
Réalisateur : Lewis Jackson
Année de Sortie : 1980
Origine : États-Unis
Genre : Père Noël Tueur
Durée : 1h40
Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 6/10
Le Père Noël a les boules
Halloween n’est pas encore passé, que les chaînes de télé sont déjà à l’heure des fêtes de fin d’année. Si vous en avez soupé des bons sentiments, des romances country à l’eau de rose et de cette poudre de perlimpinpin reconditionnée, vous pourriez bien vous intéresser à ceux qui aiment gratter le vernis hypocrite de Noël. Si Silent Night, Deadly Night est souvent cité à tort comme l’œuvre matricielle de ce genre animé des plus mauvaises intentions, l’image du Père Noël tueur fut en réalité esquissée pour la première fois au cinéma dans l’anthologie de la Amicus Histoires d’Outre-Tombe. Cette idée subversive d’un forcené affublé d’un costume de Santa Klaus fera ensuite l’objet d’un long-métrage en 1980 avec Christmas Evil. Son personnage partage d’ailleurs un point commun avec celui de Charles E. Sellier Jr. : celui de souffrir d’un trauma d’enfance en lien direct avec cette figure emblématique dont il fera une obsession.
Chronique d’un Désœuvré
Mais là où les films familiaux font de Santa Klaus un être jovial et débonnaire cherchant toujours à propager le bonheur autour de lui, les films d’horreur en font à l’inverse un esprit maléfique et tourmenté, semant la mort et la destruction. Ces deux facettes antinomiques peuvent toutefois coexister comme le démontre le film de Lewis Jackson, dans lequel le père Noël prend aussi son devoir de père fouettard très à cœur. Christmas Evil pervertit cette image d’Epinal dès son introduction en choisissant de montrer un Père Noël libidineux, surpris en flagrant délit par ses deux garçons.

Cette entrée en matière permet au réalisateur de dresser le portrait d’un quinquagénaire voyeuriste et solitaire, ayant bâti sa vie d’adulte sur ce traumatisme de jeunesse. Harry travaille dans une usine à jouets et passe le plus clair de son temps libre à collectionner des décorations et items en lien avec Noël. Il prône et véhicule les bonnes valeurs morales et familiales (le partage, la bienveillance, l’amour, et l’empathie) et complète des registres dédiés aux enfants du voisinage, dont il note les bonnes et mauvaises actions pour décider en fin d’année s’ils méritent un jouet ou bien un morceau de charbon. Mais à mesure qu’il se retrouvera confronté aux perversions du monde qui l’entoure, le pauvre hère perdra peu à peu la raison.
Contrairement à Charles E. Sellier Jr. (Silent Night, Deadly Night), Lewis Jackson refuse de se reposer uniquement sur une mécanique de prédation, mais au contraire de s’attarder sur l’aliénation d’un individu désœuvré. Christmas Evil fait donc la chronique sociale d’un homme borderline souffrant de sa vacuité existentielle, d’une frustration liée à sa condition d’ouvrier et de ses rapports sociaux complètement viciés. De ses troubles relationnels familiaux, aux humiliations de ses collègues de boulot, Harry sait autant faire preuve d’une extrême gentillesse et bonté (ses œuvres de charité destinées aux enfants défavorisés), que de pulsions violentes et destructrices.
Le Dérapage
Une fois le costume de Père Noël revêtu, Harry se sentira investi d’une divine mission : répandre le bonheur auprès des enfants les plus sages et nécessiteux. Et garde à ceux qui tenteront de l’en empêcher ! L’introduction de cette quête amorce alors une série de bonnes actions, mais aussi de crimes et de châtiments corporels à travers la ville. Si le film a le mérite de proposer quelques meurtres particulièrement graphiques, l’intérêt découle moins du bodycount de victimes que de ses nombreuses ruptures de ton (la séquence où Harry se contorsionne pour s’engouffrer dans le conduit trop étroit d’une cheminée), à mesure des crises et pulsions de ce faux prophète.

Finalement, l’horreur de Christmas Evil est avant tout d’ordre psychologique et social. Celui du mal-être d’un homme dont l’innocence va se consumer à petit feu face à une réalité moins clinquante et plus amère. Le réalisateur ira même plus loin, jusqu’à échafauder une brève réflexion sur les dérives engendrées par la société de consommation : les babioles bas de gamme défilent sur une ligne de production que les ouvriers assemblent sans envie ni état d’âme. La joie esquissée sur les visages des chérubins honorés d’une farandole de présents, s’effacera néanmoins rapidement face au dérapage monstrueux de leur bienfaiteur.
Christmas Evil dévie alors de sa trajectoire pour investir celle d’une traque à l’homme. C’est là que le film tient sa meilleure idée : dans cette impasse de banlieue bordée de décorations lumineuses assimilées à des barreaux de prison, Harry devra les briser avec son van lui servant de traîneau afin de s’évader. Cette séquence illustre parfaitement le fossé ténu entre la croyance, la fantaisie et le fantasme. Le spectateur sera néanmoins libre de l’interpréter autrement, soit comme le délire d’un homme fou ayant fini par perdre la raison, le costume maculé de sang, le corps meurtri de coups et blessures et la tête fracassée contre son volant.



