[Critique] – The Stuff


The Stuff Affiche film

Réalisateur : Larry Cohen

Année de Sortie : 1985

Origine : États-Unis

Genre : Malbouffe

Durée : 1H27

Le Roy du Bis : 6.5/10
Thibaud Savignol : 6/10

Sortie en Blu-ray/DVD chez Rimini Editions le 7 août 2026


More is not Enough


La société de consommation repose sur une promesse impossible à tenir : combler un manque qu’elle entretient elle-même. Plus l’offre se multiplie, plus le désir se dérègle. On ne consomme jamais assez, on ne possède jamais assez, et ce qui était autrefois un besoin, a fini par devenir une véritable dépendance. L’industrie agroalimentaire a parfaitement intégré ce mécanisme, transformant l’alimentation en produit de masse standardisé, calibré pour être ingéré sans faim, sans plaisir réel mais aussi et surtout sans modération. Les Fast-food, les sodas et desserts industriels ont envahi nos habitudes alimentaires au point de devenir culturellement indiscutables, malgré des scandales sanitaires récurrents et une explosion mondiale de l’obésité. Le marketing agressif (coucou Burger King) a façonné une génération de consommateurs conditionnés, et prêts à ingurgiter n’importe quoi pourvu que ce soit immédiatement gratifiant.

La Grande Bouffe

C’est précisément cette spirale de l’excès et de l’addiction que Larry Cohen dissèque avec un cynisme jubilatoire dans The Stuff, avec cette aberration délicieusement vénéneuse : une crème glacée qui rend ses consommateurs totalement accros. C’est bon, c’est fin, ça se mange sans faim, et une fois qu’on y a goûté, il est presque impossible de décrocher.

Face à l’explosion de ce nouveau phénomène de mode qui envahit le marché, martelé par un slogan omniprésent (« Enough is never enough »), des concurrents décident d’engager un espion industriel pour percer le secret de fabrication de ce produit miracle. Mais son origine pourrait bien être plus « organique » que chimique, au point de pousser les gens à se transformer en zombies gloutons, se consumant dans un gloubi-boulga lacté et vomitif.

Difficile de ne pas voir dans The Stuff une charge évidente contre les effets pervers de la société de consommation, que Cohen mitraille sans sommation. Le film fait écho aux innombrables polémiques ayant secoué l’industrie agroalimentaire au cours du siècle dernier, celles que les émissions d’investigation aiment tant déterrer pour rappeler comment nos produits préférés sont gavés d’additifs et de conservateurs. Vous y repenserez la prochaine fois que vous achèterez vos filets de cabillaud gonflés à l’eau et aux antibios !

The Stuff critique film

Satiriste dans l’âme, Larry Cohen n’en était pas à son coup d’essai. Le réalisateur subvertit la menace communiste des films de science-fiction des années 50 (L’Invasion des profanateurs de sépultures) pour en faire une charge anti-capitaliste féroce, qui n’épargne absolument rien ni personne. Les consommateurs zombifiés par la boulimie sont les descendants directs de ces Body Snatchers élevés dans des cosses en batterie. 

« Mange, Tu ne sais pas qui te mangera »

Comme les juifs devant le veau d’or, les foules vénèrent ce nouveau temple de la consommation, dont les franchises poussent comme des champignons dans le paysage urbain, aux côtés des McDonald’s et KFC. Le tout sous la houlette de publicitaires sans morale et d’entrepreneurs prêts à tout pour exploiter le filon, quitte à modifier la recette, changer le nom et recycler la camelote afin d’entretenir la dépendance.

Mais Cohen ne s’arrête pas là. Le scénario bifurque ensuite vers une parodie d’apocalypse à la Romero, avec une armée de résistants menée par un général complotiste et facho, qui n’attendait qu’un effondrement du système pour libérer le pays et bien sûr s’emparer du pouvoir… Quant au héros incarné par Michael Moriarty, il reste avant tout un fouille-merde opportuniste, davantage motivé par l’appât du gain que par un quelconque salut collectif, prêt à tout réduire à l’état de friche en manipulant son monde. 

Une fois la menace des Stuffies écartée, demeure pourtant l’ombre d’un capitalisme débridé, véritable poison et principal vecteur de contamination. The Stuff n’est pas un film d’horreur sur une glace meurtrière, mais une autopsie goguenarde et désespérée d’un monde qui préfère s’entre-dévorer plutôt que de se remettre en question.

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