
Réalisateur : Brett Simmons
Année de Sortie :2018
Origine : États-Unis
Genre : Slasher
Durée : 1h27
Le Roy du Bis : 6/10
Thibaud Savignol : 5/10
C’est pas moi c’est l’autre
Le titre l’annonce d’emblée, et ne fait que peu de mystère quant au programme proposé. Un petit quart d’heure suffit à confirmer les soupçons des spectateurs. Tous les monos du camp Clear Vista viennent de décéder brutalement. Le dernier survivant est essoufflé, en sang, fuyant un maniaque. On comprend rapidement qu’il s’agit du directeur de la colonie de vacances. Si les marmots ne sont pas là, c’est que dans le sillage d’un Vendredi 13 ou d’un Bloody Murder, le film se déroule en amont, lors des préparatifs. Après une conversation téléphonique à couteaux tirés avec sa meilleure amie, ayant rejoué les événements à haute voix, Sam se rend compte que le tueur n’est personne d’autre que lui-même.
Un concept fort sympathique de la part du duo Sam Sykes et Chuck Wending, tous deux auteurs, ayant longuement échangé sur les gimmicks du slasher. Ils confient la réalisation à Brett Simmons, artisan besogneux qui n’a cependant pas marqué les esprits avec Husk ou Animal. Son Monkey’s Paw est même inédit par chez nous. Cette fois il s’attaque à l’un des sous-genres les plus décriés de l’horreur. Mais soyons honnêtes, le long-métrage arrive bien après la bataille du slasher-méta, où sont déjà passés nombre de petits malins qui pouffent derrière leur caméra à l’idée de mettre en scène toutes les cordes visibles et usées du slasher.
You Might be the Killer n’échappe pas (totalement) à la règle. L’objectif est de se moquer gentiment d’un genre facilement attaquable depuis Scream. On nous refait le coup de la Final Girl à l’âme pure, des séparations, des bécotages à l’écart du groupe ou encore d’un tueur qui fait fi de l’espace. Mais au-delà d’incorporer un ton parodique au récit, c’est par le dialogue que passe la mise à nu du genre. Peut-être par manque de budget, l’échange entre Sam et son amie Chuck permet avant tout d’expliciter le fonctionnement du slasher, de tenter de déjouer les pièges, et de pouvoir sauver notre héros/tueur par la même occasion.

Rappelant le Necronomicon d’Evil Dead, c’est un vieux grimoire qui détient toutes les recettes nécessaires. Si le film entretien d’abord un argument schizophrénique, celui-ci est rapidement balayé par le masque maudit que porte notre protagoniste à son insu. Il y a donc une raison au massacre engendré, ce qui innocente Sam tout autant que le long-métrage s’enterre dans récit fantastique des plus classiques.
Le bât blesse ainsi rapidement, le concept tournant à vide à la moitié du film, après des flash back rigolos ayant tout explicité et une intrigue condamnée au surplace. L’idée d’une révélation rapide pour se démarquer se casse les dents sur la durée standard de 90 minutes. Simmons aurait dû assumer un script ne dépassant pas l’heure de projection afin d’y gagner en efficacité. Les relations entre protagonistes et enjeux émotionnels n’en paraissent que plus artificiels.
Malgré cette sensation de redite et une intrigue premier degré qui reprend finalement le pas sur le discours méta, reste quelques arguments qui rendent plus que fréquentable ce You Might be the Killer. Plusieurs meurtres s’avèrent jouissivement gores, le rythme de la première partie est impeccable et la patine forcée eighties s’en tire avec les honneurs pour ce type de production. Mais le gros point fort du métrage reste son duo principal, entre un Sam (Fran Kranz) aussi pataud qu’attachant et une Chuck (la toujours sublime Alyson Hannigan) au timing comique impeccable. Une tentative méta encore poussive et elle-même usée jusqu’à la corde, mais un enrobage suffisamment soigné pour en faire un sympathique film du samedi soir.



