
Réalisateur : James Wan
Année de Sortie : 2013
Origine : États-Unis
Genre : Maison Hantée
Durée : 1h52
Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 8/10
Pendaison de Crémaillère
Les grincements de portes, les tapages nocturnes et bruits de pas insolubles des vieilles maisons de campagne sont parfois inhérents à des canalisations défectueuses, des conditions d’environnement, ou bien des nuisibles logeant dans les combles. Si la visite d’un dératiseur et d’un plombier ne suffit pas à interrompre les nuisances, et que celles-ci s’accompagnent de phénomènes paranormaux et de mobilier volant, les démonologues tels qu’ Ed et Lorraine Warren sont certainement les professionnels les plus recommandés pour éradiquer le resquilleur qui hante les lieux.
SOS Fantômes
The Conjuring retrace l’histoire de ce couple célèbre intervenu dans pas moins de 4000 affaires très controversées, parfois adaptées sur grand écran (Amityville La Maison du diable). Le récit relate l’emménagement de la famille Perron qui, à défaut d’une crémaillère, aura droit à une pendaison de sorcière tueuse d’enfants en guise d’esprit frappeur et de locataire. En prenant possession de la matriarche, l’enquête va contraindre Ed à réaliser un exorcisme pour la première fois de sa carrière sans l’autorisation préalable de l’église, partagé entre les ennuis de santé de sa femme médium et le désir d’aider cette famille dans le tourment.
À l’heure où les Found footage saturaient le marché (Le Dernier Exorcisme, Paranormal Activity, Grave Encounters), James Wan prenait la tendance à contre pied en réinvestissant le film d’exorcisme et de maison hantée. Porté par les spectres tenaces de Stanley Kubrick (Shining), Tobe Hooper (Poltergeist), William Friedkin (L’Exorciste), Stuart Rosenberg (Amityville, La Maison du Diable) et Richard Donner (La Malédiction), Conjuring : Les Dossiers Warren tient autant au pur exercice de style qu’à un travail de mémoire et de réactualisation des mythes fondateurs, envers une nouvelle génération portée par de nouveaux canons horrifiques comme esthétiques. La mode est un éternel recommencement.

Avec sa maîtrise des codes de l’épouvante-horreur traditionnelle (Dead Silence), James Wan avait confirmé avec Insidious sa capacité à transcender le genre avec des ressorts pourtant éculés. Plus encore, le cinéaste était à l’initiative d’une des franchises les plus lucratives des années 2000 (la saga Saw). En se servant des années 70 comme d’un point d’ancrage, le réalisateur avait tout le loisir de revitaliser ces lieux et figures les plus emblématiques, et de développer un nouvel univers cinématographique étendu (Annabelle, La Nonne).
Bloqué sur le Perron
Conjuring : Les Dossiers Warren tend vers une rétention absolue d’effet, pour s’inscrire dans la veine réaliste du fait divers dont l’intrigue s’inspire et puise toute sa vitalité. La découverte du cabinet des curiosités du couple Warren et de la célèbre poupée Annabelle reconnectent néanmoins le film à l’héritage forain de ces visites guidées destinées à choquer le chaland, sans pour autant réduire l’exercice à la solde mercantiliste d’un simple tour de train fantôme affichant rictus machiavéliques, portes qui claquent, hurlements et silhouette ténébreuse. Car dans Conjuring, il est aussi question de réinvestir le cœur de la cellule familiale afin de lui opposer un diable récalcitrant face auquel le mâle se retrouve impuissant.
En cédant aux terreurs infantiles et à l’angoisse de ses personnages châtrés, le public ne sait plus à quel saint se vouer. L’horreur revêt alors des formes singulières à gradation (clappement de mains, forces obscures invisibles, corbeaux kamikazes, sorcière campée sur l’armoire), rendant les conditions de vie des résidents de plus en plus insupportables. En bon disciple de l’école Kubrickienne, le cinéaste use volontiers de plans-séquence pour sonder l’obscurité de son décor (couloirs, cagibi, cave, vide sanitaire, soubassement) d’où émanent une présence insidieuse et malveillante prête à fondre sur le public à tout moment. La caméra subjective se mouvant dans le champ fait de cette demeure une entité à part entière, à laquelle cette famille ne peut résolument se soustraire après y avoir misé son avenir. Éradiquer ce mal nécessite donc de s’y plonger corps et âme.
Si d’aucun reprocherait à James Wan son esthétique vintage, cela serait néanmoins occulter sa capacité à manier la grammaire stylistique avec foi et à ménager ses effets de mise en scène avec parcimonie, générant la tension par la puissance évocatrice du hors-champ, une dimension sonore terrifiante ainsi qu’une diabolique gestion de l’espace et de l’environnement. Mais une fois la menace incarnée, le récit s’enferme néanmoins dans une lutte manichéenne sous forme d’exorcisme avec un mélodrame familial à la clé. L’emménagement de Conjuring dans les cimes du paysage hollywoodien ne se fera donc pas sans quelques gerbes de sang, une poignée de sueurs froides, et un puritanisme bienveillant.



