
Réalisateur : Frank Henenlotter
Année de Sortie : 1988
Origine : États-Unis
Genre : Horreur
Durée : 1h24
Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 6/10
Magic Blue
Frank Henenlotter fait partie de cette génération de cinéastes à avoir profité du déclin de la ville de New-York pour en esquisser un portrait trash et dystopique. Avec la décrépitude ambiante, les bas-fonds sont rapidement devenus le terrain de jeu fertile des fantasmes les plus déviants. Parqué dans les banlieues malfamées et hôtels miteux du Bronx ou de Harlem, les clodos côtoient les prostituées, dealers, junkies et criminels de tout bord. Ce microcosme décadent empli de vices et de haine émerge à visage découvert. Peu importe leurs conditions, les habitants de la grande pomme ne sont jamais à l’abri de faire de mauvaises rencontres.
De cette misère sociale va émerger une frange fantastique, permettant aux prédateurs de s’en repaître. Quand les gangs ne s’entre-tuent pas dans les rues (Escape From New York, Tenement), ce sont les rats qui dévorent les gens (Les Rats de Manhattan). Des mutants sortent de leurs égouts (Breeders, C.H.U.D.), et les sans-abris se mettent à fondre sous l’effet d’un alcool frelaté (Street Trash). Dans ce capharnaüm à ciel ouvert, Elmer le ver parasite trouve légitimement sa place au côté des frères siamois de Basket Case.

Dans Elmer le Remue-Méninge, les ravages de la drogue vont bon train. Un adolescent désœuvré tombe sous l’emprise d’un étrange ver solitaire ; croisement entre Jiminy Cricket (Pinocchio) et un gros colombin ; le piquant de son dard acéré pour lui injecter son venin. Cette substance euphorisante et hallucinogène altère la perception du réel, privant peu à peu Brian de son humanité. Mais il y a un prix à payer. Pour continuer à planer, Brian devra approvisionner Elmer en cerveau frais. La chienlit de l’humanité y pourvoira (clodos, junkies, prostituées). Pris dans cet engrenage mortel, les choses vont alors rapidement dégénérer, et son entourage se déliter.
Assumant pleinement son argument de série B, Elmer le Remue-Méninge abonde de séquences gores (automutilation, meurtre, trépanation, ainsi qu’une fellation anthropophage..) et excessives dans un esprit plus satirique que ne pouvait l’être Basket Case. La grande trouvaille réside dans ce lombric gouailleur et chantant confectionné par le regretté Benoît Lestang (Le Pacte des Loups, La Cité des Enfants Perdus, Martyrs). Visuellement, le film possède quelques similitudes avec Street Trash, et pour cause puisque les deux œuvres sortie à un an d’intervalle partagent le même steadicameur, un certain Jim Muro.
Psychédélique, l’intrigue file la parfaite métaphore des dangers liés à l’addiction. Mais le réalisateur va plus loin dans les rapports symbiotiques liant sa créature à son principal interprète. Car chez Frank Henenlotter, la mutation génétique est un déclencheur/révélateur des pulsions et névroses refoulées de ses personnages. Elmer le Remue-Méninge soulève ainsi une homosexualité sous-jacente et refoulé. Obsédé par ce phallus carnassier, Brian abandonne sa petite amie afin de se laisser pénétrer par un liquide séminal bleutée engloutissant tout ce qu’il reste de son hétérosexualité.



