
Réalisateur : Andrew Morahan
Année de Sortie : 2009
Origine : Royaume-Uni / États-Unis / Allemagne
Genre : Drame Footballistique
Durée : 1H36
Le Roy du Bis : 2/10
La Bérézina
Reléguée dans les divisions obscures du DTV après un Goal II déjà peu glorieux, la franchise tente une improbable remontada avec ce troisième opus signé Andrew Morahan. L’objectif : sauver ce qui peut encore l’être et, peut-être, réécrire l’histoire. Mais alors que tout le monde avait déjà digéré le coup de boule de Zidane sur Materazzi, et rangé le traumatisme du Mondial 2006 dans un coin de sa mémoire, Goal III choisit de replonger les spectateurs au cœur de cette cruelle désillusion pour nous faire vivre un nouveau drame national. Ce qui explique sans doute, au passage, son relatif anonymat en France.
De Héros en Zéro
L’introduction, menée tambour battant, laisse pourtant espérer un sursaut d’orgueil. Au beau milieu d’un stade en fusion, l’Angleterre célèbre sa victoire en finale de Coupe du monde face au Mexique de Santiago Munez. Mais très vite, le montage clipesque et la mise en scène saturée d’effets tape-à-l’œil nous mettent la puce à l’oreille. Puis la caméra recule et dévoile la supercherie. Cette séquence euphorique n’est qu’un tournage publicitaire. Une mise en abyme méta étonnamment prometteuse, qui aurait pu interroger la marchandisation du football moderne, mais qui ne sert finalement qu’à amorcer un énième drame intimiste vaguement connecté au ballon rond.
De héros en zéro, Huno Becker a changé de peau et de tignasse pour cacher son énorme boulard. Sélectionné avec le Mexique pour disputer la Coupe du monde et honorer la mémoire de son père, Santiago Munez semble enfin prêt à toucher le Graal. Mais à la suite d’une sortie de route aussi bien au sens propre qu’au figuré, le jeune prodige est brutalement relégué sur le banc de sa propre franchise. Le comédien paye donc sa contribution à travers une scène lacrymale, qui nous en touche une sans faire bouger l’autre, avant de céder sa place sur le terrain à JJ Feild (K-19 : Le Piège des profondeurs) et Leo Gregory, l’ancien supporter sadique et violent aperçu dans le film Hooligans.

Le récit s’attèle donc à écrire la légende de ses deux nouveaux coéquipiers sous les couleurs de l’Angleterre. Mais avec trois grammes dans chaque bras, Liam Adams n’est pas en mesure de mettre un pied devant l’autre, et Charlie Braithwaite voit trouble depuis son accident de voiture. À ce stade, on comprend rapidement que le football sera une nouvelle fois le grand perdant de l’opération. Heureusement qu’il reste encore Beckham et Rooney pour sauver le spectacle en marquant des buts contre la Suède et l’Équateur.
On se foot de notre Goal !
Trop frêle pour convaincre en footballeur crédible, Leo Gregory passe surtout son temps à faire la tournée des grands ducs avec son acolyte et à séduire une mannequin croisée sur le tournage d’un improbable film de vampires érotiques, digne d’un nanar de David DeCoteau. C’est bien joli tout ça, mais dans un film intitulé Goal, on aurait apprécié voir un peu plus de football et un peu moins de romance et de conneries sirupeuses pour ménagère.
Les rares actions de jeu se résument ainsi à quelques jongles dans une décharge à ciel ouvert ou à d’horribles incrustations sur fond vert encore plus embarrassantes que dans le précédent volet. Finalement, les “meilleures” séquences du film sont tirées des archives du Mondial 2006 généreusement fournies par la FIFA, principal sponsor de cette vaste mascarade collective. Et alors que l’Angleterre triomphe péniblement de ses adversaires, jusqu’au quart de finale fatidique qui a vu les Three Lions rentrer chez eux la queue entre les jambes après le pénalty victorieux de Cristiano Ronaldo, le réalisateur saborde cette dynamique ronronnante avec un twist kamikaze digne de Psychose.
Toutefois, Andrew Morahan n’a rien d’Albert Hitchcock. Depuis les tribunes, Santiago Munez observe ses coéquipiers avant de confesser : «J’ai tout bousillé». Un aveu qui résonne comme un constat amer mais terriblement lucide. Car après plus de 50 millions de dollars engloutis pour des recettes faméliques, la saga termine sa course dans une véritable Bérézina industrielle digne des saisons du FC Metz en Ligue 1. Et à la fin, ce n’est pas seulement un joueur ou une carrière fictive que l’on enterre, mais bien la franchise toute entière.


