[Critique] – Humongous


Humongous affiche film

Réalisateur : Paul Lynch

Année de Sortie : 1982

Origine : États-Unis

Genre : Slasher

Durée : 1H34

Le Roy du Bis : 6.5/10


Chienne de Vie


Avec son affiche digne d’un bis italien, Humongous s’est retrouvé, presque par accident, sur les étagères des vidéoclubs des années 80, à la suite du rachat de Avco Embassy par les producteurs de télévision Norman Lear et Jerry Perenchio, davantage soucieux de promouvoir des divertissements familiaux que ce rejeton peu recommandable. Le titre traduisait d’ailleurs quelque chose d’énorme et de monstrueux. Dans ces conditions d’abandon un peu bâtard, le deuxième long métrage de Paul Lynch (Le Bal de l’horreur) semblait promis à un naufrage commercial.

Le scénario épouse d’ailleurs cette idée au sens littéral : pris dans un épais brouillard, une bande de jeunes fait naufrage sur une île isolée. Leur seule rencontre est une vieille femme vivant recluse, entourée d’une meute de chiens aussi sauvages que son environnement. Mais, à mesure que les explorations révèlent des traces d’un passé sordide et plusieurs découvertes macabres, les survivants comprennent que l’île constitue le territoire de chasse d’une créature féroce et enragée.

Derrière ses allures de carte postale estivale, le film s’ouvre pourtant sur un viol effroyable suivi d’un meurtre brutal. D’emblée, Paul Lynch annonce la couleur. Mais contrairement à ses contemporains sévissant sur les grands écrans dans une ambiance plus festive et décomplexée, Humongous s’enfonce dans un malaise constant. Son intrigue emprunte autant au fait divers sordide qu’au conte macabre, mêlant pulsions animales, complexe œdipien, drame familial et secrets enfouis, dès un générique d’ouverture construit comme un vieil album photo rongé par les souvenirs.

Humongous critique film

Dans Humongous, le spectateur retrouve cette peur enfantine du grand méchant loup rôdant dans les bois interdits. La forêt, les bâtisses délabrées, les aboiements lointains, les grognements indistincts contribuent à façonner une atmosphère lugubre. Refusant les débordements gore qui faisaient alors les beaux jours du slasher américain, Paul Lynch privilégie le hors-champ et la suggestion. Chaque déplacement dans les sous-bois, chaque couloir plongé dans l’obscurité semble abriter une présence malveillante. Cette mise en scène transforme les traditionnelles parties de cache-cache en véritables moments de terreur, bien plus oppressants que les interminables poursuites de tueurs masqués devenues, à l’époque, presque mécaniques.

Plus animal que véritablement humain, le meurtrier n’est guidé que par la faim et un instinct de survie primaire. Digérant ses nombreuses influences (Massacre à la Tronçonneuse, Psychose, Hurlements), le film ne pâtit jamais de la comparaison. Au contraire, Paul Lynch distille habilement ses indices, entretient le mystère autour de sa créature et réserve sa pleine révélation à un dernier quart d’heure d’une efficacité remarquable. Moins pitoyable et morfal que le cannibale de Anthropophagous, son croquemitaine n’a jamais aussi bien porté son nom.

Mais la véritable réussite de Humongous ne réside peut-être pas dans son impressionnant monstre. Elle tient surtout à la profonde mélancolie qui imprègne le film. Sous ses atours de série B sanguinolente se cache une tragédie où chaque personnage semble condamné par les fautes de la génération précédente. Rarement un slasher aura montré avec autant d’amertume que la véritable monstruosité ne naît pas uniquement des créatures tapies dans l’ombre, mais des violences humaines qui les engendrent. C’est sans doute cette noirceur inattendue qui fait de Humongous une œuvre à part dans le paysage horrifique des années 80.

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