[Critique] – Avatar


Avatar affiche film

Réalisateur : James Cameron

Année de Sortie : 2009

Origine : États-Unis

Genre : Monde Immersif

Durée : 2h42

Le Roy du Bis : 9/10
Thibaud Savignol : 9/10


La boîte de Pandore


Pour beaucoup, notamment une certaine firme aux grandes oreilles, Avatar est avant tout un immense succès au box-office. Avec son budget de 237 millions de dollars, réévalué à 315 en 2023 et même 387 avec le marketing (somme colossale à l’époque), le film fut rentable en à peine dix jours. Toujours premier sur la liste des plus gros succès mondiaux, sans inflation, et second avec la prise en compte de l’inflation, il est également le premier long-métrage à dépasser la barre symbolique des 2 milliards de dollars. Au-delà de tous ces records à faire bander les financiers, quel héritage nous a vraiment laissé le monument de James Cameron 16 ans après sa sortie ?

De la suite dans les idées

On évoquait volontiers une révolution en 2009, comme pour Le Seigneur des Anneaux dix ans plus tôt. Mais rendons-nous à l’évidence, Avatar est davantage une anomalie cinématographique qu’un cas d’école. Il fait partie de ces étoiles filantes du 7e art, davantage des réussites grâce aux capitaines de génie qui les dirigent que des formules potentiellement renouvelables, comme ce sera le cas en 2015 avec Mad Max : Fury Road. Des œuvres qui malgré leur impact incontestable sur le public n’ont pas réussi à changer le visage du blockbuster ricain comme on l’aurait souhaité depuis.

Pour les Youtubophiles de tous bords, dans le récent Vidéo Club de Konbini dédié à Guillermo Del Toro, le cinéaste mexicain ressassait la célèbre anecdote sur ce projet datant du début des années 90 mais relégué au placard faute de technologies adéquates. Prévu directement après Titanic, Cameron préfère attendre le moment opportun pour se lancer corps et âme dans son univers fait de grands monstres bleus.

Avatar Critique Film James Cameron

C’est grâce à Peter Jackson, à sa célèbre trilogie, à Gollum mais également au Davy Jones de Pirates des Caraïbes que Cameron sent enfin le vent tourner dans sa direction. Si il a longtemps hésité entre Avatar et une adaptation du légendaire manga Gunnm (celle-ci devait même se faire avant Avatar), il succombera à ses vieilles chimères et n’aura à partir de 2006 d’yeux que pour Pandora. Gunmm à Hollywood deviendra Alita : Battle Angel du très inconstant Robert Rodriguez. Mais bien encadré par son ami James Cameron, il délivrera un blockbuster haut de gamme, loin de ses enfants espions embarrassants.

La planète sauvage

Pour ceux qui ont la mémoire courte ou les trois qui viennent de sortir de leur grotte, rappelons un minimum l’histoire que nous conte le long-métrage. En 2154, tandis que la Terre se meurt, l’unobatium qu’abrite Pandora permettrait de résoudre la crise énergétique qui y sévit. On suit ainsi Jack Sully, ancien marine devenu paraplégique, s’envoler pour cette lointaine planète afin de participer au tout nouveau programme Avatar. Il sera relié à un corps biologique commandé à distance, permettant de survivre à l’atmosphère mortelle des lieux. S’épanouissant dans son corps de synthèse, marchant à nouveau, le colonel de la base lui ordonne d’infiltrer le peuple Na’vi. Mais tout bascule lorsque la jeune Neytiri lui sauve la vie.

Derrière son succès fou, Avatar a tout de même eu droit à un certain bashing vis à vis de son scénario, lui reprochant une trop grande simplicité, voire carrément des plagiats d’autres œuvres (Pocahontas, Aquablue). Pourtant, c’est cette simplicité qui profère une portée universelle à l’œuvre, peu importe l’âge ou l’origine. Les figures et péripéties classiques sont nécessaires pour immerger rapidement le spectateur dans un monde nouveau, ayant son propre fonctionnement et sa propre mythologie.

Quant à ceux qui le rattachent bêtement à Pochaontas, c’est davantage par paresse intellectuelle que par véritable pertinence. Quand l’un prône la tolérance entre les peuples, l’œuvre de Cameron embrasse littéralement la cause Na’vi face à notre propre espèce. Derrière le trait accessible se cache une résolution beaucoup plus radicale.

Avatar Critique Film James Cameron

Car il est toujours un peu triste de constater le mépris que reçoit un scénario aux aspirations écologiques. De même que conter la rébellion d’un peuple face à son proche anéantissement n’a rien de sirupeux, mais relève d’une vraie audace dans une réalité ou cela est souvent tourné en dérision ou passé sous silence. Qualifiée de naïve ou de convenue, l’écriture agit pourtant en miroir à nombres d’événements passés ou en cours de notre Histoire (on vous laissera faire les liens par vous-mêmes). Ce n’est pas pour rien si quelques mois après sa sortie, des militants pro-palestiniens ont protesté contre la barrière de séparation israélienne dans le village de Bil’in, déguisés en Na’vi.

