
Réalisateur : Guy Crawford & Yvette Hoffman
Année de Sortie : 1998
Origine : États-Unis
Genre : Slasher
Durée : 1H17
Le Roy du Bis : 5/10
Wrecking Ball
Après avoir méthodiquement saboté le réveillon de Noël (Black Christmas), Halloween (Halloween), la Saint-Valentin (Meurtres à la Saint-Valentin) ou encore le Nouvel An (Bloody New Year, New Year’s Evil), le slasher des années 80 s’est rapidement mis à envahir tous les cadres et environnements insolites pour suriner de l’adolescent. Les tueurs masqués ont violé le sanctuaire des sororités (The House on Sorority Row), ravagé les camps d’été (Vendredi 13, Carnage), investi les campus universitaires (Final Exam), hanté des manoirs abandonnés (Hell Night), semé la panique dans les trains (Le Monstre du train), les hôpitaux (Hellhole), les salles de spectacle (Bloody Bird), et même infiltré nos cauchemars (Les Griffes de la Nuit). Nulle part nous ne sommes à l’abri, pas même dans les parcs d’attraction (Massacre dans le train fantôme), les supermarchés (Intruder) ou les salles de gym (Aerobic Killer).
Batteur à la Frappe !
Ce n’est donc pas une surprise de retrouver ce genre si protéiforme dans le décorum d’un stade de baseball, et dans le genre, Catcher s’impose sans difficulté comme le meilleur slasher jamais tourné autour du baseball. Probablement aussi parce qu’il est aussi le seul dans sa catégorie. Qu’on se rassure immédiatement, ce film n’entretient donc aucun lien ou rapport avec le catch ou la WWE.
Catcher désigne le receveur… ce qui est d’autant plus ironique que le tueur, lui, adopte plutôt l’allure d’un batteur massif au physique de lutteur. Son profil psychopathologique n’a rien à envier à Michael Myers ou Norman Bates, à la différence près que son obsession centrale tourne autour de la figure paternelle, à abattre aussi bien au sens propre qu’au sens figuré. La batte de baseball fait à la fois office d’arme, mais aussi d’évident prolongement phallique.

Comme souvent, tout commence par un traumatisme originel. Un moment convivial entre un père et son fils qui dégénère rapidement en camp d’entraînement militaire. Le père, qui pourrait facilement concourir au prix du plus gros connard de l’univers, exerce une pression écrasante sur son rejeton, qu’il n’hésite pas à rudoyer et humilier copieusement dans l’espoir absurde de provoquer une réaction. Le problème, c’est que l’enfant n’a franchement rien d’une graine de champion.
Derrière ce profil de quinquagénaire alcoolique , gueulard et frustré, se cache un visage étonnamment familier. Joe Estevez affiche une ressemblance troublante avec l’acteur Martin Sheen, et pour cause puisqu’il s’agit de son frère. Plus connu pour lui avoir servi de doublure sur Apocalypse Now que pour ses propres rôles, Estevez trouve ici un terrain de jeu idéal pour composer un père toxique et malveillant, revenant hanter le récit comme un spectre culpabilisateur.
Tuer le Père
Les décors se limitent au terrain, gradins, salon, coursive et vestiaire attenant d’un stade désert, où ne subsistent qu’une poignée de personnages promis à l’abattoir. Malgré une mécanique de prédation assez faiblarde, le duo Crawford/Hoffman tente de maintenir un semblant de suspense en dissimulant l’identité du tueur, affublé d’un casque et d’un maillot floqué du nom de Walker, le pire joueur de l’équipe des Devils.

Naturellement, les soupçons vont se porter sur ce personnage, d’autant qu’il possède plusieurs points communs avec l’assassin : même carrure et statut de paria, humilié par ses coéquipiers, largué par sa petite amie et licencié le même soir. Le portrait idéal du bouc émissaire ivre de sang et de colère… Mais il serait toutefois criminel d’éventer l’identité du tueur, seul véritable moteur dramatique du film, destiné à maintenir en haleine le public pressé de voir l’équipe de morts-vivants promise par le résumé marketing, fouler le terrain.
Sur le plan de la mise en scène, le duo de réalisateurs s’en tire avec les honneurs, grâce à une grammaire visuelle variée (travellings, mouvements de dolly) et un format large qui tranche avec les spécifications techniques retenues pour le film (4/3) lors de son exploitation vidéo. Certains meurtres se révèlent même inventifs, notamment celui impliquant un lanceur de balles automatique, idée que Takeshi Kitano recyclera bien plus tard dans Outrage Beyond. Hélas, les meurtres et burinages dans le visage souffrent de leurs faiblesses d’exécution, systématiquement hors-champ, comme les coups de boutoir du tueur incapable de taper une balle correctement. Les rares effets de maquillage se limitent donc à quelques visages tuméfiés.
Au final, alors que tous les ingrédients semblaient réunis pour un slasher sportif d’anthologie (décor inédit, virilisme exacerbé, tensions masculines dans des vestiaires saturés de testostérone), Catcher laisse l’amère impression d’un rendez-vous manqué, faute de rage, de viscéralité et surtout de conviction. Difficile, dans ces conditions, de ne pas se demander ce qu’un cinéaste comme David DeCoteau aurait pu tirer d’un tel matériau (la séquence avec le joueur sodomisé par une batte de baseball).



