[Critique] – Les Indians II


Les Indians II affiche film

Réalisateur : David S. Ward

Année de Sortie : 1994

Origine : États-Unis

Genre : Baseball

Durée : 1H45

Le Roy du Bis : 6/10


Le Groupe vit bien


Cinq ans après, qui en ont paru un dans le film, les Indians reviennent défendre leur titre en «Major League» avec une suite boursouflée qui mise sur la continuité. Car on ne change pas une équipe qui gagne, ou presque. David S. Ward rempile ainsi avec la quasi-totalité du casting pour tenter de hisser une nouvelle fois sa franchise au sommet du box-office. Mais le triomphe surprise de 1989, qui avait vu les Indians frapper fort avec près de 50 millions de dollars de recettes mondiales, ne se reproduit pas. Cette fois, la machine s’enraye sérieusement, ne récoltant que 30 millions, tout juste de quoi rembourser son budget…

Pas de révolution majeure dans l’intrigue de cette séquelle, qui reprend peu ou prou la formule du premier opus en inversant simplement la dynamique. Cette fois, les Indians ne sont plus des minables, mais les grands favoris à la course au titre. Une position inconfortable qui met rapidement en lumière les failles du groupe. Roger Dorn (Corbin Bernsen) prend du galon en devenant directeur, mais son train de vie dispendieux met la franchise en péril, forçant le retour de Rachel Phelps, toujours prête à saborder l’équipe. Jake Taylor, désormais trop usé pour le terrain, officie comme coach adjoint aux côtés d’un Lou Brown (James Gammon) affaibli, dont la santé vacille autant que les résultats sportifs.

Sur le terrain, la déliquescence est tout aussi flagrante. Willie Mays Hayes (Omar Epps) traîne la patte après une blessure contractée dans une tentative ratée de carrière hollywoodienne. Pedro Cerrano (Dennis Haysbert) abandonne le vaudou pour une spiritualité plus zen, tandis que Rick Vaughn, alias «Wild Thing», semble davantage préoccupé par ses contrats publicitaires que par ses performances. À ce noyau en perte de repères s’ajoutent de nouvelles têtes : Jack Parkman (David Keith), pur produit du star-system au caractère explosif, Rube Baker, rookie plus intéressé par les playmates que par le jeu, ou encore Isuro Tanaka, attrapeur kamikaze prêt à se sacrifier à chaque action. Une cohésion fragile qui ne résiste pas longtemps à la spirale de défaites, attisant les tensions internes et la grogne du public.

Les Indians II critique film

Là où le premier film reposait sur une bande de losers attachants unis dans l’adversité, cette suite montre les effets nocifs du star-system, de l’embourgeoisement de l’équipe comme du public, et de l’individualisme au dépend du collectif. Après leur titre de champion, les Indians ne mouillent plus le maillot, se pavanent en limo, se dispersent dans des querelles d’ego, et s’enferment dans des comportements absurdes ou caricaturaux, reniant  jusqu’aux valeurs qui faisaient leur force. L’équilibre du groupe vole alors en éclats, écrasé par les mauvais résultats, la pression médiatique et les huées des supporters. Mais David S. Ward peine à renouveler son propos.

Derrière cette tentative de renverser la dynamique du premier film, la structure narrative reste identique et repose sur la réaction d’orgueil de ces bras cassés, capables de se sublimer sous la pression. Le problème, c’est que la mécanique apparaît plus forcée, et vidée de la fraîcheur qui faisait le sel de l’original.  L’humour repose toujours sur l’irrévérence et les facéties de ces demi-mongoliens, sur certains stéréotypes raciaux (les blagues sur les blacks et les asiatiques…), et sur son ambiance de vestiaire saturé de testostérone.

Plus bruyant, plus cher, mais nettement moins inspiré, le film illustre parfaitement ce que devient une équipe et une franchise qui a oublié pourquoi elle gagnait. Paradoxalement, les véritables Indians de Cleveland remporteront la ligue américaine et se hisseront en finale des World Series seulement un an après la sortie du film, réduisant la saga au rang de has-been. 

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