
Réalisateur : Grant Harvey
Année de Sortie : 2004
Origine : États-Unis
Genre : Loup-Garou au féminin
Durée : 1h34
Thibaud Savignol : 6/10
L’Enfer des Loups
Les fans de la saga n’ont pas eu à patienter longtemps avant de pouvoir découvrir ce troisième volet. Tourné dans la foulée du second, chose rare au vu des coûts de production, six mois seulement séparent la sortie des deux films. Mais côté scénario, difficile de continuer à suivre les aventures de Ginger ou Brigitte, leurs arcs narratifs ayant été complètement bouclés. Bien que ce n’était pas encore la mode à l’époque, même si la prélogie de George Lucas allait susciter des émules, Grant Harvey opte pour un préquel. Réalisateur de seconde équipe sur le premier, puis producteur sur le second, il cumule désormais les casquettes de producteur et de réalisateur.
Mais d’emblée, son parti pris jette le trouble. Narrant les mésaventures de colons pris au piège en Amérique en 1815, il fait le choix étrange de faire revenir Katharine Isabelle et Emily Perkins, pour interpréter à nouveau … Ginger et Brigitte ! Suite au naufrage de leur navire, les deux jeunes femmes errent dans les bois lors d’un hiver rugueux. Sauvées par un amérindien, elles trouvent refuge dans un fort. Alors que les rations manquent et que les tensions grandissent, Ginger est (à nouveau) mordue par l’une des créatures.
Censé nous narrer les origines du Mal (le fort est situé au Canada), Harvey livre plutôt une relecture de Ginger Snaps à la sauce 19e siècle, loin des lycées et banlieues mortifères contemporains. Pur huit-clos survivaliste, le récit brosse une galerie de seconds rôles aussi patibulaires qu’attachants. De l’indien chasseur au médecin résigné en passant par le belliqueux un tantinet raciste et le lieutenant grand seigneur, ne reste plus qu’à tout ce beau monde à rester en vie. Et ce n’est pas chose simple lorsque les menaces se multiplient.

Si la meute de créatures environnante apparaît comme la plus évidente, se greffe à cela le manque de vivres, une nouvelle venue en pleine mutation lycanthropique, ainsi qu’un petit garnement défiguré passé sous silence façon Phenomena. Se conjuguent ainsi assez adroitement ennemis intérieur et extérieur. Impossible de ne pas penser à The Thing, pour sa paranoïa ambiante et le choix d’une colonie piégée dans la neige. Mais la référence la plus évidente, est sans nul doute Vorace d’Antonia Bird sorti quelques années plus tôt.
De la même manière, le long-métrage s’amuse à faire monter la tension crescendo, en s’appuyant sur un besoin carnassier pour l’une, face à une horde d’égos masculins mal placés. Convoquant aussi bien les affres de l’âme humaine que l’acharnement de monstres assoiffés de sang, Aux origines du Mal efface progressivement toute humanité, dans une spirale destructrice fatidique. Plus rien ne fait foi ou loi.
On pourrait craindre de prime abord, par cette unité d’action et de lieu resserrée, à une conclusion parcimonieuse de la trilogie. Pourtant, là où d’autres troisièmes volets peuvent souffrir d’un manque criant de trésorerie (Starship Troopers 3, Détour Mortel 3), rien de similaire ici. Le fort en impose en dernier refuge face à la malédiction, filmé au cœur de forêts enneigées. Côté mise en scène, Hervey ne transcende jamais vraiment ses séquences, mais affiche une technicité solide, faite de nombreux mouvements de caméras et de compositions picturales soignées.
C’est un peu le constat de cet ultime opus, jamais exceptionnel, mais suffisamment bien tenu pour capter notre intérêt. Peut-être un poil trop bavard certes, mais le climax furieux, sûrement le plus spectaculaire de la saga, oppose une horde de loups-garous sanguinaires aux derniers survivants. Mais surtout, le matériau de base n’est jamais trahi. Tout comme ce sera le cas 175 ans plus tard dans un Canada moderne, la complicité de ces deux sœurs apparaît inébranlable, même au-delà de la mort. Ginger et Brigitte à jamais dans nos cœurs.



