[Critique] – Ginger Snaps : Résurrection


Ginger Snaps Résurrection affiche film

Réalisateur : Brett Sullivan

Année de Sortie : 2004

Origine : États-Unis

Genre : Loup-Garou au Féminin

Durée : 1h34

Thibaud Savignol : 6/10


Animal (Fuck Like a Beast)


Sortie limitée en salle malgré quelques passages réussis en festival (Toronto, Malaga), Ginger Snaps fut surtout un succès grâce au format Dvd. Outre-Atlantique, sa réputation grandit et une aura culte se forme rapidement autour du long-métrage. Loué pour son originalité et son habile mélange entre teen movie et horreur premier degré, il est également vanté pour ses thétiques féminines habillement explorées. L’essayiste Aviva Briefel estime même que le long-métrage constitue une relecture pertinente de Carrie, en traitant aussi bien des menstruations que de la souffrance adolescente. On ne dira pas le contraire.

Il est temps de voir le loup

Même si Ginger Snaps premier du nom se suffisait à lui-même, une suite est mise en chantier quelques années plus tard. John Fawcett reste producteur exécutif sur le projet, mais laisse sa place à Brett Sullivan. Réalisateur de quelques courts-métrages, il passe au long avec ce second opus. Depuis, à part The Chair, sa carrière s’articule essentiellement autour des séries télé. Pourtant, malgré les doutes qui nous assaillent avant la vision de ce Ginger Snaps : Résurrection, force est de reconnaître que le père Sullivan parvient à prolonger un univers thématiquement riche, sans jamais le sacrifier sur l’autel du fantastique.

À la toute fin du film précédent, persuadée que son remède permet de guérir la lycanthropie de sa sœur Ginger, Brigitte se laisse mordre par cette dernière. Malheureusement, la concoction à base d’aconit tue-loup n’enraye en rien le processus, elle ne fait que le ralentir. Désormais en proie au même mal, elle se retrouve dans un centre pour toxicomanes après une crise. Privée de ses doses, elle doit composer avec une tutrice bienveillante, un adjoint à la sécurité pervers et une gamine étrange.

Ginger Snaps Résurrection

Cette suite amorce un virage plus adulte, illustrant la phase terminale de l’adolescence. Fines la mélancolie teen et la surprise du corps qui mute. Place à la fin d’un monde, à la sexualité comme dernier rite de passage. Car pendant son séjour à l’hôpital un autre loup-garou lubrique rôde, traquant Brigitte pour une seule raison : s’accoupler avec elle. Le film illustre la lutte de cette louve-garou qui ne s’accepte pas, qui retient ses pulsions et désirs, enchaînant sa libido en elle à coup d’injection d’aconit tue-loup. Le sommet de cette frustration sera sans conteste une hallucinante vision de masturbation féminine collective lors d’un cours de fitness.

Fort Alaloup

Après la banlieue comme mouroir à ciel ouvert du premier opus, ce second opus frappe juste dès ses premières minutes. La scène d’introduction, graphiquement sordide, faite de gros plans de seringues sur-éclairées et d’un corps mutilé (une façon pour Brigitte de vérifier l’évolution de sa mutation), installe une horreur mutilatrice, qui planera tout du long sur le récit. Filmée comme une junkie en plein trip, sa drogue à elle, faite de petite fioles violettes, en fait une accro en manque permanent. S’en suivent un motel miteux, un centre hospitalier décrépi, un sous-sol lugubre et des décors enneigés qui ont remplacé l’automne. Les saisons s’enchaînent, comme celles de nos existences. Ne reste plus qu’à souiller la blanche innocence.

Sullivan livre ainsi une œuvre plus sombre, plus noire, presque plus radicale que son aîné. Troquant le teen movie pour un quasi slasher, le script réussi son coup en nous proposant un double huit clos. Car une fois enfuie du centre de soins avec sa comparse, Brigitte se retrouve dans un chalet isolé, forcée à repousser les assauts de son congénères en rut. Ginger Snaps se transforme alors en véritable film de siège à la Dog Soldiers, les doses d’aconit apparaissant comme le sablier infini du long-métrage.

Cet opus se pose en véritable film d’horreur, dénué de tout humour ou mélancolie. S’il est un peu chiche en gore, son casting et son ambiance de délabrement constant (personnages névrosés, décors fanés) le démarquent de son prédécesseur. Reprenant à son compte la véritable nature des monstres qui nous entourent, Résurrection se permet même un épilogue cruel et désespéré. Une suite qui a su transcender des a priori purement mercantiles.

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