
Réalisateur : Albert Pyun
Année de Sortie : 1991
Origine : États-Unis
Genre : Mini Flic
Durée : 1h19
Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 6/10
13 Inchees Man with an Attitude !
Il fut un temps où Albert Pyun avait du talent. Le début des années 90 fût une période charnière dans l’établissement de sa prolifique carrière. Guéri du cinglant échec de Captain America, le réalisateur s’est alors remis au turbin, sortant coup sur coup deux films de kickboxing (Kickboxer 2 et Bloodmatch) tout en préparant ce qui restera sans nul doute son meilleur film : Nemesis. Un an auparavant, l’hawaïen avait également collaboré avec Charles Band dans le cadre d’un projet très similaire, réunissant le combo gagnant de la firme : Science-fiction parodique + Tim Thomerson + fétichisme des poupées.
Le voyageur inter-galactique
Difficile de ne pas faire la comparaison avec un autre classique du studio : Trancers et son flic du futur qui voyageait dans le temps pour aller botter le cul des méchants. On ne change pas une équipe qui gagne, et nous ne serons donc pas surpris de retrouver l’acteur affublé d’un trench-coat et d’un pistolet laser. Tim Thomerson interprète un flic taciturne au croisement de Dirty Harry (L’Inspecteur Harry) et de Rick Deckard (Blade Runner), usant plus volontiers des balles que de la diplomatie. Son pire ennemi porte d’ailleurs les stigmates de leur dernière rencontre, réduit à une tête ambulante se déplaçant à l’aide d’un jet-pack.
Brick Bardo est un flic de la planète Arturus, suspendu suite à des méthodes jugées un brin trop expéditives aux yeux de sa hiérarchie. Dès l’introduction, l’acteur confirme tous les espoirs placés en lui, désamorçant une prise d’otages armé d’un paquet de lessive, de son linge sale, et de ses couilles. Le pouvoir de persuasion-intimidation du bonhomme reste néanmoins grandement influencé par sa répartie aussi incisive que son super magnum, réduisant ses ennemis en charpie, les effets gores sans supplément. Cette arme peu conventionnelle possède un effet boomerang permettant à son propriétaire de renverser les rapports de force.

Après une introduction placée sous les meilleurs auspices, bénéficiant de compositions très soignées et conclut par un duel Léonien aussi nerveux que stylisé (format cinémascope, alternance de gros plan sur les regards, dégaines et trognes patibulaires de ses adversaire), Brick Bardo se lance à la poursuite de sa Némésis jusque dans l’espace. Mais leurs vaisseaux finiront happés par un trou noir les menant à plusieurs millions d’années lumières de leur galaxie, échouant je vous le donne en mille : sur notre bonne vieille planète Terre. Plus particulièrement dans le Bronx. Naturellement une destination aussi peu « exotique » permettait de réaliser des économies d’échelles substantielles. Pis, la banlieue New-Yorkaise, c’était déjà plus ou moins la jungle à l’époque.
Le Plus Grand de tous les Héros
Les friches industrielles et environnements sinistrés pourvoyaient tout ce qu’il fallait pour générer un semblant de désordre post-apocalyptique. L’insécurité régnait dans ces quartiers défavorisés totalement laissés à l’abandon par la municipalité et les forces de l’ordre. Dollman est un film marqué du sceau de son époque, situé au croisement des productions urbaines «in da hood», l’avènement de la culture Rap et Hip-Hop, des baggies, bandanas, gangs tribaux et des «Fuck» à tout bout de champ. C’est également après son débarquement dans l’arrondissement, que le spectateur réalise toute l’envergure de son titre (Dollman).
En effet, le réalisateur ne mettra pas longtemps à dévoiler le pot aux roses au public à la suite d’une confrontation opposant Brick Bardo à un un groupe de latinos en pleine séance de déflorage. Le flic va alors éparpiller la faune d’autochtones locaux à coup de pétoire. Mais là où le bât blesse, c’est que le personnage n’est pas plus grand qu’une poupée Action Man. S’il reste une terreur de la gâchette, il n’en reste pas moins vulnérable à n’importe quel danger et futilités terrestres, puisqu’un rat ou un cafard pourrait le tuer. Heureusement pour lui, aucun adversaire n’arrive à sa cheville, et le policier va donc nettoyer la banlieue au karcher laser pour débusquer son dangereux fugitif.

Si l’argument absurde de départ pouvait laisser craindre le pire, Dollman n’en reste pas moins un film cohérent grâce à une série de gunfights explosifs et musclés (Brick Bardo repeignant les murs d’un appartement avec le sang du comité d’accueil), suffisamment bien chorégraphiés et généreux en hémoglobine. Le réalisateur hawaïen veille également à apporter quelques petites touches de second degré grâce au décalage de ton opéré par cette situation fantaisiste (une horde d’enfants tente d’assaillir le héros pour jouer à la poupée). Le scénario parvient lui aussi à surprendre grâce à l’apport d’un nouvel antagoniste interprété par Jackie Earle Haley (Freddy – Les Griffes de la Nuit, Watchmen), qui de sidekick comique va se muer en véritable psychopathe cherchant à régner sur l’ensemble du quartier.
Économies d’échelle
Contre toute attente, Albert Pyun parvient à combler l’étroitesse de son budget par de simples artifices et effets de mise en scène, bien que les incrustations soient parfois un peu plus hasardeuses. Les plans dans des décors de décharges à ciel ouvert aident foncièrement à simuler et juxtaposer les différentes échelles lors des séquences d’actions. Mais c’est aussi sur cet artisanat de bric et de broc teinté de naïveté que repose l’intérêt de ce long-métrage en marge des conventions hollywoodienne de cette même décennie.
Il apparaît déjà plus regrettable que le concept ne soit pas exploité dans les grandes largeurs. Cela aurait pu être amusant de voir Brick Bardo tenté de s’adapter à sa nouvelle condition dans un monde lui étant totalement étranger. Malheureusement, le décor se cantonnera le plus souvent à un champ de ruines éparses, un hangar ainsi qu’au même appartement. Avec ses excès nanars, ses effets pyrotechniques cheap et ses immanquables références au polar et western spaghetti, Dollman demeure néanmoins une sympathie série bis toute azimutées prouvant au passage que la taille importe finalement moins que le fond. Pas vrai Debbie ?



