[Critique] – Goal Naissance d’un Prodige


Goal affiche film

Réalisateur : Danny Cannon

Année de Sortie : 2005

Origine : Royaume-Uni / États-Unis

Genre : Drame Footballistique

Durée : 1H58

Le Roy du Bis : 6/10


L’Opium du Peuple


Longtemps, le cinéma américain n’a jamais vraiment su quoi faire de ce qu’ils appellent communément le « soccer ». Trop tendre pour les hommes, pas assez spectaculaire pour rivaliser avec la violence du Hockey, et surtout beaucoup moins rentable qu’un bon vieux match de football américain sponsorisé par Budweiser. Avant Goal, les drames footballistiques ressemblaient souvent à des DTV fauchés tournés entre deux terrains boueux et trois figurants en survêtement (on se souvient notamment de la tournée des grands ducs de Sean Bean dans Jimmy). Il manquait au genre ce qui fait tourner le ballon rond moderne : du pognon. Avec le soutien marketing de la FIFA, les capitaux américains et la complicité de clubs prestigieux, Goal débarque donc comme une gigantesque opération de communication déguisée en success story inspirante véhiculant courage, abnégation, résilience, et dépassement de soi… Autrement dit, une longue liste de valeurs qui n’en forment en réalité qu’une seule, destinée à faire rêver les jeunes footballeurs en herbe.

Droit au But

Les stars du ballon rond défilent comme dans une publicité géante : David Beckham, Zinédine Zidane, Raúl González, Alan Shearer et même Brian Johnson (le chanteur d’AC/DC) vient beugler sa passion du foot dans un pub anglais enfumé. Danny Cannon veut du prestige, du clinquant, du grand spectacle populaire. Et pour une fois, un film de football possède enfin les moyens de ses ambitions. 

Mais derrière cette gigantesque machine promotionnelle, le réalisateur n’oublie pas totalement de raconter une histoire. Celle de Santiago Muñez (Kuno Becker), immigré clandestin mexicain vivant à Los Angeles, asthmatique, fauché, condamné à la misère de la plonge et du jardinage en rêvant naïvement de s’accomplir en tant que joueur professionnel. Un véritable conte de fées prolétaire construit comme un fantasme méritocratique qui se résume à travailler dur, souffrir, encaisser les humiliations afin d’intégrer l’élite.

Le film suit alors son intégration laborieuse au sein des Magpies de Newcastle, entre la rugosité du jeu et du climat anglais et l’impitoyabilité du milieu institutionnel aux querelles et rivalités de vestiaire. Santiago découvre surtout un univers où les millionnaires en short se comportent comme des adolescents attardés shootés à l’ego et aux boissons énergétiques. Son coéquipier Gavin Harris (Alessandro Nivola) ressemble d’ailleurs à une version proto-Neymar, talentueux et narcissique, dont la vie se résume aux canettes, cartons de pizza et dessous-chics jonchant le sol de son duplex luxueux.

Goal film critique

Et comme tout bon mélodrame sportif qui se respecte, Goal ne recule devant aucune ficelle émotionnelle et larmoyante entre l’entrée illégale aux États-Unis, le père rigide et autoritaire, les blessures, les trahisons, la pression médiatique, quand ce n’est pas la mort et la maladie qui s’y mettent… Danny Cannon ne nous épargne aucune touches larmoyantes, même lorsque son héros obtient de nombreuses chances de rectifier le tir, qui frôlent l’indécence face au lobbying extra sportif exercé par son entourage

Cette plongée dans les coulisses du football professionnel permet également au réalisateur d’aborder les dérives du milieu : de la fausse bienveillance des agents cupides et véreux à la starisation précoce, en passant par la presse people, les soirées mondaines décadentes et la marchandisation permanente des joueurs transformés en produits marketing ambulants.

Coup de Tête

Lors d’un échange presque anodin, Santiago demande même à l’infirmière du club les mensurations de ses coéquipiers. Pas pour savoir qui a la plus grosse, mais bien qui a la plus petite. Parce qu’au fond, dans ce milieu ultra-masculin, tout n’est qu’affaire d’ego, de domination et de chambrage. Pour se faire respecter, Santiago devra donc s’affirmer auprès de ses coéquipiers quitte à jouer des coudes ou à laisser traîner un peu la patte.

Goal film critique

Et pourtant, malgré son cynisme occasionnel, rien ne viendra débouter le cap de moralité fixé vers de bonnes espérances. Le film nous rappelle ainsi que le nom du club inscrit devant le maillot compte davantage que celui floqué dans le dos, et que le talent seul ne suffit pas sans discipline collective. Un discours paternaliste qui gonfle parfois autant que le melon de Kylian Mbappé en conférence de presse.

Mais Goal ne manque pas pour autant d’«inspiratione» (avec l’accent mexicain), notamment dans sa capacité à capturer la dimension religieuse autour du football : de l’ambiance populaire des pubs, aux chants de supporters et écharpes levées comme des bannières liturgiques. Dans les travées de St James’ Park, filmées en contre-plongée comme une gigantesque cathédrale païenne dédiée au culte du ballon rond, les joueurs paraissent minuscules face à la ferveur collective qui les engloutit.

Même la mise en scène des matchs évolue intelligemment au fil du récit. D’abord nerveuse et brouillonne, filmée caméra à l’épaule au ras du terrain, elle épouse progressivement le professionnalisme de la Premier League à travers de grands travellings et des plans larges qui restituent enfin la vitesse et la violence physique du jeu. Les effets spéciaux numériques permettent même d’intégrer assez proprement les acteurs aux véritables rencontres, même si Danny Cannon réduit souvent les matchs à une succession de coups francs spectaculaires et d’actions décisives montées comme des clips publicitaires.

Le final, dégoulinant de sentimentalisme, tutoie néanmoins des sommets d’inanité. Mais malgré sa propagande méritocratique transformant le football en conte de fées néolibéral ultra-marketé, Goal atteint souvent sa cible. Parce qu’au fond, le film comprend parfaitement ce qui fait courir des millions de gamins derrière un ballon : la promesse absurde qu’un gosse quelconque puisse, un jour, entendre tout un stade scander son nom.

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