[Critique] – Adrénaline


Adrénaline affiche film

Réalisateur : Albert Pyun

Année de Sortie : 1996

Origine : États-Unis / Slovaquie

Genre : Survival Horrifique

Durée : 1H17

Le Roy du Bis : 7/10


Pyun en Terrain confiné


L’Union soviétique n’existe plus. La violence est omniprésente. Des villes sont rayées de la carte, il n’y a plus d’espoir. Les ventres crient famine et des épidémies se propagent à vitesse grand V. La chienlit s’étend jusqu’en Europe de l’Ouest, où des malades atteints du microphage virulent sont parqués dans des camps de quarantaine. Certains s’en échappent, et deviennent des monstres féroces, sanguinaires, qui massacrent et dévorent la population. Bref, le monde est à l’agonie et c’est dans ce contexte post-apocalyptique poisseux que s’inscrit Adrénaline d’Albert Pyun.

Un Jeu de survie sans échappatoire

Passé son introduction alarmiste façon reportage télé, composée de stock-shots montrant une civilisation qui s’effondre dans le chaos le plus total (émeutes, cadavres profanés, violence ordinaire), le film bascule brutalement dans l’horreur pure. Un long plan-séquence nous entraîne dans les couloirs d’un hôpital jonché de corps, où une créature rôde encore. La traque s’engage. Un mutant s’attaque à un groupe de Roumains avant d’être pris en chasse par les forces de l’ordre.

Si l’action débute dans les quartiers délabrés d’un ghetto d’Europe de l’Est, l’essentiel du film se déroule dans une vieille prison abandonnée, devenue le repaire du monstre, qui en connaît chaque recoin. C’est là que Christophe Lambert et Natasha Henstridge vont vivre un véritable enfer, rampant dans des conduites sombres et humides, risquant à chaque instant de s’empaler sur des ferrailles rouillées, ou de finir dans un guêpier.

Adrénaline critique film

Des signes de cette décision complètement absurde subsistent : les drapeaux roumains visibles sur les Dacia, les uniformes siglés « Policia », et l’architecture typique de l’Europe de l’Est qui ne ressemble en rien à l’urbanisme Américain… Pour masquer l’évidence, les scènes en extérieur sont purement et simplement expurgées, et un autre réalisateur, Rand Ravich, est engagé à la hâte pour tourner des reshoots. Sans surprise, ces méthodes n’ont guère plu à Albert Pyun ; coproducteur via sa société Filmwerks ; qui finira par rééditer un Director’s Cut en 2014, à ses propres frais. Et pour cause, car Adrénaline s’impose rétrospectivement comme l’un de ses meilleurs films.

L’Art de l’Étouffement

La réussite du film tient avant tout à ses choix de mise en scène, entièrement orientés vers la claustration. Pyun exploite des environnements sombres, exigus, presque suffocants, dont on ressent la moiteur, les relents de moisissure et la décrépitude à chaque plan. Son chef opérateur attitré, George Mooradian, alterne entre ténèbres et clair-obscur à l’aide de simples lampes torches et de rares éclairages bleutés, révélant par intermittence la silhouette du tueur. Le spectateur est maintenu dans le même état de confusion et de panique que les protagonistes, filmés au plus près, avalés par l’obscurité.

Si le background scénaristique installe d’emblée un contexte géopolitique anxiogène faisant écho à une réalité plus contemporaine (la pandémie de Covid-19), Pyun s’en détache rapidement pour orchestrer un jeu du chat et de la souris implacable. L’action se déroule quasiment en temps réel, sans temps mort, portée par une réalisation nerveuse et dynamique. 

Tout l’enjeu repose sur la capture d’un fugitif déjouant systématiquement le surnombre et la puissance de feu des forces de l’ordre grâce à sa connaissance du terrain, l’effet de surprise, et une force manifestement surhumaine. Il en résulte une sensation de danger permanent, où l’on s’attend à voir surgir le monstre à chaque coin de couloir, prêt à hacher menu chacun des protagonistes. 

Tourné au format scope, Adrénaline révèle un cinéaste bien plus rigoureux qu’on ne l’a longtemps prétendu. Pyun n’a ici presque rien à envier à John Carpenter dans sa gestion du cadre, de l’espace et de la tension (George Mooradian ayant d’ailleurs débuté sa carrière sur New-York 1997). Loin de la réputation de tâcheron qui le précède, Albert Pyun signe un survival horrifique sec, oppressant et remarquablement maîtrisé. Injustement charcuté à sa sortie, le film peut aujourd’hui être pleinement réhabilité, conférant au public une bonne dose d’adrénaline.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut
Optimized with PageSpeed Ninja