
Réalisateur : Sam Raimi
Année de Sortie : 1981
Origine : États-Unis
Genre : Cabane Hantée
Durée : 1h25
Le Roy du Bis : 9/10
Thibaud Savignol : 10/10
Panic Fever
Evil Dead c’est avant tout une histoire de franche camaraderie. Ce premier long-métrage de Sam Raimi aura mis deux ans à sortir de terre avant d’envahir les salles de cinéma et les vidéoclubs du monde entier, nanti d’une réputation sulfureuse sur laquelle le public projetait toutes sortes de fantasmes.
Premier Sang
Parti d’une bande démo visant à convaincre un consortium d’investisseur locaux (Within the Woods), le speech est pour le moins des plus classiques : une soirée arrosée entre adolescents dans une cabane isolée finit par dégénérer lorsqu’un membre de la bande libère accidentellement des forces occultes issues du Necronomicon. Les malheureux se retrouvent alors piégés dans la vieille bicoque, sans aide ni secours à leur portée. Cette nuit de terreur pourra bien être leur dernière, tandis que la seule échappatoire à ce cauchemar les conduira à une mort certaine.
Lorsqu’il s’attelle à Evil Dead, le réalisateur n’en est pas à son coup d’essai. À seulement 20 ans, et une cinquantaine de courts-métrages à son actif, Sam Raimi voit dans l’horreur un Eldorado propice à l’expérimentation d’effets et de nouvelles techniques de mise en scènes. Sertis d’idées folles, ingénieuses et outrancières (les maquillages purulents, la décomposition d’un corps confectionné en stop-motion, les différents démembrements, ainsi qu’un viol orchestré par des branches d’arbres entrelacée), Evil Dead se débarrasse de la pesanteur de l’épouvante-horreur classique pour s’épanouir dans une forme d’humour slapstick gore et délirant hérité des comédies des Trois Stooges.
L’apprenti cinéaste emploie sa caméra 16mm comme un véritable personnage harcelant ses protagonistes. C’est ainsi qu’il invente plusieurs procédés «révolutionnaires», notamment la Shaky Cam, consistant à harnacher l’appareil à une mobylette, un vélo, une planche flottante sur l’eau ou bien à bout de bras en se faisant porter par ses assistants, afin d’épouser le point de vue subjectif d’un esprit fonçant à travers les arbres et le décor pour s’attaquer aux survivants.

L’immersion est saisissante voir même dérangeante, et confère une atmosphère oppressante frôlant l’hystérie collective. Le sens de l’espace, la virtuosité des plans et des mouvements totalement hallucinants participent également à renforcer la puissance du hors-champ. L’effroi reste tapi dans le noir, se manifeste par le son et les déformations de l’image, avant même de surgir à l’écran par des cas de possessions, qui feraient passer les revenants de George Romero pour des crétins congénitaux.
La Fièvre Entrepreneuriale
Cette liberté de ton et de création, alimentée par les fortes ambitions de son réalisateur, a néanmoins un prix. Les journées sont longues et le travail harassant, le confort est extrêmement rudimentaire. Les actrices se plaignent des contraintes qu’implique ce tournage guérilla pour le moins hasardeux, obligeant les équipes techniques à s’adapter et à faire avec le système D. Les plannings sont serrés voire même chaotiques, puisque Sam Raimi n’a, comme dans son univers, aucune notion rationnelle du temps qui s’écoule. Sans ces mesures exceptionnelles de production, le réalisateur ne serait certainement jamais parvenu à un tel résultat.
C’est bien la précarité et le timing qui vont l’obliger à redoubler d’ingéniosité, impliquant des reshoots supplémentaires, une série d’épreuves et de souffrances au quotidien. Pas de quoi décourager ce stakhanoviste de l’image, continuant les prises de vue plusieurs semaines après la fin du tournage, afin de parfaire le long-métrage avec son ami Bruce Campbell, incarnant le futur héros mythologique de cette franchise lucrative. Malgré sa patine amateur, les effets spéciaux du film participent largement à la réussite du long métrage auprès du grand public.
A sa sortie, Evil Dead est un carton planétaire porté par des critiques élogieuses de personnalités influentes (Stephen King) ainsi que par la presse spécialisée (L’Écran Fantastique, Mad Movies). Sa relégation au bagne des vidéos Nasties le rendra d’autant plus populaire au Royaume-Uni. D’un budget de 350 000 dollars le film en rapportera plus de 30 millions. La «simplicité» apparente du film finit par convaincre toute une génération d’amateurs passionnés de se lancer dans la course à l’échalote, afin de reproduire ce coup de génie hors des circuits de production traditionnels. Peter Jackson lui emboîtera le pas avec son cultissime Bad Taste. Quant à Bruce Campbell, il sera de retour pour un deuxième round en 1987 dans une suite pour le moins démentielle (Evil Dead 2).



