
Réalisateur : Thierry Poiraud
Année de Sortie : 2014
Origine : France
Genre : Zombies Footeux
Durée : 1h05
Le Roy du Bis : 3/10
Thibaud Savignol : 6/10
Le football il a changé
Que les amoureux du beau jeu, du football champagne et des stars passent leur chemin. Dans Goal of the Dead on préfère célébrer les tacles décollés du sol, les pieds carrés et les hordes de supporters du dimanche. Projet atypique qu’est ce long-métrage de plus de deux heures, divisé en deux mi-temps, une pour introduire tout son monde, la seconde pour les confronter à l’apocalypse zombie. Le segment dont il est question ici est la suite logique et directe aux événements précédents. On retrouve donc nos protagonistes dispatchés aux quatre coin de la ville, tous pris au piège dans des lieux différents, et devant désormais lutter pour leur survie.
Clairement pensé comme une série, l’exposition a permis de révéler relations, traumas et enjeux humains. Les scénaristes se sont donc amusés à rassembler duo ou trio incompatibles pour qu’ils tentent de s’en sortir en dépassant leur préjugés. La starlette doit faire équipe avec le supporter lourdaud du coin, le footballeur has-been est confronté aux retrouvailles avec son père et se rabiboche avec la journaliste aux dents longues, tandis que l’entraîneur et l’agent de l’Olympique de Paris, aux valeurs diamétralement opposées tentent de faire bloc. Évidemment, tout le monde ne survivra pas et tout le monde ne réussira pas à mettre ses différents de côté.
Malheureusement, à l’inverse d’une première partie rythmée, croquant ses personnages avec malice, la seconde s’étend par moments plus que de raison. De longs tunnels de dialogues peu intéressants se succèdent, peinant à incarner les enjeux dramatiques. Si le duo Salomone/Ligardes fait des étincelles, l’un avide de fric l’autre profondément sportif dans l’âme, celui composé par Ahmed Sylla et un ultra au grand cœur, entre débats sur les origines et appartenance au club, apparaît plus empatté. Quant au trio entre Alban Lenoir, son père et sa fille, loin d’être raté, il apparaît surtout comme archétypale, tentant d’être le vecteur émotionnel du récit.

La narration a beau caler par instants et l’humour taper juste une fois sur deux, Thierry Poiraud assure côté spectacle. Après une première partie un peu soft côté horreur, exposition oblige, il est temps de plonger au cœur de l’apocalypse. Face à cette horde de supporters en furie, impossible de parvenir à s’en sortir indemne. Le réalisateur nous gratifie ainsi de quelques affrontements brutaux et graphiques. On pourra ainsi admirer une sublime décapitation à coups de crampons, une tête explosée au pompe dans un sublime ralenti, ou encore quelques mastications bien saignantes. Sur cet aspect, le contrat est rempli.
L’ingéniosité du script est de nous balader à droite à gauche de Caplongue, de visiter la ville en large et en travers (domicile du médecin responsable, bar, gendarmerie, rues chaotiques) avant de rapatrier tout ce beau monde au stade. L’occasion pour les supporters, les habitants et les footeux de fusionner lors d’un dernier acte dantesque. Ayant pu s’adjoindre les services du chef opérateur Matias Boucard (L’Odyssée et Athena depuis), l’image devient surréelle, avec ce terrain brumeux entièrement illuminé via des fumigènes. Les dribbles se succèdent pour venir à bout des infectés, les ralentis en imposent et les giclées gores euphorisent.
À travers ce climax débridé, la mise en scène épouse enfin les sensations que tout fan de foot espère à chaque rencontre : le stress de l’incertitude et la jouissance du spectacle. On pardonne ainsi les errances d’une deuxième partie un peu déséquilibrée, afin de saluer un projet original, fait avec passion et peu d’argent, dans des conditions difficiles (tournage serré, de nuit, avec moult galères), qui détonne dans le paysage horrifique français. Maintenant, on attend la troisième mi-temps.



