique. Un événement vécu comme une trahison. De quoi multiplier les personnages, les enjeux et les rancœurs. Inspiré par la superbe série britannique Dead Set, Goal of the Dead est d’abord envisagé sous ce format là. Mais face aux refus rencontrés, et ne voulant pas abandonner ce projet atypique, l’œuvre est alors repensée comme un gros long-métrage de plus de deux heures. Un tout ensuite découpé en deux mi-temps, chacune confiée à un réalisateur différent, afin de rendre l’ensemble plus digeste. Impossible cependant de ne pas y déceler un esprit sérial qui a laissé des traces.

Goal of the Dead Critique Film

La première mi-temps ressemble en effet à un épisode pilote, où l’exposition atteint quasiment l’heure de film. Il y a pas mal de personnages à installer, de relations à expliciter et d’enjeux à créer. Et loin d’être ennuyeuse, la multiplication de points de vue dynamise le rythme, bien aidée par une caractérisation simple et efficace des protagonistes : la star tête à claques, la journaliste ambitieuse, le pré-retraité égocentrique, le médecin revanchard ou encore les ultras déconneurs. Tout ce beau monde a rendez-vous au stade, tandis qu’une menace insidieuse ne va pas tarder à venir gâcher la fête.

Le rectangle vert

Il est toujours compliqué de mettre en scène un match de foot sans que l’ensemble sonne faux. Benjamin Rocher choisit ainsi l’impact émotionnel sur la lisibilité de l’action, s’évitant une reproduction en toc. En empruntant le style de montage du Speed Racer des Wachowski, il mélange les différentes échelles de plan lors de surimpressions du meilleur effet. L’objectif est d’imbriquer les actions sur la pelouse aux réactions des dirigeants et des supporters en tribune, unissant de facto tous les protagonistes autour d’enjeux communs.

Alors en pleine mode du zombelard, le jeune réalisateur, déjà auteur de La Horde cinq ans plus tôt, s’amuse à reproduire les codes du moment. Si le titre emprunte aux classiques du genre avec son suffixe «of the dead» (Dawn, Day, Shaun), les infectés eux sont loin du rythme pachydermique cher à Romero. Ils foncent tels des furies à travers la ville, gerbent par hectolitres une substance blanchâtre pour contaminer leur prochain, festoient tels des supporters hystériques du PSG et tentent à l’occasion de croquer ceux qui se dressent sur leur chemin. On se rapproche ainsi beaucoup plus de 28 jours plus tard ou de REC, notamment en ce qui concerne le patient zéro, rappelant au doux souvenir de Tristana Medeiros.

Malgré une première partie chiche en horreur, le casting cinq étoiles (Alban Lenoir, Bruno Salomone, Ahmed Sylla, Patrick Ligardes) et un rythme savamment dosé emportent l’adhésion. Toujours dans cet esprit de série, les dernières secondes accouchent d’un cliffhanger un brin telenovela, mais qui vient rabattre les cartes entre plusieurs personnages. Tout est désormais en place pour lâcher l’apocalypse dans Caplongue.

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