[Critique] – Saint


Saint affiche film

Réalisateur : Dick Maas

Année de Sortie : 2011

Origine : Pays-Bas

Genre : Évêque Tyrannique

Durée : 1h28

Le Roy du Bis : 6/10


Les Moissons d’Hiver


Moins connu dans certaines régions de l’Hexagone, le folklore du Saint Nicolas constitue une tradition tenace dans l’Est de la France et les contrées germaniques. Chaque année, le traditionnel défilé voit le Saint patron des écoliers distribuer des bonbons aux plus studieux tandis que les plus turbulents doivent s’attendre au martinet du Père Fouettard. Soucieux de subvertir ses origines religieuses, Dick Maas fait de cette figure emblématique un évêque tyrannique plus féroce et sanguinaire que n’importe quel Père Noël sadique venu des Amériques. 

A la tête d’une horde de brigands, le Saint Nicolas battait la campagne afin de commettre une série de pillages et d’exactions. Les habitants abandonnaient leurs étrennes sur le palier en espérant être épargnés, mais cela n’empêchait pas les belligérants de s’infiltrer dans les maisons par les cheminées, quitte à se frayer un chemin par la porte d’entrée à coup de hache. Face à cette menace, les villageois se sont ligués pour piéger les pilleurs sur leur bateau avant d’y mettre le feu.

Depuis, tous les 5 décembre en période de pleine lune, l’évêque déchu et son armée impie reviennent d’entre les morts pour semer le chaos et la désolation. 42 ans après leurs dernières moissons meurtrières, les fantômes sont à présent de retour. Évidemment, cette cavale infernale ne pourra être stoppée que par un duo de choc mal assorti, constitué d’un adolescent et d’un ex-flic bourru et alcoolique. 

Saint critique film

Saint constitue un drôle d’ovni dans le paysage cinématographique hollandais. Ce survival reprenant l’esthétique du conte marque le grand retour de Dick Maas à la réalisation. Le cinéaste s’était fait connaître dans les années 80 avec L’Ascenseur, un film reposant sur un pur argument de série B : une cabine maudite décapitait les gens et les envoyait valdinguer en apesanteur devant l’impuissance d’un technicien Schindler, qui ne trouvait aucune solution dans le manuel du dépanneur. Un premier essai auréolé du Grand Prix à Avoriaz mélangeant thriller et humour noir. 

Mais c’est réellement avec Amsterdamned que le réalisateur prendra la pleine mesure de son talent, avec ses courses poursuites dans les canaux de la ville et séquences d’action musclées. Loin du retour fracassant tant espéré, malgré le coup de pub engendré par sa polémique auprès des associations de parents, Saint souffle le chaud comme le froid tout au long de sa traque mobilisant de grands moyens (assaut des forces spéciales, Goélette en flamme …).

Chevillé par ses limites de production, Dick Maas rivalise néanmoins d’ingéniosité en reprenant l’idée d’un brouillard occulte (The Fog) d’où surgissent des silhouettes cadavériques. Si le film exploite partiellement les rues de la ville et ses canaux, le réalisateur s’intéresse également à une nouvelle facette de son environnement. L’occasion de livrer une folle escapade à cheval sur les toits reproduit dans un décor de studio à l’aide d’un fond vert de 15 mètres de long. Les effets de brume seront quant à eux réalisés à l’aide de canons à fumée habituellement destinés à épandre les pesticides dans les champs d’exploitation.

Ces effets pratiques permettent d’insuffler un petit souffle épique à une production qui manque toutefois d’irrévérence malgré quelques séquences gores. Bilan de la moisson : plus de 300 morts dont on ne verra jamais qu’une poignée. De toute manière, ces meurtres seront attribués à des boucs émissaires (Daesh, les Russes, ou le PS c’est au choix), afin de préserver l’innocence de nos chères petites têtes blondes que l’on préférera gaver de pain d’épice et de chocolat en vue de perpétuer la tradition. Que serait un 6 décembre sans le défilé du Saint Nicolas après tout ?

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