[Critique] – Blue Chips


Blue Chips affiche film

Réalisateur : William Friedkin

Année de Sortie : 1994

Origine : États-Unis

Genre : Basket-ball

Durée : 1H48

Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 6/10


Le Sport il a changé


Le basket il a changé. Et d’une manière générale, le sport aussi. La professionnalisation et l’engouement populaire ont fini par en pervertir les nobles valeurs et en altérer la pureté. Sorti en 1994, Blue Chips s’enfonçait dans l’ornière des pratiques troubles du basket universitaire pour mieux en dénoncer les dérives. 

Nick le Rouge

Dans les années 90, le cinéma américain célèbre volontiers le sport à travers des récits populaires parfois même empreints de fantastique (Jusqu’au Bout du Rêve, Space Jam). Mais Blue Chips s’écarte du romantisme promotionnel des drames sportifs habituels pour dévoiler les coulisses d’un système gangrené : harcèlement, crises de nerfs, dessous de table, influence des médias et un racisme latent. L’histoire suit Pete Bell, entraîneur sur le déclin incarné par un Nick Nolte complètement survolté. Incapable de redynamiser son équipe, il enchaîne les défaites et essuie l’opprobre de la presse, à laquelle il répond avec une désinvolture rageuse.

Dans Blue Chips, on parle moins basket que de magouilles et pots de vin. L’introduction marque d’ailleurs le ton d’un long-métrage qui ne met pas de gants, et montre que même au niveau étudiant, la pression exercée sur les prospects reste excessive et moralement douteuse. Telle une tornade, Pete Bell retourne le vestiaire, vocifère, insulte, balance le mobilier et pousse ses joueurs au bord de la crise de nerf pour en tirer le meilleur avec un discours aussi rassembleur qu’Hervé Renard à la Coupe du Monde au Qatar. La caméra mobile et nerveuse colle les joueurs au plus près du parquet, couplée à un montage qui ne manque pas d’engagement et de vivacité.

Blue Chips critique film

La mise en scène est aussi dynamique et rentre-dedans que son principal interprète toujours dans l’excès et la théâtralité. Les tensions sont exacerbées et culminent dans une scène emblématique où Pete Bell, emporté dans une colère hystérique, envoie le ballon d’un coup de pompe dans les tribunes. Derrière son apparente outrance, cette séquence en dit long sur le fanatisme vers lequel tend la passion dévorante d’un sport qui demande plus que du cœur pour gagner, mais également du talent, et de l’argent.

Les Amis du Programme

Revoir Blue Chips trente ans plus tard permet de mettre en perspective l’évolution de cette professionnalisation à outrance. Si William Friedkin fait mine de cocher toutes les cases de la saga sportive (une équipe médiocre à mener vers la victoire), cela ne vise qu’à en subvertir les codes, pour mieux révéler la mascarade au grand jour. Tout est affaire d’hommes, mais le nerf de la guerre reste l’argent. Constituer une équipe compétitive ne dépend plus seulement du programme universitaire, mais d’un réseau d’influences et de négociations. Les recruteurs courtisent les familles, et chacun négocie son prix entre un tracteur, une voiture de sport, voire carrément une maison. 

D’abord réticent à l’idée de tremper dans cette corruption, Pete Bell se laisse porter par les boniments des « amis du programmes » et finit par céder à ces pratiques. À l’époque, ces arrangements contreviennent aux règles du sport amateur, là où aujourd’hui la rémunération des jeunes sportifs tient du secret de polichinelle. Le film agit comme un révélateur précoce d’un phénomène désormais largement assumé. Même si, obligations contractuelles oblige, la star de la NBA Shaquille O’Neal tente de se tenir bien éloigné de ces arrangements occultes et matchs truqués (la fameuse répartition des points).

Blue Chips critique film

William Friedkin impose une vision conservatrice sans toutefois révéler les profits générés par les académies universitaires et les droits télévisés. Mais cette logique économique, sous couvert d’équité, masque mal une exploitation structurelle. Car au fond, dans Blue Chips comme dans la vie, cela reste une affaire de points de vue. Celui d’un entraîneur borderline, jouant le rôle d’agent (il faut le voir courtiser les parents des joueurs en feintant la comédie), d’éducateur (aussi bien paternel que despotique), de gardien de l’ordre institutionnel. De l’autre, celui d’un col blanc véreux au sourire carnassier pour qui l’argent justifie tout. 

Là où le film sportif classique culmine dans un match menant l’équipe à la consécration après un sommet d’intensité émotionnel. Ici, il ne s’agit pas de mettre en scène une finale mais bien un match d’ouverture face au champion en titre. L’affrontement est intense. La pression est totale. La dramatisation alterne entre les phases d’action, les temps-morts, et les états d’âmes de son principal interprète tourmenté par ses agissements. 

Au lieu d’avoir l’effet cathartique escompté, la victoire laisse un goût amer. L’euphorie retombe rapidement au profit d’une sourde mélancolie. Le film s’achève sur une confession publique, lors d’une conférence de presse qui tient lieu de plaidoyer. Pete Bell y reconnaît ses compromissions, comme un aveu tardif face à un système qu’il ne peut plus cautionner. Ce dénouement, plus moral que spectaculaire, transforme le récit en mise en accusation. Et comme souvent, William Friedkin a choisi son camp. 

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