
Réalisateur : Ivan Zuccon
Année de Sortie : 2008
Origine : Italie
Genre : Horreur Lovecraftienne
Durée : 1H32
Le Roy du Bis : 7/10
Disponible à la Vente chez Uncut Movies
Le Puits des âmes Tourmentées
Ivan Zuccon œuvre certes en marge des Gabrielle Mainetti ou Matteo Garrone, mais le réalisateur s’est forgé une solide réputation dans le milieu du cinéma underground. Le succès de ses films (The Shunned House, Nympha, Bad Brains) témoigne d’une résurrection du cinéma fantastique transalpin, qui semble enfin reprendre des couleurs dans le paysage audiovisuel européen. Une observation d’autant plus pertinente qu’il est précisément question d’une couleur tombée du ciel avec Colour from the Dark.
Poison was the Cure
Huit ans se sont écoulés depuis ses premiers essais, et les efforts ont manifestement porté leurs fruits. Zuccon a progressé de manière significative, surtout si on le compare à certains de ses homologues d’outre-Rhin (Timo Rose ou Andreas Bethmann pour ne citer qu’eux), restés sauvagement cloitrés dans leurs forêts bavaroises. Cela saute immédiatement aux yeux à travers une mise en scène plus assurée, multipliant les travellings et mouvements de caméra.
Tourner en DV n’excuse plus l’immobilisme, et Zuccon l’a bien compris. Le cinéaste s’est entouré d’une véritable équipe professionnelle, capable de compenser un budget dérisoire d’environ 100 000 dollars par un savoir-faire tangible. Si quelques effets numériques trahissent parfois leurs limites, l’ensemble demeure étonnamment solide au regard des ambitions du projet. Le réalisateur a même pu s’attacher les services de l’ancienne tromette Debbie Rochon, qui nous montre toute l’étendue de ses talents d’interprète, évoquant à bien des égards l’actrice Eva Green. Michael Segal n’est pas en reste dans le rôle du patriarche déchiré qui tente, tant bien que mal, de subvenir aux besoins de son foyer.
Pietro et son épouse Lucia mènent une existence en apparence paisible, à l’écart des heurts et fracas du champ de bataille. Leur quotidien est rythmé par un dur labeur, auquel s’ajoute la charge d’Alicia, la jeune sœur autiste et muette, sujette à de profondes phobies liées à son environnement. Un détail trouble bientôt cette quiétude rurale : le puits familial se met à bouillonner comme un jacuzzi, tandis que des lueurs bleutées en émanent la nuit. L’eau reste néanmoins potable, presque miraculeuse, favorisant une croissance anormalement vigoureuse des cultures et permettant à Pietro de guérir son genou blessé, et à Alicia de retrouver la parole.

Mais ces miracles sont de courte durée. Peu à peu, l’environnement se délite et la famille sombre dans la folie. Les légumes luxuriants et juteux finissent par se flétrir, les murs de la maison se mettent à moisir, et Lucia, possédée, se transforme en une goule sauvage, insensible aux crucifix et aux tentatives d’exorcisme. Pour autant, Colour from the Dark ne se réduit pas à un simple film de possession. Zuccon insiste davantage sur une horreur diffuse et une atmosphère profondément délétère, à la fois politique (les Juifs sont dénoncés et traqués par les nazis) et mortifère, le monde environnant étant progressivement réduit en cendres.
The Darkest Hour
Si le film souffre parfois d’un certain éclatement narratif, le réalisateur structure néanmoins son récit autour d’une chronologie délimitée sur une semaine, afin d’accentuer la lente descente aux enfers des personnages. À peine pourrions-nous lui reprocher un rythme involontairement indolent, conséquence d’une mise en scène lancinante privilégiant l’horreur latente, traversée d’hallucinations, de réminiscences et de séquences oniriques. L’héritage de Lucio Fulci est ici pleinement assumé.
Ivan Zuccon est également parvenu à tirer le meilleur parti de son décor afin d’accentuer le sentiment d’isolement et de décrépitude ambiante, face à un mal insidieux se diffusant dans le cadre à mesure que les personnages s’inoculent le poison. La photographie blafarde, dominée par des tons grisâtres ponctués d’éclats luminescents, s’inscrit parfaitement dans l’esprit de cette adaptation, fidèle à l’essence de la nouvelle originale.
Rappelons que La Couleur tombée du Ciel s’intéressait déjà à la lente déliquescence d’un environnement et de ses habitants sous l’influence d’une météorite. Œuvre centrale dans la mythologie lovecraftienne, elle incarne la manifestation d’une force cosmique antédiluvienne, étrangère à notre monde, vouée à entrer en collision avec lui et à engendrer dégénérescences et abominations.
Ici, le mal, puise sa source d’un puits, comme s’il était déjà enraciné depuis tout ce temps, et ne demandait qu’à être enfin libéré. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si le cinéaste a choisi d’inscrire son récit dans le contexte tourmenté de la Seconde Guerre mondiale. Car dans Colour from the Dark, il n’est pas seulement question de la décomposition d’une cellule familiale, mais aussi d’un écho au passé sombre d’un pays autrefois dirigé d’une main de fer par Mussolini. Du mirage socialiste émerge alors une nouvelle montée d’un fascisme bien de droite, ne laissant derrière lui que désolation, mort et désespoir, dans un sillage de cendres et de fumée noire.



