[Critique] – Les Indians III


Les Indians III affiche film

Réalisateur : John Warren

Année de Sortie : 1994

Origine : États-Unis

Genre : Baseball

Durée : 1H37

Le Roy du Bis : 6/10


Buzz Lightyear


Malgré des résultats financiers en demi-teinte avec son second opus, la saga des Indians demeurait suffisamment populaire et solide pour encourager les producteurs à tenter une nouvelle aventure. «L’équipe de baseball la plus nulle de la planète est de retour», titrait l’affiche française. Mais une bande de tocards peut en cacher une autre, car de zéro en héros, la franchise de Cleveland a changé de peau. Tandis que les véritables Indians retrouvaient enfin le chemin de la victoire, remportant à deux reprises la Ligue américaine avant d’échouer en finale des World Series, les Twins du Minnesota sombraient dans la médiocrité et l’anonymat après leur triomphe de 1991.

Les Indians III ne s’intéresse donc plus à l’équipe de Cleveland, ni même à la Major League (titre original de la saga), mais à une formation de ligue mineure : les South Carolina Buzz. Les seuls «Indians» encore présents sont d’anciennes figures déchues de la franchise, venues prêter main-forte : Roger Dorn, toujours aussi mégalomane (Corbin Bernsen), Pedro Cerrano (Dennis Haysbert), fidèle à ses rituels vaudous, l’excentrique Tanaka (Takaaki Ishibashi) ou encore le receveur Rube Baker (Eric Bruskotter). Une galerie de personnages hauts en couleur, mais loin d’être les esprits les plus affûtés du vestiaire.

Le film érige les Buzz en nouveaux outsiders de la ligue mineure. La dynamique repose, comme dans les précédents volets, sur une addition d’individualités bancales et extravagantes qui, une fois combinées, produisent une alchimie inattendue. Cependant, l’intrigue délaisse partiellement la montée en puissance de cette équipe de tocards au profit d’un pari absurde, nourri par une guerre d’ego entre deux entraîneurs rivaux. L’ascension sportive et populaire des Buzz, conjuguée à la déchéance des Twins du Minnesota, conduit ainsi les deux équipes à s’affronter lors d’un match d’exhibition fortement médiatisé.

Les Indians III critique film

L’intrigue repose dès lors sur cet affrontement, digne d’un match de Coupe de France, où l’enthousiasme amateur vient se heurter au cynisme du monde professionnel et implacable. L’un des principaux attraits de cette suite réside dans la peinture de ce club champêtre, inconnu du grand public, loin des vestiaires flambants neufs, des stades imposants et du glamour des ligues majeures. Ici, l’ambiance y est plutôt bière et saucisse-frites. Le film cultive ainsi une certaine idée d’un baseball authentique, sans artifices ni prétention, où la beauté du geste et la camaraderie comptent intimement plus que les points.

Les absences de Tom Berenger et Charlie Sheen sont partiellement compensées par l’arrivée de Walton Goggins, en batteur prodige, et surtout de Scott Bakula dont le flegme de vieux briscard apporte une assise bienvenue. Leur relation irrigue le récit, dans l’ombre toutefois de ses illustres prédécesseurs. Car le cœur du film réside autant dans la transmission que dans cette bataille entre deux visions antinomiques du sport : l’une passionnée, presque naïve, l’autre pragmatique et désenchantée.

Mais c’est aussi là que le film révèle ses limites, car l’histoire, comme le sport, ne retient que les vainqueurs. Et avec à peine 3,5 millions de dollars de recettes pour un budget estimé à 18 millions, cette suite a surtout des allures d’échec. Au-delà de la sympathie que suscitent ces has-been bedonnants (voir never-been pour certains), tenant tête à des stars aguerries, il ne subsiste pas grand-chose après la fin du visionnage. Tout au plus un souvenir fugace d’une célébration bon enfant, d’un pari insignifiant, et surtout d’une humiliation éclipsant le mérite et l’honneur portée par cette équipe de ligue mineure.

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