[Critique] – Les Indians


Les Indians affiche film

Réalisateur : David S. Ward

Année de Sortie : 1989

Origine : États-Unis

Genre : Baseball

Durée : 1H47

Le Roy du Bis : 6,5/10


Le Dernier Panache


Dans l’imaginaire collectif, le sport professionnel américain est souvent associé à la méritocratie, au dépassement de soi et à la poursuite du rêve. Pourtant, derrière le strass et les paillettes des stades et la mythologie du champion, se joue parfois une tout autre partition, bien plus cynique. Car le nerf de la guerre reste l’argent, et entre les salaires mirobolants, les droits d’images, les banqueroutes et clubs sacrifiés sur l’autel de la rentabilité, le sport n’échappe pas aux logiques brutales du capitalisme. Sorti en 1989, Les Indians détourne avec malice cette réalité en imaginant une faillite organisée.

À la Gloire de nos Indians !

Rachel Phelps, nouvelle propriétaire des Indians de Cleveland, n’a qu’un objectif : saborder l’équipe pour justifier la délocalisation de la franchise sous le soleil azuréen de Miami. Pour cela, elle assemble volontairement un effectif de joueurs has-been, minables, ou d’irrécupérables têtes brûlées, condamnés à l’échec, du moins sur le papier. Mais c’est précisément dans ces abîmes de médiocrité programmé que va naître une improbable révolte collective. Car face au cynisme des chiffres et à la froide logique financière, les joueurs vont opposer un irrépressible goût pour le panache.

Si le sport sert souvent de catalyseur émotionnel à des récits mélodramatiques, David S. Ward prend un malin plaisir à en subvertir les us et coutumes à travers le parcours absurde de cette équipe de bras cassés qui, par pur orgueil, refuse de finir dernier malgré les bâtons que la propriétaire leur met dans les rotules. Mais à quoi tient réellement le statut culte de ces Indians ? À rebours des standards habituels, le long-métrage fait l’impasse sur la figure du héros providentiel. Pas de superstar charismatique à la Kevin Costner pour porter seule le récit, une absence presque insolente dans un genre qu’il a largement façonné (Pour l’amour du jeu, Jusqu’au bout du rêve, Chasing Dreams, Duo à trois).

Les Indians critique film

La dynamique repose au contraire sur une alchimie collective, un assemblage de personnalités dissonantes qui finissent par composer une harmonie inattendue. Tom Berenger incarne a lui-seul cette quête rédemptrice à travers le rôle d’un capitaine sur le déclin, désireux de saisir cette dernière chance pour reconquérir sa femme et vivre son rêve américain. Face à lui, Corbin Bernsen campe une star déchue, imbu de lui-même et antipathique. Charlie Sheen apporte une énergie brute et imprévisible dans le rôle d’un ex-taulard bigleux, quand Wesley Snipes insuffle au film sa vélocité, ses coups de reins et sa bonhomie.

Autour d’eux gravite toute une galerie d’énergumènes : Dennis Haysbert en batteur mystique adepte du vaudou, Chelcie Ross en briscard cabossé, ou encore James Gammon en coach bourru, figure paternelle aussi rugueuse qu’attachante, qui pisse littéralement sur le contrat de ses joueurs. Aucun ne surplombe véritablement les autres, tous participent à cette dynamique de groupe où les ego s’entrechoquent avant de s’effacer progressivement au profit du collectif. C’est précisément dans ces trajectoires contrariées que le film trouve son énergie comique et sa sincérité.

Wild Thing

La réussite du long-métrage ne tient d’ailleurs pas à ses sous-intrigues (la romance convenue entre Jake et son ex-femme Lynn) mais bien à cette atmosphère de vestiaire potache, faite de vannes, de rivalités mesquines et de complicités naissantes. C’est dans ces moments de relâchement, presque anecdotiques, que se trouve le véritable cœur de la machine. Les scènes de match récréatives restent suffisamment lisibles pour embarquer les néophytes. Le baseball devient alors un simple terrain de jeu narratif, un prétexte à faire exister ces personnages et à accompagner leur progression collective.

Les Indians critique film

En détournant les codes du film sportif, Les Indians permet à chacun de s’approprier cette ascension improbable, sans jamais exiger une connaissance pointue du jeu : les lanceurs jouent les artificiers, les batteurs se contentent de frapper, et les receveurs de récupérer la balle, et à la fin on compte les points, simple non ? Porté par une énergie communicative, le film trouve son rythme dans une succession de moments euphorisants, notamment lorsqu’il se laisse emporter par le refrain entêtant de Joan Jett (Wild Thing), devenu indissociable de cette montée en puissance aussi chaotique que jubilatoire.

Au fond, l’issue du championnat importe presque peu. Car là où la plupart des drames sportifs construisent leur tension autour de la victoire finale, Les Indians déplace subtilement l’enjeu. Ce qui compte ici, ce n’est pas tant de gagner que de refuser de perdre selon les termes imposés. En s’attardant sur cette bande de marginaux qui apprennent, à force de coups d’éclat et de ratés, à jouer ensemble, le film célèbre avant tout un esprit de camaraderie irrévérencieux, qui fait la nique aux logiques du capitalisme.

À travers eux, c’est tout un système qui vacille, celui d’un sport réduit à ses statistiques, à ses bilans comptables, et à ses stratégies de marché. Le public ne s’y trompera pas. Avec près de 50 millions de dollars au box-office et une solide carrière en vidéoclub, le film s’imposera durablement comme un classique populaire, porté par son énergie communicative et son humour satirique sans prétention.

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