
Réalisateur : Brian Trenchard-Smith
Année de Sortie : 2003
Origine : États-Unis / Allemagne
Genre : Pandémie Mortelle
Durée : 1h29
Le Roy du Bis : 3/10
Du Sang, de la Sueur, et de la Bile
Les épidémies de virus constituent des menaces avec lesquelles l’homme a dû cohabiter de tout temps. Bien que les différentes formes d’Ebola, de SRAS et de Coronavirus ne soient rien sur l’échelle de la mortalité humaine en comparaison de la grippe espagnole, de la peste noire, de la variole, ou du choléra, ces contaminations de grande ampleur avaient largement de quoi faire frémir nos contemporains. Dans le cinéma, la peinture d’une épidémie prend très souvent la forme d’un thriller dont les enjeux narratifs sont clairement définis.
Leurs récurrences visuelles et scénaristiques traduisent les symptômes d’une industrie dont les ambitions fébriles se limitent au champ d’action et aux moyens investis pour générer une vaste panique organisée. Si ce genre s’avère aussi fertile, c’est pour la dimension cathartique que revêt son sujet auprès du public, désirant assister à l’effondrement d’une société. Pour les cinéastes, le défi à relever est d’ampleur, puisqu’il s’agit de dresser une chaîne causale et ses effets de résonances sur un microcosme plus ou moins étendu sur le plan géographique.
Dans Epidémie (The Paradise Virus), la maladie se manifeste par des symptômes d’Ebola et de grippe aviaire. L’intrigue s’intéresse à la propagation du virus et à ses effets sur la population : du patient 0 marchand de poulet atteint de la maladie qu’il transmet indirectement à une employée d’un hôtel bon chic, bon genre, avant que cette dernière n’embrasse passionnément un client riche et fortuné et ainsi de suite… À ce rythme, l’ensemble de la colonie insulaire finit par être contaminée, et alors que les habitants tentent d’évacuer les lieux par bateaux, les autorités décident de placer l’île en quarantaine. Dès lors, leur seule planche de salut réside dans l’élaboration d’un vaccin.

Entre un paradis tropical, une bluette amoureuse sur la plage, une emprise sectaire, et une violente épidémie virale, ce thriller bactériologique offre à une scientifique opiniâtre l’opportunité de sauver le monde d’un virus mortel, et d’offrir la réplique à Lorenzo Lamas. Visiblement peu impliqué dans cette course contre la mort, l’acteur kickboxeur se contente d’y faire de la figuration, restant au chevet de sa fille malade, tout en veillant au grain sans jamais peser sur l’organisation sanitaire ou les décisions à privilégier. Même Ralf Moeller (Gladiator) a un rôle plus important à jouer dans la résolution de cette crise sanitaire, grâce à ses prières luthériennes et ses herbes aromatiques plus qu’à son physique extraordinaire de colosse.
Ce thriller manquant manifestement de péripéties, et d’ampleur dramatique, ne parvient jamais à nous émouvoir réellement. En réalité, il s’agit d’un de ces téléfilms américains exportés en DVD dans une jaquette typiquement racoleuse nous promettant de l’action, du sang, de la sueur et de la bile. Brian Trenchard-Smith (Les Traqués de l’an 2000, Night of the Demons 2, La Prophétie des Ténèbres 2) réalise le film en mode pilotage automatique, suggérant une propagation rapide et mortelle grâce à une armée de figurants malades et les moyens déployés pour tenter de maîtriser l’épidémie (hélicoptères, renfort sanitaires, reportages télévisés etc.).
Afin de figurer la transmission du virus, le cinéaste opte pour des CGI traduisant la contamination à l’échelle microscopique des corps comme dans un épisode de Dr House, et quelques effets pratiques (lésions sur la peau, teint blafard, sudation excessive) lésinant sur le latex et l’hémoglobine afin de rester dans les critères admissibles des réseaux de télévisions câblés. Malheureusement, le public somnole et roupille plus qu’il ne frissonne. Rien ne devrait donc troubler la quiétude de votre sieste.



