
Réalisateur : Victor Salva
Année de Sortie : 2003
Origine : États-Unis
Genre : Créature Affamée
Durée : 1h39
Le Roy du Bis : 5/10
Thibaud Savignol : 6/10
It’s Raining Men
Carton surprise du début du siècle, les producteurs de Jeepers Creepers ne pouvaient en rester là. Financé en partie par la firme American Zoetrope du célèbre Francis Ford Coppola, ce dernier étant dans l’ombre du jeune réalisateur depuis quelques temps (dès Clownhouse en 1989), le budget est revu à la hausse pour cette séquelle. Dans un pur esprit Cameronnien, Jeepers Creepers 2 est à Jeepers Creepers ce qu’Aliens est à Alien ou Terminator 2 à Terminator. Après un premier essai horrifique original, place à l’artillerie lourde, aux traditionnelles suites Bigger and Louder mises en place par le réalisateur canadien depuis 40 ans.
Le Syndrome du vestiaire
Dès son introduction, tout en filtres jaunâtres évoquant avec nostalgie les étalonnages saturés des années 2000, Salva remploie immédiatement les codes de son univers. Célèbre pour sa position d’épouvantail christique au milieu de champs américains qui s’étendent à perte de vue, le Creeper frappe fort d’entrée en enlevant le benjamin d’une famille de fermiers. Déjà à son 22ème jour de chasse (il revient chasser tous les 23 ans durant 23 jours), il décide ensuite de prendre en chasse l’entièreté d’un bus scolaire, rempli à ras bord de lycéens basketteurs, de pom-pom girls et d’un apprenti journaliste.
Fini le long jeu du chat et de la souris du premier épisode, place désormais à un carnage en règle. Le réalisateur ne perd pas de temps en présentation, livrant ainsi rapidement un amas de chair à canon à sa créature. Malin également de se débarrasser des quelques figures d’autorité dès le premier tiers du film (la chauffeuse, le coach et son assistant). Livrés à eux-mêmes, ces ados bourrés d’hormones sont rapidement confrontés à l’entité démoniaque qui rôde autour de ses proies.

De jeunes éphèbes bourrés d’hormones donc, mais surtout mis en valeur par un Salva plus érotomane que jamais. Ce n’est pas pour rien si cette saga transpire autant le souffre depuis 20 ans. Condamné au début des années 90 pour abus sexuel sur un mineur et détention de vidéos pédo-pornographiques, le réalisateur américain a purgé sa peine et repris le coup de sa carrière en 1995. Lorsque son passé refait surface au moment du troisième opus en 2015, il est lâché de toute part, si bien que le volet suivant se fera sans lui. L’homme, l’artiste, la morale, chacun se fera son avis.
Psychanalyse mortifère
Mais en 2003, les torses imberbes et musculeux de jeunes hommes virils ne le laissent pas indifférent. Filmés sous toutes leurs coutures, ils participent à cette ambiance trouble, lubrique, crypto-gay, où les trois pom-pom girls sont vite reléguées au rang de faire-valoir oubliable. Dès lors, la créature apparaît comme l’alter-égo obscène de Victor Salva lui-même, dont la faim ne peut être contenue indéfiniment. Un exutoire flagrant lorsque le Creeper, tête à l’envers sur le pare-brise du bus, désigne une à une ses prochaines victimes parmi les basketteurs, la langue pendante, le regard fiévreux et l’excitation palpable. Une façon comme une autre d’exorciser ses propres démons.
Un démon qui est clairement le meilleur atout de cette saga. Le Creeper est une créature protéiforme cauchemardesque, qui ne renie pas quelques accointances avec certains Boogeymen de slashers. En effet, au-delà d’une voracité hors du commun, son look de cow-boy et son sens de l’humour mordant en font un prédateur digne successeur des Chucky et autre Freddy. Pas le dernier pour ironiser sur la mort prochaine de ces victimes, le monstre bénéficie de caractéristiques surnaturelles qui l’ancre immédiatement dans un fantastique pur et dur à la Lovecraft. Il n’y a qu’à voir ses ailes immenses dignes d’un ange déchu se déployer ou sa façon d’ingurgiter des têtes fraîchement découpées pour remplacer la sienne en trop mauvais état.
S’il ne réinvente pas la poudre, là où son prédécesseur renouvelait lui le thriller routier avec brio, Jeepers Creepers 2 a l’intelligence de rapidement lancer les hostilités. Certes, on remarquera quelques ficelles pour amener tout ce beau monde à crapahuter dans la pampa avec une cible dans le dos, mais le rythme alerte et la multitude de personnages permettent au récit d’éviter les temps morts ou les longs intermèdes verbeux. Ça fait le coq, ça serre les mâchoires très fort et ça se compare la bite à chaque seconde, avant de se faire déguster tout cru. Au final, pour rester en vie, évitez juste le sport.



