[Critique] – Baseketball


Réalisateur : David Zucker

Année de Sortie : 1998

Origine : États-Unis

Genre : Sport d’homme

Durée : 1H43

Le Roy du Bis : 6/10
Thibaud Savignol : 6/10


À fond les ballons


Face à la déliquescence des sports professionnels américains rongés par la professionnalisation à outrance qui écrase progressivement toute spontanéité, le Baseketball émerge depuis les allées de garages, loin des ligues verrouillées et des contrats à plusieurs millions. Un jeu révolutionnaire hybride, à mi-chemin entre le baseball et le basketball, dont les règles totalement barge semblent avoir été inventées à la volée par son réalisateur David Zucker au cours d’une soirée trop arrosée entre amis. Pour incarner cette farce, le duo Trey Parker et Matt Stone (Cannibal The Musical !) alors en pleine ascension grâce à South Park, acceptèrent de se prêter au jeu, afin d’y ajouter leurs sensibilité à fleur de froute.

Lors d’une soirée post-universitaire, Joe Cooper (Trey Parker) et Doug Remer (Matt Stone), deux glandeurs sympathiques, décident d’inventer un nouveau jeu mêlant basketball et baseball afin d’épater la galerie. Le principe est simple : progresser de base en base tout en enchaînant des séries de lancers francs. Mais la particularité du Baseketball réside ailleurs car tous les coups de bluff, distractions et provocations graveleuses sont permis pour déconcentrer l’adversaire au moment de tirer.

Face à l’engouement populaire suscité par cette pratique aussi absurde que jubilatoire, les deux compères se retrouvent propulsés au cœur d’un phénomène national. Ils décident alors de fonder leur propre franchise afin d’intégrer une ligue professionnelle naissante, avec en ligne de mire le titre de champion… quitte à voir leur création leur échapper peu à peu au profit des logiques qu’ils cherchaient justement à fuir.

Dans Baseketball, les branleurs bedonnants deviennent les nouvelles gloires et égéries d’une Amérique en totale roue libre, comme si l’influence beaufisante de MTV avait fini par contaminer jusqu’aux fondations mêmes du sport professionnel. En reprenant tous les codes et impondérables du récit sportif (ascension fulgurante, rivalités, trahisons et quête du titre) le film détourne la success story classique à travers le parcours improbable des Beers de Milwaukee. Le duo Trey Parker et Matt Stone se renvoie la balle avec une énergie crasse, enchaînant les gags pipi-caca, les provocations et facéties héritées de leurs années Troma.

Mais derrière cet humour trash et volontairement régressif se cache une satire arrosée au vitriol sur les institutions sportives et culturelles gangrenées par l’argent et l’image. Car là où le film trouve toute sa pertinence, c’est dans sa capacité à pousser cette logique jusqu’à la caricature la plus absurde. Le Baseketball, sport qui n’a littéralement aucun sens en dehors de ses propres règles bricolées, devient alors un miroir déformant d’un capitalisme vorace.

Les deux compères incarnent ainsi des figures naïves, presque “pures” dans leur connerie, cherchant à préserver des valeurs de camaraderie et de jeu, avant de se compromettre dans une spirale de décisions absurdes liés à une rivalité amoureuse (les concours de beuveries, le mercantilisme et les dérives commerciales esclavagistes). Habitué aux mécanismes de la comédie avec des classiques comme Y a-t-il un pilote dans l’avion ? ou Y a-t-il un flic pour sauver la reine ?, Zucker déploie un sens du rythme redoutable laissant à chaque gag, même le plus idiot, le temps de faire mouche.

Certes, les blagues ne brillent pas par leur sophistication, entre les analogies douteuses (les balles que les joueurs portent comme leurs couilles) et les saillies graveleuses (les giclées de lait). Pourtant, difficile de ne pas céder à l’efficacité du dispositif, notamment lors des séquences de “psych-out”, véritables parenthèses récréatives où les joueurs rivalisent d’ingéniosité et de conneries à travers leurs provocations, costumes et pastiches pour déconcentrer leur adversaire.

Au fond, Baseketball transforme une pochade potache en véritable charge comique contre un système qui a perdu tout sens des proportions. C’est gras, c’est trash, c’est parfois très con, mais c’est aussi étonnamment lucide. Et si le sport moderne est devenu un spectacle calibré, aseptisé et vendu au plus offrant, alors peut-être que la seule réponse valable reste encore de tout tourner en dérision avec une bière à la main et un doigt d’honneur adressé à ses diffuseurs. 

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