
Réalisateur : Andrew Jones
Année de Sortie : 2018
Origine : États-Unis
Genre : Poupée hantée
Durée : 1h17
Thibaud Savignol : 2/10
Flash Back
Baptisé par certains de Charles Band anglais, de par son goût pour le bis fauché, déglingué et les poupées tueuses, Andrew Jones aurait pu s’abstenir d’en imiter également les techniques les plus frauduleuses. Car oui, son Revenge of Robert, quatrième et avant dernier opus de sa saga consacrée à la poupée tueuse, est une entourloupe digne du producteur filou américain. Si il n’atteint pas les sommets de malhonnêteté d’un Puppet Master : The Legacy (patchwork disgracieux des épisodes précédents greffés à quelques nouvelles séquences tournées en deux jours), la fainéantise crasse de l’ensemble à de quoi irriter même le spectateur le plus endurant.
1h17 au compteur génériqueS et images d’archives compris, et sorti seulement six mois après son prédécesseur The Toymaker, les premiers signaux n’augurent rien de bon. Censé être une suite directe aux événements précédents (le marionnettiste Amos traqué par les nazis), le long-métrage se veut d’abord une préquelle avant de reprendre le cours de son récit. Si les résumés parlent de Robert luttant avec des hommes de mains d’Hitler dans un train, précisons d’emblée qu’il s’agit là seulement du dernier quart du film. Le spectateur aguiché par un synopsis bien bis et possiblement débridé devra d’abord se farcir l’apathique et franchement inutile narration qui précède.
En effet, plutôt que de reprendre Amos là où l’avait laissé en 1941, Andrew Jones a jugé bon de revenir en 1939 pour raconter comment le livre ancien aux formules mystiques est arrivé dans les mains du marionnettiste. Il se lance alors dans une sorte de drame intimiste claqué au sol, où une femme battue trouve refuge auprès d’un vagabond, lui-même salaud patenté, avant de finir sous le toit d’une âme charitable, qui ne le sera pas bien longtemps. Inintéressant au possible, desservi par des acteurs totalement perdus (mention à Gareth Lawrence en clochard violent outrancier au possible), les 40 premières minutes constituent un calvaire incompréhensible.

Du vide artificiel, des dialogues à la ramasse filmés par dessus la jambe et un rythme indolent, le tout pour étirer un pitch intriguant mais impossible à tenir vu le budget encore famélique. On se gaussera devant cette longue séquence de dîner dialoguée à trois, où chacun rivalise de silences forcés, de grimaces démesurées et d’un débit syncopé. Et la narration de reprendre là où s’était arrêté The Toymaker, comme si de rien n’était, sans que ces deux premiers actes interminables n’ajoutent quoi que ce soit à la dramaturgie de l’ensemble.
La demi-heure restante s’active un peu : un agent SS et son homologue britannique traquent le vieux Amos et son livre mystique dans un train en route pour Nuremberg (clin d’œil clin d’œil). Décidément dans une forme Nolanienne, Jones en profite pour greffer une nouvelle timeline, illustrant la vie passée de l’artisan lorsqu’il perdit ses deux enfants ; les poupées apparaissent ainsi comme ses bambins de substituions. De l’explicatif et de la psychologie de comptoir à tout va, pas sûr que la saga en sorte grandie à disséquer les moindres zones d’ombre de son univers.
Après un climax du pauvre, tout l’inverse de l’opus précédent, où Robert apparaît enfin le temps de 30 secondes pour occire un opposant (la seconde arnaque du long-métrage), c’est reparti pour un dernier twist scénaristique de derrière les fagots. L’œuvre n’est en fait qu’un préquel au premier film, cherchant à lier ce qui n’avait pas besoin d’être lié. D’une pauvreté extrême sur tous les plans (ah les jolis giclées de sang numérique façon Paint), The Revenge of Robert marque un coup d’arrêt pour la saga, jusque là imparfaite mais parsemée de quelques bonnes idées et pas dénuée d’un certain charme. On croise les doigts pour l’ultime chapitre.



