
Réalisateur : Jaume Collet-Serra
Année de Sortie : 2007
Origine : Royaume-Uni / États-Unis / Espagne / Allemagne
Genre : Ego Surdimensionné
Durée : 1H56
Le Roy du Bis : 3/10
La Vida Loca
Tout va très vite dans le football comme au cinéma. Après son ascension fulgurante chez les Magpies de Newcastle, le talentueux et fringant Santiago Munez revient sur le devant de la scène. Et comme personne ne dit jamais non à Florentino Perez, le jeune prodige mexicain cède aux sirènes des Merengue, véritable club tremplin vers le firmament européen. Exit la bruine, les tacles rugueux et le prolétariat anglais ; place à la vida loca, aux Lamborghini, villas luxueuses et soirées mondaines dans la capitale espagnole. Mais derrière les strass et paillettes de la Maison Blanche, la franchise Goal montre déjà des signes de fatigue. Amputée d’une vingtaine de millions de dollars après les recettes décevantes du premier opus, la saga semble avoir perdu une partie de son souffle et de ses ambitions. Et ce ne sont pas les apparitions des vedettes madrilènes qui suffiront à bercer longtemps le public adolescent d’illusions.
De la D1 à la C1
Malheureusement, la «consécration» attendue a tout d’un long chemin de croix. Car Santiago passe plus de temps à cirer le banc qu’à faire parler la poudre aux côtés de Zazie, Gronaldo et Beckhambauer. Entre les troisièmes mi-temps, le mercantilisme des tournées promotionnelles et le faste de la célébrité, Goal II perd progressivement de vue l’essentiel : le football. Résultat, le sport est relégué dans le décor, réduit à quelques entraînements avec les Galactiques et à des bribes de rencontres face aux cadors européens de l’époque, de l’OL de Juni au Barça de Ronaldinho, en passant par les Gunners de Titi Henry…
Jaume Collet-Serra filme les matchs comme un pied, à grand renfort de gros plans hystériques, de ralentis, de filtres imbitables et d’incrustations numériques hasardeuses. Le match en Norvège ressemble davantage à une campagne prussienne qu’à une soirée européenne. Tout paraît aussi artificiel que dans un jeu vidéo. On devine évidemment les contraintes logistiques, financières et techniques qu’impose la reconstitution crédible d’un match de football professionnel sans disposer des moyens d’une retransmission télévisée officielle. Mais Danny Cannon parvenait au moins à insuffler un semblant d’énergie et de lisibilité à ses séquences sportives.

Plus intéressé par les crises de diva et les états d’âme de son héros, Jaume Collet-Serra déserte progressivement les vestiaires pour livrer une succession d’intrigues dignes d’une telenovela espagnole, censée faire monter l’intensité dramatique d’un cran. Santiago se retrouve donc tiraillé de toute part entre un demi-frère pickpocket débarqué de nulle part, un adultère patenté (entre la rosbif sainte nitouche et la bimbo latino, son cœur balance), et un nouveau statut de star difficile à gérer, sans oublier une blessure qui l’écarte des terrains pendant une bonne partie de la saison. Le problème n’est pas tant l’accumulation de péripéties que leur traitement, le film les aborde avec un tel aplomb qu’il finit par sombrer dans le ridicule involontaire (la course-poursuite en Lamborghini avec un gamin de onze ans).
La Grosse tête
Dans une logique alors très en vogue depuis La Revanche des Sith, Kuno Becker casse son image de jeune espoir populaire pour celle d’un bad boy arrogant et égocentrique. La filiation paraît d’autant plus évidente que l’acteur partage la même voix française qu’Hayden Christensen. Si l’objectif était de rendre son personnage antipathique, alors le film est une réussite totale tant le public finit par adopter le regard des paparazzis, plus intéressés par le linge sale de Santiago que par ses prestations en ligue des champions.
Mais on ne change pas pour autant une équipe qui gagne. Le réalisateur se repose donc sur le même tandem de choc que dans le précédent volet, constitué de Kuno Becker et Alessandro Nivola, toujours aussi savoureux dans le rôle du GOAT Gavin Harris. Leur bromance conserve un certain charme, même si elle évoque parfois davantage une alliance de circonstance qu’une véritable amitié, quelque part entre les passes d’armes et les langues de bois du Kyks et de Neymar au PSG.
Sous ses airs de fantasme bling-bling du football des années 2000, Goal II n’oublie évidemment pas d’asséner quelques leçons de morale paternaliste, notamment à travers la rigidité institutionnelle incarnée par Rutger Hauer dans un rôle qui lui sied comme un gant. Et comme il faut bien offrir à cette gloire fictive du ballon rond une destinée hors norme, Jaume Collet-Serra conclut son récit par une finale de Ligue des champions proprement rocambolesque, comme seuls les Merengue semblent capables d’en produire. À l’époque, cela relevait encore de la pure fiction. Vingt ans plus tard, la réalité a fini par la supplanter et de très loin. Tout comme le melon de Mbappé.


