
Réalisateur : Albert Pyun
Année de Sortie : 1996
Origine : États-Unis / Slovaquie
Genre : Post-Apocalyptique
Durée : 1H24
Le Roy du Bis : 6/10
Rutger met les Pendules Hauer
Le chanbara a eu Yojimbo, le western Pour une poignée de dollars ; le post-apocalyptique aura donc Omega Doom. C’est en tout cas à cette double filiation qu’Albert Pyun semble se mesurer, quitte à s’exposer à la comparaison avec Akira Kurosawa et Sergio Leone, un défi que d’aucuns jugeront hors de portée. Pourtant, contrairement à la réputation tenace du faiseur opportuniste, Pyun n’a jamais caché ses ambitions ni ses influences. Introduit dans le milieu par Toshiro Mifune en personne, qui le présenta à Akira Kurosawa, le cinéaste débuta par la grande porte avant de dériver vers les terres plus ingrates de la série B, puis du DTV.
Pour une Poignée de Robots…
Mais s’il y a bien deux choses que le cinéaste aime encore plus que les robots, la baston, les ruines, les explosions, la peste et le choléra, c’est bien le western et le chanbara, ses deux genres de prédilection. À l’instar de John Carpenter, Pyun s’emploiera régulièrement à en reproduire les archétypes : figures solitaires, récits crépusculaires, mythologie de la frontière, et surtout un amour obsessionnel du cinémascope, souvent trahi par des éditions vidéo amputées de leur ampleur visuelle. Sous ses dehors de série B dystopique, Omega Doom s’inscrit pleinement dans cette tradition.
Le film repose sur un schéma cher au cinéaste : celui de l’étranger venu de nulle part, engagé dans une errance plus existentielle que réellement motivée par l’appât du gain ou la défense d’une cause morale. Le prologue évoque ouvertement Terminator avec cette guerre totale entre les humains et machines, ces monceaux de cadavres s’entassant dans le cadre et son extinction programmée de l’humanité.
Mais Pyun n’est pas James Cameron, et cela se ressent à travers ses effets spéciaux rudimentaires, à peine dissimulés derrière des filtres rougeâtres. Fidèle à ses habitudes, le réalisateur pose une nouvelle fois sa caméra en Europe de l’Est, au plein cœur de Bratislava qu’il transforme en véritable carte postale post-apocalyptique. Ruines industrielles, villes éventrées et paysages gelés composent un décor d’hiver nucléaire d’une efficacité plastique indéniable.

Au cœur de ce monde moribond évolue un héros inattendu, un robot taciturne qui débute son périple dans un troquet miteux, s’abreuvant d’eau distillée comme d’autres d’un whisky frelaté. Rutger Hauer, déjà immortalisé en replicant mélancolique dans Blade Runner, endosse ici le rôle de l’homme sans nom, héritier direct de Toshiro Mifune et de Clint Eastwood. Le récit le voit offrir ses services de mercenaire à deux factions rivales. D’un côté, les Roms, tueuses froides en imper noir, et coupe au bol évoquant le look iconique du major dans Ghost in the Shell ; de l’autre, des droïds à la gestuelle plus grippée mais tout aussi belliqueux et dangereux.
Rutger Le Garde du Corps
Malgré son atmosphère lourde et dépressive ; véritable purgatoire peuplé d’âmes damnées condamnées à s’entretuer sans avenir ni espoir ; Omega Doom laisse transparaître une subtile forme d’humour noir, hérité de Yojimbo et Pour une poignée de dollars. Celui-ci affleure dans certaines situations volontairement grotesques et dans un cabotinage assumé, notamment chez Norbert Weisser, mémorable en tête parlante utilisée comme ballon de football par un droïd patibulaire. Cette scène, clin d’œil évident au duel mythique de Leone et à l’épisode du mulet moqué par Clint Eastwood, résume bien l’esprit du film.
Malheureusement, ces fulgurances sont parfois plombées par des effets lumineux maladroits servant de projectiles mortels, qui viennent parasiter les duels léoniens pourtant bien chorégraphiés (gros plan sur les regards, formidable gestion des corps, de l’espace et de l’environnement déjà vu à l’œuvre dans Dollman). L’enjeu narratif tournant autour d’une cargaison d’armes à feu antiques censées assurer la domination totale d’un territoire, laisse également perplexe, tant leur utilité paraît dérisoire face à l’arsenal laser déjà en circulation.
La conclusion, abrupte et frustrante, donne le sentiment d’un récit interrompu plutôt que véritablement achevé, laissant supposer que Pyun envisageait une suite directe, à l’image de sa saga Nemesis. En dépit de ces limites, Omega Doom mérite amplement d’être redécouvert, ne serait-ce que pour le travail remarquable du chef opérateur George Mooradian, dont la photographie sublime une atmosphère à la fois onirique et mortifère. Une ambiance que la saga vidéoludique Fallout saura plus tard reprendre et développer avec un succès autrement plus large, mais dont Pyun avait, une fois encore, posé quelques jalons essentiels.



