
Réalisateur : Neil Marshall
Année de Sortie : 2005
Origine : Royaume-Uni
Genre : Spéléologie Meurtrière
Durée : 1h39
Thibaud Savignol : 8/10
Alone in the Dark
Si la France balbutiait encore sa révolution d’un nouveau cinéma de genre à l’aune du troisième millénaire (Brocéliande, Un jeu d’enfants, Maléfique), l’Angleterre était elle en plein bourre dès 2002 avec l’ultra-vénère 28 jours plus tard de Danny Boyle. Bien que son Dog Soldiers ait un peu mal vieilli aujourd’hui, Neil Marshall incarnait à l’époque l’étoile montante de cette vague brutale venue d’outre-Manche. Une étoile qui a rapidement commencé à faiblir, au même titre que M. J Basset et James Watkins, autres espoirs d’alors (respectivement La Tranchée et Eden Lake). La première est de retour avec un Red Sonja, loin d’être ridicule même si très bis, tandis que le second a marqué les esprits récemment via son remake de Speak No Evil. Des auteurs loin d’avoir une filmo complètement ratée, mais passés sous les radars depuis leur plus hauts faits.
Made in Britain
Courtisé par plusieurs boîtes de prod pour son second long-métrage horrifique, le choix de Neil Marshall se porte sur le concept de The Descent. Il y voit l’occasion d’aller à rebours de son film précédent, plus léger et bourrin. Si la notion de huit-clos est en partie conservée (les tunnels anxiogènes de la grotte face à la cabane des bois assiégée), un virage plus sombre est esquissé, loin des blagues vaseuses des bidasses de la lande écossaise. Geste radical à l’encontre des standards en vigueur, et encore davantage aujourd’hui, il compose un casting intégralement féminin.
On suit ainsi six jeunes femmes partir en expédition spéléologique au cœur des Appalaches. Malgré leur apparente unité, le trauma de Sarah, qui a perdu son mari et sa fille un an plus tôt, ainsi que sa relation tendue avec Juno, vont faire progressivement vriller la bonne ambiance. Ajoutez à cela le choix d’une grotte inconnue, des éboulements imprévus et quelque chose de plus sauvage enfoui dans l’obscurité, vous obtenez un cocktail détonnant. La réputation du film est amplement méritée, The Descent trônant régulièrement dans les tops horrifiques de ce début de siècle.

Malgré tout, le film ne bénéficie pas du budget escompté et Marshall doit composer avec ses tout juste 5 millions d’euros. Par question de sécurité et mis à part les extérieurs, tout est tourné en studio aux célèbres Pinewood studios. Seulement six pans de grottes uniques sont créés et réutilisées différemment selon les séquences (de travers, humides, secs). Cette limite par défaut participe au choix de mise en scène le plus singulier du long-métrage, à savoir son utilisation sans demi-mesure de l’obscurité. Ainsi l’illusion est totale pour le spectateur à chaque panorama de l’antre souterraine.
Débutant comme un film d’aventures en vase clos, le récit plonge progressivement vers l’horreur la plus pure et la plus brute. Construisant patiemment sa tension, à l’inverse du cinéma mainstream d’alors conçu comme un roller coaster (Destination Finale, Saw), Marshall précipite ses protagonistes au cœur du danger. Bien aidé par un découpage épuré, le travail sur les éclairages est saisissant, n’hésitant pas à plonger la quasi-totalité de l’image dans une obscurité totale, striée timidement par les différentes sources lumineuses des six personnages. Aucune lumière naturelle ne parasite la photographie ténébreuse de la grotte. Une fois coupées de la surface, ne resteront que les torches, briquets, fusées éclairantes et autres lampes néon.
Le Puits des fous
Le résultat est une expérience sensorielle pas si commune, même pour un film d’horreur, où la noirceur de l’image participe à la claustrophobie ambiante. Les influences citées par Marshall lui-même sautent alors aux yeux ; d’une aventure cauchemardesque à la Délivrance à une lente folie très Shiningienne, jusqu’à une traque anxiogène infernale façon Alien. Parce qu’en plus de livrer un survival qui tient déjà sacrément la route, entre panique intériorisée et prises de becs crispantes, la dernière demie-heure délivre une chasse organique, rageuse, où tout est permis, et par forcément contre ceux qu’on imaginerait.

Le titre prend dès lors tout son sens, avec ce parcours vertical qui mène tout droit à une représentation des enfers. Les créatures ne sont pas véritablement surnaturelles, et apparaissent davantage comme un dérivé terrifiant du devenir humain dans d’autres conditions d’existence. L’escapade se transforme en survie primitive, où femmes des cavernes et créatures de l’ombre se rendent coups pour coups. 20 ans plus tard la violence est toujours aussi sèche, frontale, saupoudrée d’une charge gore qui a fait la renommée de son réalisateur.
On pourra tout de même reprocher un montage parfois ultra-cut trop inscrit dans son époque, qui a tendance à rendre l’action illisible, ainsi que quelques jumps scares putassiers à base de «bouh, en fait c’était moi» ou de chauves-souris farceuses. Également bon de dénoncer le travail de sape du distributeur américain Lions Gate, qui a purement et simplement supprimé la dernière minute du long-métrage, souhaitant préserver le public outre-Atlantique du final désespéré. C’était peut-être aussi un moyen d’en garder sous le coude pour une éventuelle séquelle (qui, spoilers, sortira quatre ans plus tard).
Le réalisateur britannique virera quant à lui au bis plus ou moins assumé pour le reste de sa carrière : le quand même très fun Doomsday, l’outsider Centurion ou son très gore Hellboy. Mais en 2005, avec The Descent, Neil Marshall tutoyait presque la perfection horrifique. Son choix d’une obscurité totale, simple mais sans concession, nous rappelle à nos propres terreurs ancestrales ou enfantines. Finalement, pas besoin de grand chose pour chier dans son froc.



