
Réalisateur : Charles Band
Année de Sortie : 1996
Origine : États-Unis
Genre : Freak Show
Durée : 1H22
Le Roy du Bis : 6.5/10
Lolotomis
Dans le grand jeu des sept familles horrifiques, les Stackpool pourraient sans peine se tailler une place de choix aux côtés de la famille Addams ou des Munsters. Au sein de cette lignée de doux dégénérés, Ernestina se distingue autant par sa plastique avantageuse que par son instabilité mentale. Heureusement, elle peut compter sur son frère Myron, télépathe de son état, qui la guide et partage avec elle une forme d’ubiquité troublante, les autres membres de la fratrie faisant office de prolongements sensoriels grâce à leur force, leurs yeux et leur ouïe.
À l’instar des Firefly (La Maison des 1000 Morts) et des Sawyer (Massacre à la Tronçonneuse), les Stackpool prospèrent dans le trafic d’êtres humains, qu’ils transforment en cobayes pour nourrir leurs expériences macabres et lever une armée de zombies. Mais cette routine morbide vacille lorsqu’un maître chanteur s’invite dans leur quotidien, décidé à les plumer jusqu’au trognon. Dès lors, l’étau se resserre, tout comme les liens familiaux, dans une escalade de manipulations et de tensions internes.
Avec son titre trompeur, Le Cerveau de la Famille tient en réalité moins du film cérébral que d’une pure série B déviante et irrévérencieuse, peu avare en poitrines dénudées et en monstres de foire. Sa durée ramassée joue d’ailleurs en sa faveur, le film ne s’embarrassant d’aucun temps mort. Fidèle à l’esprit artisanal du studio, la production se construit en famille. À la tête du projet, Charles Band orchestre cette farce macabre avec son savoir-faire habituel, épaulé par son frère Richard Band, dont la partition musicale épouse parfaitement les excentricités du récit.

Même l’esprit le plus équilibré ne pourrait décemment résister au charme de la sulfureuse Jacqueline Lovell, ancienne star du X qui faisait alors sa première incursion dans le genre. D’abord réticente à l’idée de se dénuder, elle finit par jouer de sa candeur et de ses charmes à l’écran. L’érotisme et la torture y sont relativement bon enfant et se mêlent de concert aux dialogues et situations totalement absurdes, comme ces complots fomentés entre deux levrettes dans le cellier.
Le Cerveau de la Famille fait d’ailleurs figure de véritable madeleine de Proust pour les fans de Full Moon, notamment grâce au soin accordé au maquillage de son antagoniste grotesque conceptualisé par Christopher Bergschneider : une créature difforme, évoquant un fœtus avorté à l’encéphale hypertrophié, recroquevillée sur son siège comme une aberration vivante. À travers cette galerie de sinistres pantins parfaitement antipathiques, le film met en scène un jeu de dupes où manipulation, chantage et trahison s’entrelacent au fil de l’intrigue.
Sous ses dehors grotesques, le film esquisse en creux une satire assez mordante de la cellule familiale envisagée comme un organisme parasitaire, où chaque membre n’existe qu’au service d’un cerveau central faisant figure d’autorité autant que de tumeur symbolique. Cette entité tentaculaire évoque moins un lien du sang qu’un système de dépendance toxique, où l’individu se dissout dans une conscience collective malade. Le second degré affleure alors dans cette manière de pervertir le mythe du foyer uni par une coopération forcée, régie par le contrôle mental, le chantage affectif et une bonne dose de perversion.



