
Réalisateur : Michele Soavi
Année de Sortie : 1987
Origine : Italie
Genre : Horreur
Durée : 1h26
Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 7/10
Alicia, de l’autre côté du Miroir
Alors que le slasher se fait plus rare en cette fin des années 80, il apparaît comme paradoxal que ce genre si peu onéreux ne se soit pas davantage popularisé du côté transalpin. Face à la suprématie du giallo, le français Norbert Moutier fut l’un des rares à s’aventurer dans le slasher forestier avec Ogroff. Et alors que Karl The Butcher ne sortira de son bois qu’en 1989 (Violent Shit), un drôle d’oiseau apparaissait de l’autre côté des Alpes sous la houlette d’un certain Michele Soavi.
Après avoir œuvré dans le milieu du bis italien (2020 Texas Gladiators, Le Gladiateur du Futur) pour le compte de Joe d’Amato, Michele Soavi voit enfin sa chance se présenter. Le producteur lui propose de mettre en scène un slasher. L’occasion est trop belle pour l’apprenti cinéaste qui voit dans ce projet la possibilité de synthétiser les excès baroque du giallo après avoir fréquenté les tournages de ses maîtres à penser, Mario Bava (Demons) et Dario Argento (Ténèbres, Phenomena, Terreur à l’Opéra).
Ce qui nous est d’abord présenté comme le meurtre d’une prostituée dans une ruelle malfamée s’avère être en réalité une reconstitution dans l’environnement cloisonné d’une pièce de théâtre. La caméra prend alors du recul pour s’immiscer dans les coulisses de la production et s’intéresser aux conditions d’un casting soumis aux directives d’un metteur en scène despotique. Inquiète de voir le rôle lui passer sous le nez, Alicia, une danseuse souffrant d’une cheville fragile part se faire soigner en cachette dans l’asile psychiatrique voisin. Le serial killer Irving Wallace en profite pour s’évader et passer de l’autre côté du miroir pour semer le chaos dans la représentation…

L’introduction tout en faux semblant sert subtilement cette mise en abyme de l’industrie du 7ème art. Durant sa situation d’exposition, Michele Soavi entend bien faire le parallèle de son métier à travers ce microcosme d’artistes bohèmes, et de petit producteur arriviste. Si le scénario peut légitimement évoquer celui du Fantôme de l’Opéra, le masque de hibou ramène le tueur au bestiaire sacralisé des premières œuvres de Dario Argento (Quatre mouches de velours gris, Le Chat à neuf queue), plus particulièrement à L’Oiseau au Plumage de Cristal avec lequel il partage cette notion d’enfermement. L’un au sein d’une salle de spectacle, l’autre dans le sas d’une galerie d’art, où chacun des acteurs se retrouvent comme spectateurs face à une situation d’effroi.
Le cinéaste dissèque ces différentes individualités qu’il finit par confronter au véritable Irving Wallace, faisant des intermittents du spectacle les acteurs d’une véritable boucherie. De cette manière, Soavi revitalise la figure mythologique du tueur que ces infatigables représentations ont fini par rendre aussi abstraite (Vendredi 13) que vaporeuse (Halloween), réemployant le motif du masque, moins pour cacher l’identité du coupable, que pour effrayer le public et opérer là un retournement de situation théâtral. Mais contrairement aux giallo d’Argento et Bava où l’intérêt tenait au voyeurisme des meurtres, ainsi qu’à la résolution du mystère, Bloody Bird tient autant au magnétisme de sa mise en scène qu’à une mécanique de prédation d’une féroce ludicité.
Après avoir échappé au contrôle de l’organisateur, l’antagoniste s’approprie ainsi la scène pour orchestrer une fantasmagorie de corps inertes baignés de projecteur. Employant le matériel (spots lumineux, musique d’ambiance) et les outils (poignard, perceuse et tronçonneuse) mis à sa disposition, le tueur fait basculer la représentation dans l’irrationnelle, initiant un climat de pure terreur avant d’occire ses victimes avec une extrême brutalité. Ainsi, Michele Soavi revient au fondement même du slasher, consistant à donner la mort avec virtuosité et panache. S’il n’est pas totalement exempt de défaut (son absence de véritable suspense, sa bande FM qui apparaît totalement anachronique au regard de la thématique abordé), Bloody Bird reste un spécimen hybride entre deux genres et deux âges, mettant en ambivalence les réussites et aspérités d’un futur auteur en devenir (Dellamorte Dellamore, Sanctuaire).



