[Critique] – La Colline a des yeux 2 (2007)


La Colline a des yeux 2 2007 affiche film

Réalisateur : Martin Weisz

Année de Sortie : 2007

Origine : États-Unis

Genre : Survival Bourrin

Durée : 1h30

Le Roy du Bis : 4/10
Thibaud Savignol : 5/10


Sans Retour


Dès l’introduction, le ton est donné. Alors que les noms du générique s’affichent, un accouchement sauvage sans anesthésie ni médecin compétent se déroule sous nos yeux. Le bébé difforme est expulsé tandis que la mère s’avoue vaincue, gisant dans son propre sang. La Colline a des Yeux 2 s’inscrit parfaitement dans le virage que prend l’horreur au milieu des années 2000. Rejoignant la lignée des Saw, Hostel, Detour Mortel et autre Butcher, la violence devient plus frontale, plus gore, sale et méchante. Surtout, ce changement de ton contamine des productions plutôt grand public, loin des œuvres undergrounds réputées pour leur ultra violence. Le succès est au rendez-vous, les chiffres du box office parlent d’eux-mêmes

Le gore à la mode

La Colline a des Yeux version remake de 2006, réalisé par Alexandre Aja dans la foulée de son jouissif et sacrément brutal Haute Tension, fait plus qu’emboîter le pas, et participe au regain d’une forme horrifique accessible mais extrême. Bien que Wes Craven fut plutôt en désaccord sur le niveau de violence de cette nouvelle version, face au succès rencontré, il ne pu que s’incliner. Plus qu’être seulement beau joueur, il planche aussitôt sur une suite à donner, battant le fer tant qu’il est chaud. S’isolant avec son fils Jonathan dans un petit hôtel, ils bossent d’arrache-pied durant un mois afin de livrer un scénario faisant suite aux événements du premier opus.

La Colline a des yeux 2 2007 Critique Film

Comme souvent, c’est une suite directe au remake et non une relecture du second opus originel. Le script se contente du minium, et à défaut de pouvoir engager l’actrice survivante du précédent (elle est alors occupée sur le tournage de la série Lost), il déploie un groupe de jeunes recrues de la Garde Nationale parties secourir une opération scientifique en détresse au milieu du désert, pas loin d’où la famille Carter fut massacrée. Terminée la confrontation entre deux familles, deux systèmes de valeurs et deux hiérarchies patriarcales aux élans belliqueux funestes.

Toujours aussi politique

Cette ligne scénaristique simple ne délaisse cependant pas l’un des aspects fondateurs de la saga, à savoir l’affrontement entre modernité et barbarie archaïque, toujours présente au fond de nous-mêmes, mais recouverte du vernis de la civilisation. Et comme toujours chez Craven, les protagonistes, et notamment les jeunes générations, font face aux démons, aux cauchemars créés par leur nation (La Dernière Maison sur la gauche), leurs gouvernements (La Créature du marais) ou les générations précédentes (Les Griffes de la Nuit).

Alors encore embourbés en Irak suite à l’intervention de 2003, le scénario en profite pour égratigner l’interventionnisme américain, en dépeignant des soldats armés jusqu’aux dents, inexpérimentés, incapables de survivre face à des locaux tenaces et rompus à leur environnement (le désert du Nouveau-Mexique répond à celui du Moyen-Orient). Au-delà d’un scénario personnel, le vieux Wes chapeaute cette fois-ci d’encore plus près le projet, là où il avait laissé les coudées plus franches au frenchie Aja, en lui accordant toute latitude sur le scénario et le montage.

Lui-même réalisateur il connaît l’importance d’avoir le champ libre lorsqu’il s’agit de mettre en scène. Il engage l’allemand Martin Weisz, repéré l’année précédente pour son macabre Confession d’un cannibale. Il n’est ainsi pas très envahissant lors du tournage, excepté les deux dernières semaines où il se met à diriger lui-même la seconde équipe qui a pris du retard. C’est au montage que son ombre sera cette fois plus imposante. Weisz, forcément intimidé face à l’un des maîtres du genre (il le reconnaîtra lui-même), tente d’imposer sa vision bon gré mal gré. Wes aura le final cut, tout en ayant laissé une certaine autonomie à son metteur en scène afin qu’il puisse exprimer sa vision.

La Colline a des yeux 2 2007 Critique Film

Chef, oui chef !

D’emblée le scénario affiche ses limites. Bien que certaines recrues apparaissent sympathiques, ils ne constituent qu’un groupement de clichés sur pattes, renvoyant aux troupes de choc d’Aliens, le charisme et la nuance en moins. Les personnages ne sont clairement plus au centre des enjeux, et servent de chair à canon au récit. Les monstres sont quant à eux relégués à leur seule fonction destructrice, tribu de cannibales en furie chassant impitoyablement toute présence sur leur sol. Une fois le constat posé, reste cependant une sympathique série B, nerveuse et bien méchante comme il faut.

L’exposition a le bon goût de ne pas s’éterniser, sacrifiant rapidement ses protagonistes à leurs antagonistes. Le montage se veut saccadé, décuplant l’impact des affrontements. On sent également une influence directe du jeu vidéo, où l’ascension habituelle jusqu’au boss final est inversée, plongeant ici les soldats jusqu’aux tréfonds des sous-terrains pour s’échapper, affrontant des ennemis de plus en plus puissants, jusqu’à l’ultime combat face au patriarche à la force décuplée. Nicotero et Berger de chez KNB font des merveilles, déployant des trésors d’inventivité gore, à l’image de ce fantassin traîné dans un terrier par un bras mutant surpuissant, sa jambe de résistance faisant un tour à 180 degrés avant d’être englouti dans les ténèbres. C’est par instant totalement trash, telle cette tête broyée à coups de pierre, sans que rien ne nous soit épargné.

Derrière sa linéarité flagrante, son humour au ras des pâquerettes et un «gentil» mutant (il y en a toujours un) plutôt ridicule, La Colline a des Yeux 2 cuvée 2007, à mille lieux de son prédécesseur, constitue toutefois un divertissement bourrin, sauvage et bas du front comme on en fait plus. Le plan final annonce une suite jamais concrétisée depuis. Dommage, on aurait bien repris un peu de conscrits embrochés à la sauce mutante, pour se défouler après une journée où tout le monde a décidé de nous prendre la tête.

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