For the players

Mais évidemment, Avatar est avant tout pensé comme une révolution technologique. On se passera ici de détailler tout le processus de création, complètement fou, des dessins préparatoires aux effets visuels, en passant par les prototypes conçus, les maquettes et autres innovations techniques. Les différents making-of sont une source inépuisable d’émerveillement, mais comment pouvait-il en être autrement de la part d’un cinéaste à l’exigence et à la maniaquerie légendaires ?

Avatar Critique Film James Cameron

Pour mettre en scène son univers, Cameron renoue avec les grandes formes inépuisables du cinéma hollywoodien (montage invisible, musique élégiaque), tout en évoquant le célèbre thème de la Frontière. Il dessine sa fresque en piochant aussi bien dans les écrits d’Edgar Rice Burroughs (Tarzan, John Carter) que dans La Forêt d’émeraude pour le choc des civilisations. Cette apparente simplicité permet de créer une mythologie rêveuse, une ode à la nature, et un monde de facto tangible, où peuvent se raconter toutes les histoires. Mélange étonnant entre une forêt amazonienne XXL, les monts Huang et les grands fonds marins pour leur bioluminescence, Pandora est un voyage vers l’ailleurs.

À travers cette expérience sensorielle, Cameron traite directement de l’Avatar vidéoludique, à une période ou le jeu vidéo connaît son essor grand public. Le phénomène du jeu online avec World of Warcraft ou Second Life a repoussé la question des barrières entre les mondes. Directement intégré au récit et cœur de sa narration, il dédramatise et même exalte le rapport aux univers virtuels, à une époque où cet art est souvent égratiné dans les médias mainstream ; les gamers des années 2000 se souviendront avec une nostalgie douce-amère de la pléthore de reportages à charge alors en vigueur.

Ici se distinguent deux réalités : celle grise, mécanique et aliénante du complexe militaro-industriel face à une Pandora nébuleuse, fascinante et enivrante, qui n’en oublie pas d’être terriblement mortelle. Cameron ne cède pas à l’anthropomorphisme Disnéen ou à une vision idéaliste. La Nature en majuscule est aussi généreuse que létale, luttant pour sa propre survie. Écosystème unique, comme celui d’un jeu vidéo qui crée ses propres règles, Jack Sully y sera libéré de ses contraintes physiques, débarrassé de sa paraplégie, pouvant enfin amorcer le début du reste de sa vie.

Avatar Critique Film James Cameron

3D dans nos cœurs

S’il n’a pas été le détonateur pour l’industrie dont on rêvait, malgré un succès qui ne se dément pas (la suite a elle aussi cartonnée), Avatar laisse surtout place à un immense regret quant à son héritage : le retour de la 3D. Après une utilisation dans les années 50 pour le côté forain (William Castle en digne représentant), puis de nouvelles tentatives dans les années 80 (coucou la flèche tirée de Vendredi 13 III), Cameron fait briller de mille feux cette technologie. Elle est ici brillamment exploitée, immersive grâce à un jeu incroyable sur la profondeur et la perspective. Beaucoup n’en tireront ensuite que le côté waouh avec quelques éléments qui foncent vers le spectateur, et puis c’est tout.

Quelques exemples surnagent cependant. Avec la ressortie de Jurassic Park 3D en 2013, le procédé accentuait une mise en scène Spielbergienne depuis toujours pensée en trois dimensions ; il n’y a qu’à revoir la sublime introduction du Monde Perdu, avec ce long plan qui passe d’un paquebot en arrière plan à un marin en taille poitrine avant de terminer sur des coupes de champagne en gros plan. La même année Del Toro s’essaiera à l’exercice avec le génial Pacific Rim, en post-production et non lors du tournage, ce qui est souvent une façon de faire mercantile. Mais cela aboutira ici à un rendu hallucinant de gigantisme, encore une fois grâce à une réalisation constamment réfléchie pour jouer sur plusieurs échelles.

Le procédé aurait dû être la révolution esthétique définitive du 21e siècle, lorsque pensé avec sérieux et créativité. Mais face à une utilisation souvent gadget (ah, la fameuse pub Haribo plus impressionnante que le film-lui-même), un prix gonflé artificiellement par les exploitants, des conditions assombrissant parfois l’image (la 3D nécessite un niveau de luminosité élevé lors de la projection) et une offre déraisonnable, le public s’est lassé du procédé, le reléguant aux abysses des innovations technologiques dès le milieu des années 2010.

Si quelques sorties 3D persistent ici et là pour certains blockbuster, et que dire de la fin des téléviseurs 3D, on croise les doigts à chaque nouvel Avatar pour que cette technologie reprenne du poil de la bête et convainque enfin la profession et le public de lui accorder une seconde, troisième, quatrième, peu importe, chance !

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