[Critique] – Video Violence 2


Video Violence 2 affiche film

Réalisateur : Gary P. Cohen

Année de Sortie : 1987

Origine : États-Unis

Genre : Torture Porn

Durée : 1H15

Le Roy du Bis : 6/10
Thibaud Savignol : 5/10


Des Yeux dans le Gore


À l’âge d’or des vidéoclubs, les distributeurs indépendants devaient redoubler d’ingéniosité pour rivaliser avec les Freddy, Jason et autres croque-mitaines issus de l’imaginaire de la série B. Les contenus les plus offensants ou supposés tels, servaient avant tout d’appâts, conditionnés par des jaquettes racoleuses et souvent mensongères. Microwave Massacre est un exemple emblématique de cette pratique douteuse : une tête dans un micro-ondes en guise de promesse, image absente du film, qui se révélait davantage être une comédie potache qu’un véritable slasher. Ce genre de tromperie était monnaie courante, et un titre ou un visuel accrocheur suffisait parfois à assurer la rentabilité d’une œuvre tournée avec trois francs six sous.

Disgusting is what we want !

Le phénomène est d’autant plus contradictoire, que le gore repose précisément sur une forme de fascination pour le corps exposé, à la différence qu’il déplace la transgression du désir vers celui de la souffrance. C’est dans cette logique que s’inscriront, bien plus tard, les mécanismes du torture porn, prolongeant une fascination déjà perceptible dans le théâtre grand guignol, le cinéma de genre, et les fantasmes liés aux snuff movies.

Video Violence 2 critique film

Le public n’est ainsi plus seulement invité à assister à une mise à mort mais à observer méthodiquement l’agonie d’une victime retenue captive (Saw, Hostel). La violence ne constitue alors plus simplement un ressort narratif mais devient le sujet même de la mise en scène, avec un sadisme et une complaisance qui interrogent la position de celui qui la regarde, tout en bénéficiant de la distance rassurante de la fiction. Cette consommation répétée d’images extrêmes peut alors être envisagée comme une forme d’exutoire cathartique pour certains spectateurs, tandis qu’elle risque, chez d’autres, de produire une forme d’accoutumance.

À mesure que le seuil de tolérance s’élève, la violence ordinaire du cinéma ne suffit plus et laisse place à une surenchère morbide destinée à provoquer le même vertige. Le spectateur blasé recherchera alors des œuvres toujours plus radicales, repoussant progressivement ses propres limites. Une dynamique que renforcent le caractère prétendument illicite de certaines productions, leur esthétique documentaire et surtout la promesse d’un accès à une violence supposément réelle (Face à la Mort), ou du moins suffisamment crédible pour brouiller la frontière entre fiction et voyeurisme.

Disgusting is what we crave !

D’une certaine façon, Video Violence fait porter la responsabilité de cette fascination morbide sur le public lui-même, en dénonçant la banalisation des horreurs quotidiennes véhiculées par nos écrans. Le propos reste toutefois suffisamment absurde et outrancier pour ne jamais se départir d’une dimension satirique. Nous passerons néanmoins rapidement sur le premier épisode, plombé par des longueurs inutiles, une enquête soporifique et surtout une pénurie regrettable de véritables séquences chocs.

Video Violence 2 critique film

Suivant l’adage du «bigger and louder», Video Violence 2 entend donc pousser plus loin la transgression et l’amoralité de son prédécesseur. La suite adopte judicieusement le point de vue d’une communauté dégénérée, spécialisée dans la production de snuff movies et l’animation d’un talk-show aux allures de théâtre Grand-Guignol. Entre les filles dénudées, et le gore pantomimique, l’amateur de films trash et déviant trouvera assurément de quoi satisfaire sa curiosité. Mais encore faudrait-il que le film sache transformer cette démesure en véritable ressort comique, car les situations outrageusement surjouées sombrent trop souvent dans la caricature.

Après avoir péniblement entretenu son dispositif jusqu’au bout, le film s’offre un final qui frôle le sabordage en règle, avant de dégainer un ultime twist de petit malin censé ouvrir la voie à une nouvelle suite. Une promesse restée sans lendemain, puisque Video Violence 3 ne verra jamais le jour. Une bien curieuse façon de terminer une œuvre qui, à défaut d’avoir véritablement repoussé les limites, aura au moins réussi à démontrer combien il est difficile de faire de la provocation autre chose qu’un simple argument de vente.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut
Optimized with PageSpeed Ninja