
Réalisateur : David Gordon Green
Année de Sortie : 2018
Origine : États-Unis
Genre : Slasher Moderne
Durée : 1h46
Le Roy du Bis : 4/10
Thibaud Savignol : 7/10
Le Mal Réincarné
Halloween revient comme chaque année, charriant son lot de productions horrifiques à base d’exorcismes, de maisons hantées, et d’équarrisseurs bourrins. Celui de 2018 était néanmoins un événement, puisqu’il marquait le grand retour de sa licence la plus iconique : Halloween. Après un premier revival en 2007 réalisé par Rob Zombie, suivi d’une séquelle deux ans plus tard largement mésestimée par le public.
Le Masque d’Or
Il était temps pour son producteur héritier Malek Akkad de remettre le masque au goût du jour, accompagné du nouveau magnat et chantre de l’industrie horrifique Jason Blum. Pour garantir le succès de cette entreprise, les deux compères n’ont pas trouvé mieux que de sortir John Carpenter de sa retraite pour lui confier les casquettes de producteur délégué, consultant et compositeur, et d’offrir à Jamie Lee Curtis l’opportunité d’interpréter à nouveau le personnage de Laurie Strode, 16 ans après Halloween Resurrection.
En cette période trouble de révisionnisme, les scénaristes ont jugé bon d’occulter toutes les séquelles de la saga depuis l’œuvre séminale de Big John, afin d’opérer un retour aux sources recontextualisé dans une réalité contemporaine. Le soin de la mise en scène a été confié à un néophyte de l’horreur (David Gordon Green), afin d’apporter un regard neuf sur le genre sans dévier de la feuille de route. Dès lors, cette suite choisissant de porter le titre de son illustre modèle ne fait plus aucun mystère sur ses intentions.
Rarement la presse se sera autant contrefaite dans l’exercice de cet emballement médiatique à l’égard du film. C’est qu’il ne manquait de rien au buffet dînatoire le soir de la première. Le fossoyeur de la saga porte un nom (Rob Zombie) largement évocateur tant il exprime la mort et la dégénérescence. Tous s’accordent à le dire. C’est fini, n’en jetez plus. C’est au tour de l’auteur de ces lignes de ce faire l’avocat du diable et de réfuter point par point les arguments avancés par le parti adverse.
Ces analyses pécuniaires et versatiles se contentent de notifier les quelques symboles relatifs brandis par David Gordon Green, telle que cette citrouille ratatinée en introduction reprenant sa forme initiale. Ce générique n’a rien d’innocent, tant cette figure reflète l’abîme dans laquelle la franchise a plongé en recyclant son tueur au fur et à mesure des résurrections, tueries et malédictions orchestrées au cours de ces quatre dernières décennies.

Les Masques tombent
À l’instar de son couple de journalistes, le réalisateur souhaite provoquer une rencontre anthologique entre ces deux monstres sacrés (Myers et Laurie), qui se sont mutuellement nourris et entre-déchirés au cours de leur carrière respective. Celle de Jamie Lee Curtis n’aurait probablement jamais décollé sans ce rôle mythique. Depuis plusieurs années, l’actrice était d’ailleurs rivée au rang des has-been. Ce retour fracassant lui aura permis de humer l’air des cimes hollywoodiennes (Everything Everywhere all at Once, Knives out, etc..). C’est probablement le plus grand motif de satisfaction à mettre au crédit de cette suite.
La comédienne vieillissante interprète un personnage névrotique, vivant recluse en ermite. Pourtant cette caractérisation souffre d’une étrange contradiction puisque Laurie Strode aura tout de même eu le loisir de consommer deux mariages, de fonder une famille et d’engendrer deux générations. Au-delà du caractère extrémiste et psychotique que les journalistes (ceux du film) tentent de lui attribuer, nous avons également affaire à une mamie gâteau comme le montre ses rapports avec sa petite fille, bien qu’elle soit devenue une fervente adhérente de la NRA.
À contrario, Michael Myers n’est plus qu’un sinistre vieillard rachitique aux cicatrices apparentes, qu’un cube de béton a fini par cheviller dans sa cour de récréation. Figure maléfique et insaisissable chez Carpenter, sa silhouette monolithique apparaît désormais aussi frêle qu’un pantin de bois au milieu des déambulations d’enfants costumés pour la chasse aux friandises. Le metteur en scène doit donc ruser en filmant son interprète en contre-plongée ou bien de manière à toujours garder le dessus sur ses victimes. En outre, le plan séquence sur lequel la presse s’est extasiée va jusqu’à démystifier le modus operandi du tueur, ne se cachant même plus de la foule comme un vulgaire équarrisseur de masse. L’Amérique en pourvoit ponctuellement avec ou sans masque… Sacrilège ultime, un personnage ira jusqu’à le lui retirer, ou comment désacraliser cette figure en l’espace d’un instant.
