
Réalisateur : Jay Baruchel
Année de Sortie : 2017
Origine : Canada
Genre : Rocky on Ice
Durée : 1H41
Le Roy du Bis : 6/10
Les Poqués de la Puck
Fight Games fut l’outsider surprise de l’année 2011 avec un joli pic de visionnage sur la plateforme Netflix. On ne va pas se mentir, l’intérêt du film reposait grandement sur ses combats de pugilistes et cette opposition légendaire entre Doug Glatt (Seann William Scott), l’ours juif au cœur d’artichaut, et Ross Rhea (Liev Schreiber), le vieux briscard non moins redoutable. Derrière ses allures de comédie bourrine, le premier opus avait du punch et trouvait un certain équilibre entre satire et critique d’un sport miné par sa propre violence.
Bisbilles on Ice
Fight Games 2 (Goon Le Dernier des Durs à cuire) offre l’occasion à Doug Glatt de saigner encore pour les Highlanders. Et on ne change pas une équipe qui gagne. Les bras cassés du casting originel sont toujours là, avec quelques rides et fractures en plus. L’introduction d’un nouveau projet sportif, porté par des dirigeants peu scrupuleux inscrit le récit dans une logique de modernisation cynique. Cette suite tardive esquisse brièvement l’envers du décor moins rutilant de ce type de remaniement interne, entre harcèlement et pression constante.
Le film effleure les dérives de ces restructurations à travers les remaniements de l’effectif, le management brutal, et un vestiaire mis sous pression. Doug Glatt est passé du A d’attardé à celui du C de capitaine. Mais dans un monde obsédé par la performance immédiate, les héros d’hier sont vite relégués au vestiaire. Après avoir subi une sévère raclée en match d’inauguration par le nouveau goon du circuit, Doug doit arrêter le hockey pour retourner à la vie civile et assumer son rôle de père. Mais quand son bourreau se retrouve muté dans son ancienne équipe et sème une merde incroyable dans le club, Doug décide de rechausser les patins pour solder ses comptes et mener ses coéquipiers vers la victoire.

D’une manière générale, cette séquelle développe et montre les évolutions de ses protagonistes à travers une dramatisation calquée sur celle de Rocky 3. Doug blessé dans son amour propre mais également limité sur le plan physique devra reprendre du poil de la bête et retrouver ce fameux œil du tigre. Dans cette quête, il sera bien sûr épaulé et coaché par son ancien rival Ross Rhea, se chargeant de lui transmettre le relais en bonne et due forme. Classique mais efficace comme un crochet du droit. Face à lui, Wyatt Russell incarne un antagoniste psychotique, pur produit d’un divertissement brutal. Son personnage, animé par une quête d’approbation paternelle, apporte une dimension psychologique intéressante, malheureusement sous-exploitée.
La Castagne
Comme toute suite qui se respecte, Fight Games 2 se devait de frapper plus fort encore. Coscénariste du premier opus, Jay Baruchel (le pote lourdingue de Doug à la voix nasillarde qui ne parle que de cul et de bite) s’est donc attelé à cet exercice pour sa première réalisation, poussant les curseurs de la lourdeur à fond les ballons. L’apprenti cinéaste appuie tellement sur la vulgarité qu’il va même jusqu’à carrer sa propre tête dans le fion de son principal interprète, faire semblant de le sodomiser, ou bien carrément filmer des verges en très gros plan pour montrer que lui aussi en a dans le pantalon.
Et pourtant, derrière ces blagues potaches et ambiance de vestiaire testostéronée, Fight Games 2 livre une mise en abyme fascinante des dérèglements sociétaux et conjoncturels d’un sport qui semble avoir complètement perdu son équilibre. Les anciennes gloires se retrouvent mises au placard et réduites à combattre dans des patinoires miteuses où les goons s’apparentent à des gladiateurs des temps modernes.
La noblesse du combat et de l’honneur est alors reléguée pour un pur divertissement barbare et sanguinolent. Il n’est même plus question de marquer des buts, mais uniquement de combattre devant une foule gagnée par l’ivresse du sang, qui en réclame encore et toujours davantage (la battle royale laissant plusieurs participants sur le carreau). Malheureusement, ces quelques pics envoyés à l’institution ne fusent pas bien haut, et ne sauraient briser le plafond de verre sur lequel viennent s’abattre avec pertes et fracas ces poqués de la puck.



