[Critique] – Semi-Pro


Semi Pro affiche film

Réalisateur : Kent Alterman

Année de Sortie : 2008

Origine : États-Unis

Genre : Basket

Durée : 1H31

Le Roy du Bis : 6/10


Tonnerre sur les Tropics


Depuis son adoubement au Saturday Night Live dans les années 90, l’humoriste Will Ferrell s’est attaché à dynamiter l’usine à rêves hollywoodienne à travers une série de comédies burlesques et irrévérencieuses. Après avoir fait les 400 coups sous l’objectif de Todd Phillips dans les bringues universitaires (Retour à la Fac), s’être mouillé dans une croisière gay (Boat Trip), ruiné le réveillon de James Caan (Elfe), réinvestis les vieilles sitcom télévisés (Starky et Hutch, Ma Sorcière bien-aimée) et corrompu le monde de la télé (La Légende de Ron Burgundy), le nouveau pape de la beaufitude s’est attelé au monde du sport, autre bastion de l’Americana. Et avec son mètre quatre-vingt-onze et son goût pour la démesure, quoi de mieux que le basket pour mettre du funk dans le dunk avec Semi-Pro ?

L’intrigue, située dans l’Amérique disco des années 70, suit Jackie Moon, chanteur excentrique devenu propriétaire, entraîneur, annonceur et joueur vedette d’une franchise de basket aussi pathétique qu’attachante : les Flint Tropics. Après avoir fait fortune grâce à un tube opportunément récupéré sur le chevet de sa défunte mère, Moon a englouti ses économies dans un train de vie extravagant. Hélas, les opérations promotionnelles délirantes et les shows grotesques organisés durant les matchs ne suffisent plus à assurer la pérennité de l’institution ni à payer les salaires des joueurs.

Pour éviter la faillite, Jackie n’a plus qu’un objectif : intégrer la prestigieuse NBA. Mais seules les quatre meilleures équipes de l’ABA peuvent espérer rejoindre la ligue reine. Afin de donner une chance aux Tropics, il recrute Monix, ancienne gloire du basket sur le déclin, capable d’apporter une vraie rigueur tactique à cette bande de bras cassés. Le problème, c’est que l’égo démesuré de Jackie menace constamment l’équilibre collectif et compromet les ambitions du club.

Semi Pro critique film

En s’attaquant à l’univers de l’ABA, Kent Alterman et Will Ferrell recréent tout un pan extravagant et dégénéré de l’imaginaire américain des seventies. Fièvre disco, converses usées, les futales en pattes d’eph, tenues flashy et coupes afro sont donc de mise dans cette reconstitution volontairement caricaturale et libidineuse (candaulisme, partouze, beuveries). Moins permissif que Ricky Bobby : Roi du circuit, Semi-Pro n’en reste pas moins propices aux débordements satiriques, entre ses animations festives et récréatives (le combat de catch contre un ours), ses gags potaches (la roulette russe) et happenings grotesques, le film transforme chaque match en vaste spectacle de foire.

L’humoriste aux multiples casquettes s’en donne à cœur joie, rivalisant de stupidité sur le parquet comme en dehors, multipliant les cascades dangereuses, les chorégraphies ringardes et séances d’exhibitionnisme pour tenter de rameuter du monde dans les tribunes. Mais avec la rigidité de Woody Harrelson et malgré le flow d’André Benjamin, il manque tout de même un partenaire de jeu de la trempe de John C. Reilly ou de Ben Stiller pour faire des étincelles. Will Ferrell vampirise ainsi constamment l’écran, à travers l’exubérance de son personnage mégalo cherchant à s’accaparer la lumière des projecteurs. Mais pour lutter contre les franchises plus riches et mieux structurées, le groupe devra réussir à se réinventer collectivement grâce aux conseils de jeu prodigués par Monix. 

Après un premier acte totalement hystérique, Semi-Pro abandonne alors partiellement son grain de folie pour jeter toutes ses forces dans la bataille afin d’empiéter sur les plates bandes des Nets, des Spurs et des Nuggets dans une dynamique sportive plus conventionnelle. La trajectoire de l’underdog cherchant à forcer les portes d’un monde qui ne veut plus de lui reste efficace, mais elle atténue la radicalité absurde qui faisait jusque-là tout le sel du projet. Faute d’un dispositif comique suffisamment renouvelé ou d’une véritable charge transgressive, cette farce tragi-comique finit par reposer presque exclusivement sur les bouffonneries de Will Ferrell. Une énergie contagieuse, certes, mais qui peine parfois à transformer ce joyeux chaos en véritable explosion cathartique.

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