Stig-Masque
Le masque qui affiche les stigmates et les rides de son interprète est devenu aussi représentatif de celui qui le porte, notamment depuis que Rob Zombie s’en est emparé. Un parti-pris unanimement salué ici par la presse, alors que ce dernier l’avait pourtant mis plus subtilement en avant. Contrairement aux idées reçues, le métalleux avait fait de Myers le croquemitaine des légendes : massif, bourru, cheveux et barbe hirsute, revêtu de guêtres et guenilles, affublé d’un masque aussi déchiré que son âme. Le Myers de David Gordon Green n’a plus rien de maléfique ou de surhumain.
Michael Myers est également devenu vulnérable aux chocs et aux balles (on le verra assommé, tristement amoché, plusieurs doigts arrachés, un œil révulsé) en plus d’agir à visage découvert. L’argument avancé contre Rob Zombie est donc caduc, et prouve bien que ses détracteurs ont la mémoire courte et sont au moins aussi grotesque que le psychiatre tourmenté de cette nouvelle itération dès qu’il s’agit de retourner leur veste.

Pas subversif pour un clou, le film va même jusqu’à réinvestir les carcans moraux dans lesquels le slasher a longtemps été associé, en donnant au bourreau de bonnes raisons de martyriser ses victimes. Baby sitter nympho, petit copain aux mœurs légères, psychiatre démoniaque, ado forceur qui tente d’abuser de la détresse émotive de sa meilleure amie, tous subiront un châtiment violent à la hauteur de leurs comportements.
Myers tue un enfant ? la belle affaire ! Le délinquant juvénile parti à la chasse aux mendiants avec son fusil s’en serait probablement sorti s’il s’était davantage soucié du sort de son père, ou bien de la personne sur laquelle il venait accidentellement de tirer. Myers tue des forces de l’ordre ? Les deux flics dissipés étaient trop occupés à comparer la taille de leur lunch box comme s’il s’agissait de leurs attributs. Quant aux autres victimes collatérales, celles-ci seront surtout destinées à alimenter la mécanique de prédation qui sans quoi pourrait s’enrayer en cours de route.
Le Masque de Justicier
Michael Myers ne prendra jamais la peine de poursuivre la jeune Alysson dans les bois, et préféra s’éviter cette basse besogne tout comme il épargnera les enfants innocents de son courroux. Le couteau, symbole phallique par excellence, pénétrant la chair des adolescents à la sexualité débridée, n’est ici qu’un outil tranchant permettant de mettre fin aux supplices de ses misérables pécheurs. Les mises à morts sont d’ordre purement mécanique. Ces corps à corps incisifs et brutaux ont eu de l’effet sur certains spectateurs, les mêmes qui reprochaient à Rob Zombie de faire preuve d’une sauvagerie complaisante. Mauvaise foi quand tu nous tiens… Pourtant, cette croisade meurtrière permettait de sortir le public de sa zone de confort, en le confrontant à l’horreur de se retrouver soi-même victime.
Plusieurs organismes de presse ont également soulevé que le film n’employait jamais d’artifices et de jump-scares grossiers. Cet argument aurait effectivement pu être pertinent si le film n’en abondait pas. L’ironie du sort fera que les deux journalistes introduits dans le prologue finiront par ramper dans la merde qu’ils auront remués. Assassinés sauvagement dans un chiotte plus angoissant que l’ambiance préalablement instaurée par le metteur en scène, se bornant à reproduire grossièrement celle de l’opus original à l’identique et au plan près, sans jamais faire preuve d’inventivité.
La seule originalité tient finalement à son renversement du jeu du chat et de la souris, permettant à Laurie de prendre (encore) sa revanche sur sa Nemesis. Rappelons que cette dernière le souhaité ardemment, après s’être préparée durant des années. Dommage, l’ultime confrontation sera très rapidement évacuée dans les soubassements et chausses-trappes de sa maison. Mais rassurez-vous, Myers doit continuer de vivre pour que le mythe puisse continuer à générer des recettes au box-office. Le cliffhanger douteux témoigne de l’opportunisme de la démarche.
John Carpenter se disait capitaliste et prêt à tout pour un énorme tas de billets verts. Cet Halloween tend à nous le prouver. Certains magazines sensationnalistes n’ont pas hésité à récupérer sa réaction au sujet du remake de Rob Zombie pour mieux traduire et généraliser l’aversion qu’en avait le public. «No comment», s’était-il sobrement exprimé au micro, car il savait dans le fond que son Halloween n’arrivait pas à la hauteur des dreadlocks du métalleux.



