
Réalisateur : Todd Sheets
Année de Sortie : 2016
Origine : États-Unis
Genre : Bad-Trip Infernal
Durée : 1h48
Le Roy du Bis : 7,5/10
Thibaud Savignol : 6/10
Disponible à la vente chez Uncut Movies
Un Bad-Trip d’Enfer
Qui a dit qu’Uncut Movies ne distribuait que des nanars turcs et indonésiens ? Fidèle à son partenariat avec Spasmo Video, le distributeur orléanais nous gratifie de deux films de Todd Sheets. Si le très Z Clownado ne fait pas franchement honneur à sa réputation (Todd Shit’s ?), Dreaming Purple Neon est d’une toute autre limonade. Ce bad-trip infernal synthétise plusieurs décennies de cinéma d’exploitation en une simple fiole à portée de main. Cette substance violette ne demandant qu’à être injectée par intraveineuse produit son petit effet et nous rappelle pourquoi nous aimons autant cette contre-culture. Attention gros Banger en approche !
Alors que les films distribués dans les vidéoclubs bénéficiaient de superbes illustrations mais n’étaient que rarement à la hauteur des attentes fixées par son public, le film de Todd Sheets ne ment pas sur la marchandise. Du métal, des boobs, des gros mots, et des créatures échappées des Enfers. Le gore est en fête. Rien ne manque à l’appel de ce divertissement dépravé produit pour quelques malheureux dollars. Alors qu’une nouvelle drogue appelée «Purple Neon» fait son apparition dans le milieu des toxicomanes, des créatures démoniaques menacent de s’emparer de la Terre. Cette substance hallucinogène transforme ses utilisateurs en bêtes sanguinaires à la solde d’une reine machiavélique, qu’une bande de survivants devra combattre afin d’empêcher l’apocalypse. Rien que ça.
Avec Dreaming Purple Neon, Todd Sheets a compris qu’il lui fallait faire plus que ne l’avait jamais osé faire ses maîtres à penser que sont Lucio Fulci, Stuart Gordon, John Carpenter, Sam Raimi, Dario Argento, Tobe Hooper, Lamberto Bava, et Rob Zombie. Sans excuse ni considération pour le bon goût, le cinéaste se livre à une véritable fantasmagorie de souffrances et de mises à mort d’une brutalité inouïe. En empruntant ce sous-sol malfamé déjà fréquenté par des réalisateurs tels que Olaf Ittenbach (The Burning Moon) et Brian Paulin (Bone Sickness), le spectateur se risque non seulement à perdre sa virginité mais aussi sa raison.

À la manière d’un train fantôme, Todd Sheets nous invite d’une pièce à l’autre à découvrir son carnaval d’âmes damnées, peuplé de zombies lubriques, d’hommes troncs, d’araignées humaines et tout un tas de créatures protéiformes. Les décors et environnements semblent avoir bénéficié du même soin que les maquillages et effets spéciaux. Chaque pièce digne d’un escape game sadomasochiste est remplie d’objets et d’instruments de torture visant à prolonger le calvaire des survivants (ce dealer agonisant sous l’effet d’une foreuse dans le caleçon).
La mort n’y est jamais douce et reposante, et ne peut résulter que d’une lente et terrible agonie, accoucher des pires souffrances et déformations organiques. Les affrontements se soldent dans des corps à corps sauvages, les lames pénètrent les chairs, les corps sont mutilés, éviscérés, martyrisés. Les démembrements moyenâgeux exécutés à coup de hache charrient des flots de sang servant d’encre à l’écriture du Necronomicon. Tout ce qui précède ne vise qu’à nous préparer à une horreur toujours plus répugnante que la précédente dans un concert de cris, de tortures, de sacrifices humains, et d’orgies.
Tel le docteur Herbet West (Re-Animator), Todd Sheets expérimente et s’improvise démiurge, ambitionnant rien de moins que d’ouvrir les portes de l’Oblivion. Le cinéaste ne recule devant aucun défi technique pour satisfaire les goreux à la manque, quitte à tirer un peu trop sur le corde ; ou le pétard, c’est selon. La photographie saturée de néons, les décadrages, effets visuels, et excès baroques participent à renforcer la dimension onirique de cette descente aux enfers sous acide. Comme tout addict, Todd Sheets peine néanmoins à trouver le juste équilibre. Un bémol contrebalancé par un festin pantagruélique de barbaque et de viscères ainsi qu’une fin délicieusement nihiliste. Aiguisez votre opinel et préparez vous à affronter l’enfer aux côtés de Gene Simmons. HELL YEAH !



