
Réalisateur : Bert L. Dragin
Année de Sortie : 1987
Origine : États-Unis
Genre : Camp Révolutionnaire
Durée : 1h29
Thibaud Savignol : 7/10
Les Révolutions sans lendemain
1987, l’âge d’or du slasher s’essouffle. On ne compte plus les suites de Vendredi 13 (5 à ce moment là), les copycat plus (Massacre au camp d’été) ou moins (Cheerleader Camp) réussis. Regrouper des hordes juvéniles aux poussées hormonales volcaniques dans les bois avant de les dessouder un par un à l’arme blanche, ça coûte pas cher et ça rapporte. Pourtant, le quasi inconnu Bert L. Dragin (Surburbia) et la renommée Penelope Spheeris (Wayne’s World), décident quant à eux d’embraser la furie adolescente. Avec Summer Camp Nightmare, ils insufflent aux amourettes et brimades traditionnelles une vindicte politique rarement vue dans le genre.
Il est interdit d’interdire
Si le film s’amusera à suivre plusieurs personnages, le jeune Donald Poultry fait office de fil rouge pour narrer les mésaventures du camp North Pines. Petit geekos à lunettes impressionnable, il narre par cassettes ses aventures. Mais en cette année 1987, un nouveau directeur autoritaire est nommé à la tête du camp. Poussant l’intransigeance toujours plus loin, une révolution commence à couver dans son dos, menée notamment par l’anarchiste Franklin, moniteur le plus charismatique du camp. Après des punitions injustices et l’annulation de la rencontre avec le camp des filles, la coupe est pleine, la prise de pouvoir adolescente imminente.
Soyons honnêtes, si le titre et la jaquette laissent espérer un déchaînement de violence, il n’en sera rien. Le film n’a pas pour vocation de choquer mais plutôt de confronter des idéaux. Il y aura bien quelques empoignades un brin violente et un viol cruel, puni comme il se doit, mais l’essentiel de la tension sera d’ordre psychologique. La mise en scène se veut sobre, pauvre diront les mauvaises langues, et reste à distance, comme pour observer ce microcosme se détruire à petit feu, sans juger ni chercher à émouvoir.
Inspiré du roman The Butterfly Revolution de William Butler, le récit lorgne avant tout vers Sa Majesté des mouches. Évoquant mai 68 pour nos autres français (les jeunes se révoltent face à une autorité étouffante, notamment en matière de liberté sexuelle), on retrouve la volonté d’installer un schéma socio-politique révolutionnaire, comme dans le classique de William Golding. Mais derrière ces tentatives, le vernis et projet civilisationnels craquent, laissant les bas instincts reprendre le dessus lorsque le chaos s’installe.

Malboro Man
Dans son jus esthétiquement, le long-métrage tire sa force d’un script loin d’être manichéen. Car avant d’explorer les failles d’une révolution, il parvient à la légitimer. Le nouveau directeur est un esprit étriqué, archaïque, appartenant à un autre temps, avec ses méthodes brutales et son bigotisme déplacé. Les enfants n’ont droit qu’à une chaîne télé catholique en terme de divertissement, doivent se conduire de manière irréprochable et prier avant chaque repas. Drôle d’idée pour un camp de vacances, défouloir et laboratoire d’expériences avant tout.
Et quelle bonne idée que de confier le rôle à Chuck Connors, célèbre outre-Atlantique pour la série L’Homme à la carabine. Il incarne cette masculinité ultra-virile et fermeté bienveillante à l’ancienne, complètement largué par les évolutions de son époque. Face à lui Franklin, féru de lectures révolutionnaires, manipulateur pour la cause (il déformera les dires d’un enfant pour arriver à ses fins), qui voit en Connors un système maintenant l’ordre par la peur. La bascule paraît logique, justifiée, mais ne se fera pas sans heurt.
Les débuts sont une réussite, après avoir éliminé la source du pouvoir autoritaire. Mais passées les fêtes non-stop, la réunion des deux camps et une liberté retrouvée, la question d’un système pérenne se pose. Et Franklin d’installer un comité réduit, où siègent ses lieutenants les plus féroces, tout en parvenant à embrigader le jeune Ronald comme officier de propagande. Petit à petit sa figure se renforce, à l’instar de sa tenue militaire empruntée aux nombreux chef totalitaires. Un culte de la personnalité se dessine, quiconque s’opposant à l’allégeance demandée sera ostracisé, privé de tout contact avec les autres du camp.
Un système en remplace un autre, mais l’histoire se répète. Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes. Dès lors, au cœur de cette débauche constante, tout se dérègle petit à petit. Trop usés par les fêtes à répétition, les jeunes sont qualifiés de «zombies» par Ronald. Comme gavés de pain et de jeux, ils ne sont plus alertes sur ce qui se passe autour.

Red is Dead
Le film a tendance à se perdre un peu face à la somme de ce qu’il convoque (rite initiatique, parabole politique, teen movie). Il laisse Franklin en plan lors du second acte, à regrets, se concentre sur la vie de camp et les interactions sociales. Le derniers tiers remonte la barre, confrontant le nouveau leader à une demande de justice après le viol subi par l’une des monitrices. L’occasion d’observer les rouages du nouveau système, qui après une non-décision fatale, entraînera un chaos définitif.
Ainsi l’idée d’une révolte au sein du camp faisait sens, face à un directeur castrateur, rigide et d’un autre temps. Mais rien n’a véritablement été réfléchi en amont. Derrière la joie d’une liberté retrouvée, sans aucun véritable projet politique, si ce n’est celui de festoyer sur les restes d’une victoire éphémère, la chute était inexorable. À ce titre, l’avant-dernier plan du film est éloquent. Franklin, face à son échec, tient fermement le sifflet qu’il avait chipé au directeur renversé. Un tyran en a remplacé un autre.
Avec sa thématique originale, sa musique underground et son regard brut sur une jeunesse en pleine révolte, Summer Camp Nightmare est véritablement un joyau oublié de l’époque révolue des vidéoclubs des années 80. On regrette que le film n’existe que dans sa version VHS et ne soit toujours pas disponible en Dvd ou Blu-ray. Si un éditeur passe par là…



