
Réalisateur : Marcus Nispel
Année de Sortie : 2009
Origine : États-Unis
Genre : Slasher Référencé
Durée : 1h37
Le Roy du Bis : 4/10
Thibaud Savignol : 4/10
Jason sort de la nuit
Soyons honnêtes, malgré son statut culte et un boogeyman de légende, la saga Vendredi 13 fut plutôt avare en longs-métrages qualitatifs. Le premier représente l’un des pionniers conduisant à l’âge d’or du slasher dans les années 80, le second introduit Jason adulte, le troisième son masque, et puis c’est à peu près tout. On retiendra un sixième opus bourrin et fun, le neuvième (Jason va en enfer) pour son côté gore et original, ou encore le fameux Jason X, pour les amateurs de série Bis fendarde et pas prise de tête. Mais suite à de nombreuses coupes de la censure, la saga apparaît extrêmement sage à nos yeux actuels, perdant intrinsèquement un de ses intérêts premiers. Un bon coup de polish n’était donc pas forcément une mauvaise idée.
Trouble d’identité
Surfant sur le succès du remake de Massacre à la tronçonneuse de 2003, Platinium Dunes, la boîte de Michael Bay, décide d’en faire de même avec ce bon vieux Jason Voorhees. On replace le teuton Marcus Nispel à la barre, davantage un technicien doué qu’un vrai metteur en scène. Sa carrière parle pour lui, avec des clips pour Mylène Farmer, Janet Jackson ou encore George Michael. Côté écriture, Mark Swift et Damian Shannon, auteurs du scénario de Freddy Contre Jason, rempilent également. Annoncé en trombe comme un remake, le résultat apparaît beaucoup plus bordélique, et paradoxalement en avance sur son temps.
Côté synopsis, on reprend une recette qui fonctionne et on l’actualise en poussant les potards à fond. Les Vendredi 13 n’ont toujours été que de «simples» films d’exploitation, déballant poitrines et flirts adolescents, agrémentés de beuveries enfumées à la weed précédant quelques meurtres plus ou moins brutaux. Rebelote en 2009, où une bande de jeunes aux aspérités en dessous de la ceinture profitent de la maison de leur pote riche pour festoyer en illimité. Et Jason de traquer ceux qui ont osé briser sa tranquillité à Crystal Lake.

Derrière cette simplicité apparente, se cache un legacyquel bien avant l’heure. Un terme barbare, la contraction de legacy (héritage) et quel (sequel), pour désigner ces œuvres qui se placent dans la continuité du premier opus original, niant toutes les suites existantes depuis. En résultent un mix étrange entre une suite, un reboot et un remake.
L’exemple le plus connu est le Halloween de David Gordon Green en 2018, suite directe au Halloween de 1978, tout en reprenant une trame similaire qui multiplie les hommages. Tous ces termes n’existant pas alors, Vendredi 13 version 2009 était censé être un remake de plus, en vue d’actualiser une licence vieillissante. Sans en être conscients, les créateurs du projet ont accouché d’une œuvre protéiforme et avant-gardiste.
Soyez sympas, rembobinez
C’est lors de sa première demi-heure si particulière que tous les verrous sautent. Conçu comme un court-métrage dans le long (le titre ne s’affichera qu’au bout de 25 minutes), une première bande de jeunes partie camper dans les bois va tomber sur le célèbre psychopathe. Après la présentation de maman Voorhees sous forme de flash-backs épileptiques, le véritable meurtrier du premier épisode, les jeunes se mettent à évoquer son histoire et celle de Jason autour d’un feu de camp. De l’autre côté, le boogeyman est adulte, a survécu, et traque ceux qui s’aventurent sur son territoire. Un autel dédié à sa mère trône même au cœur de son antre.

Or un remake a pour principal mission de réinterpréter une œuvre existante, voire d’en faire une relecture à l’aune d’un nouveau point de vue. Mais la mission échoue ici d’emblée, en se plaçant dans la continuité de l’œuvre censée être réadaptée. Pas un mal en soi, il est intéressant aujourd’hui de constater que les scénaristes n’ont pas remaké Vendredi 13 premier du nom, mais par une telle volonté de ne rien désacraliser, en ont constitué une pure suite 30 ans plus tard.
Rajoutez à cela une déférence flagrante à l’aura de cette saga culte, et vous obtenez un récit qui ne cesse de regarder dans le rétroviseur tout en proposant quelques nouveautés. Ainsi, quand on découvre le repère de Jason, ou lorsque les protagonistes arpentent les bois de Crystal Lake, on a plutôt le sentiment de suivre la visite guidée d’un musée poussiéreux dédié aux slasher bis des années 80. Le spectateur est comme piégé entre une technique moderne et un habillage purement contemporains, où se rejouent devant les lui les grandes lignes de la saga, comme condensées sur 90 minutes.
Car au-delà d’un scénario qui se bâtit involontairement en suite, la seconde partie abonde en références aux films précédents, reproduisant les scènes cultes de la saga. Jason d’abord masqué d’un sac de tissu façon Le Tueur du Vendredi, trouve au fin fond d’un grenier son masque de hockey légendaire, comme dans Vendredi 13 : Meurtres en trois dimensions. Une troisième dimension à laquelle Nispel cligne de l’œil fortement en rejouant un meurtre à l’arc en lieu et place de l’arbalète de l’original, sans singer cette fois-ci l’effet 3D d’un projectile fonçant vers l’écran. De la même manière, il cloue un policier d’un coup de tisonnier dans l’œil à une porte, rappelant la hache fendant le visage d’une monitrice dans l’opus inaugural.

Le strict minimum
Côté mise en scène, débarrassée de ce prisme si particulier, il ne reste pas grand chose. À l’image de son Massacre à la tronçonneuse, le réalisateur allemand a recours à une photographie particulièrement sombre, fortement contrastée, presque dure dans ses dichotomies visuelles, qui apparaît datée aujourd’hui. Le bodycount est généreux, mais pas aussi gore qu’espéré. Un film de faiseur, bénéficiant d’une technique solide, cependant jamais transcendent.
Une idée à retenir, celle d’avoir transformé le tank pachydermique Jason en un chasseur félin. Toujours effrayant de par sa stature, il est désormais débarrassé de son caractère fantastique (Chapitre VI : Jason le mort-vivant, on rappelle). Il traque ses proies avec malice, conçoit des pièges et se terre dans un réseau de tunnels labyrinthiques, une manière de l’ancrer définitivement dans le réel. Et sacrilège ultime : il court !
Derrière un slasher lambda et assez vite oubliable, Vendredi 13 version 2009 est donc devenu un objet filmique passionnant malgré lui, lorsque raccordé aux évolutions récentes du cinéma horrifique. Toujours attaché à une panique morale très eighties, où le sexe et la débauche sont punis de mort, il s’inscrit en faux remake, en reboot involontaire mais en vraie suite saturée de références. Un précurseur on vous dit.



