
Réalisateur : Stuart Gordon
Année de Sortie : 2001
Origine : Espagne
Genre : Horreur Cosmique
Durée : 1h35
Le Roy du Bis : 9/10
Thibaud Savignol : 7/10
Le Baroud d’Horreur
H.P. Lovecraft fait partie de ces rares auteurs qui furent incompris de leur vivant. Pourtant, l’écrivain a fondé tout un univers horrifique, inspirant de nombreux autres, sondant l’indicible horreur des abysses et terreurs cosmiques. Le maître de Providence érigeait des divinités capables de balayer toute l’humanité.
Le Cauchemar d’Imboca
Depuis lors, des cinéastes y ont projeté leurs propre peurs et fantasmes, en se réappropriant le matériel ou bien en prolongeant le travail thématique de son créateur. Si L’Appel de Cthulhu reste certainement la nouvelle le plus connue de son auteur, Le Cauchemar d’Innsmouth reste l’une de ses meilleures. Pouvait-on trouver meilleur réalisateur que Stuart Gordon pour l’adapter ?
Injustement mésestimé, Stuart Gordon n’a jamais obtenu la reconnaissance artistique qu’il méritait pour l’ensemble de son œuvre dans la série B. Déjà responsable de plusieurs adaptations lovecraftienne au siècle dernier (Re-Animator, From Beyond, Castle Freak), le cinéaste avait déjà envisagé de porter cette nouvelle en 1987. Mais en raison des litiges opposant son confrère Brian Yuzna et le producteur Charles Band, le script sera remisé durant une quinzaine d’années. Avec son arlésienne sous le bras, Brian Yuzna fondera le label Fantastic Factory avec Julio Fernandez, permettant finalement à Gordon de le réaliser.

Si le film s’intitule bien Dagon, il ne fait en revanche que peu référence à la nouvelle éponyme. Production ibérique oblige, Le Cauchemar d’Innsmouth est délocalisé dans un village côtier du littoral espagnol. Un excellent choix qui ne trahit jamais l’œuvre d’origine, bien au contraire. Saisissant l’essence de la nouvelle d’origine, Gordon restitue l’ambiance si particulière de ce texte littéraire puisant dans le récit de survivance.
Le film prend ainsi la forme d’une chasse à l’homme au cœur des rues pavées d’Imboca, où le personnage principal tente de retrouver sa femme et de se défaire comme il le peut d’une horde de villageois enragés. Ces êtres hybrides et tentaculaires souhaitent sacrifier leurs victimes sur un autel païen à la gloire du dieu Dagon.
Tempête Sanglante
Avec Dagon, Stuart Gordon semble s’être appliqué à vouloir reproduire le climax anthologique de Re-Animator afin de s’offrir un dernier baroud d’horreur. S’il verse dans une forme de complaisance gore (l’effeuillage du visage particulièrement horrible à regarder), le cinéaste contrebalance ces situations cauchemardesques par une bonne dose d’humour noir et burlesque (Paul luttant contre une mère carnassière et mutante).

Les affrontements sont à couteaux tirés, le rythme se veut particulièrement frénétique et la tension ne redescendra jamais une fois les hostilités lancées. Et si le réalisateur n’a pas cru bon apporter des fusils et des pistolets, le personnage saura néanmoins jouer du briquet pour immoler ces abominations par le feu. Ezra Godden donne beaucoup de sa personne. Francisco Rabal n’est pas en reste dans le rôle d’un vieillard alcoolique et pouilleux. L’acteur décédera à peine quelques temps plus tard. Le film lui est d’ailleurs dédié.
La ville est particulièrement inhospitalière. Chaque enfoncement dans les allées mènent vers un coupe-gorge. Les intérieurs sont poisseux et tachetés de moisissure apparente. Le film bénéficie d’une vraie dimension sonore, nous immergeant au cœur de cet environnement dévasté, ballotté par la pluie incessante, le vent et les flots. En filmant à l’aide d’une caméra portée, Stuart Gordon nous immerge au plein cœur de cette nuit tempétueuse, véhiculant le sentiment d’urgence et de panique généré par cette traque haletante.
Certains effets spéciaux numériques ont quelque peu vieilli, mais dans l’ensemble le maquillage et la caractérisation des hommes-poissons (branchies, mains palmées, regards livides, dents crochus, tentacules à la place des bras voire des pieds) fait son petit effet et porte le film vers une dimension horrifique assez inédite pour le genre. Leurs silhouettes hideuses maraudant dans l’obscurité, leurs cris rauques et leur dialecte incompréhensible suffisent à susciter la terreur. S’il fut froidement accueillit par le public lors de sa sortie, Dagon reste à fortiori la meilleure adaptation lovecraftienne porté sur grand écran.



