
Réalisateur : Ivan Zuccon
Année de Sortie : 2001
Origine : Italie
Genre : Apocalypse Lovecraftienne
Durée : 1H26
Le Roy du Bis : 6/10
Disponible à la Vente chez Uncut Movies
Les Forces Obscures
Ivan Zuccon appartient à cette frange marginale mais tenace du cinéma underground italien, aux côtés d’Alex Visani (Nati Morti, Stomach), Emanuele De Santi (Adam Chaplin) et de quelques autres habités par un authentique feu sacré. Sans nourrir la prétention de rendre au cinéma bis italien la splendeur des Fulci, Argento ou Bava, ces cinéastes ont au moins le mérite de vouloir en prolonger l’héritage. Reste qu’à défaut de moyens, la passion seule ne suffit pas toujours. Et il faut un peu plus que de la bonne volonté, quelques projecteurs et des volutes de fumée pour faire illusion.
Doomsday
Zuccon a longtemps bricolé dans l’ombre avec sa caméra Super 8, enchaînant les courts métrages et adaptations littéraires (Berenice, The Oval Portrait, Une favola di Morte), sans véritable reconnaissance. Son court L’Ultima Cena attire finalement l’attention du distributeur américain Prescription Films, qui lui accordera un financement modeste à hauteur de 7 500 dollars, afin de le transformer en long métrage. Ainsi naît The Darkness Beyond, petit succès d’estime en festivals, qui permettra au réalisateur d’initier un véritable cycle lovecraftien marqué par des œuvres tels que The Skunned House, ou Colour from the Dark.
Unknown Beyond s’inscrit comme la suite directe de ce premier coup d’essai, dans un monde post-apocalyptique où une humanité réduite en esclavage tente de survivre sous la domination des Grands Anciens. L’espoir semble reposer sur les pages du Necronomicon, dont la redécouverte permettrait de renvoyer les forces occultes dans l’au-delà. Le film nous plonge ainsi au cœur des pires craintes et prophéties du maître de Providence, mettant l’un des derniers bastions humains aux prises avec des divinités païennes dans un combat perdu d’avance.
Il n’y a d’ailleurs plus grand-chose à sauver dans cet univers moribond et austère, proche du néant, jalonné par un fleuve de sang qui ressemble davantage à une flaque filmée en gros plan, des forêts évoquant de simples bosquets, des ruines éparses et des no man’s land désertiques. Difficile, dans ces conditions, de convaincre qui que ce soit lorsque le commando censé porter les derniers espoirs de l’humanité, muni de parchemins pour s’orienter, se perd dans un désert à peine plus vaste que la Mer de Sable d’Ermenonville.

Quand t’es dans le désert…
Qu’en est-il alors de l’horreur, élément pourtant indispensable à toute adaptation lovecraftienne digne de ce nom ? Et bien peu de choses en vérité. Les scènes chocs promises par le distributeur manquent cruellement de savoir-faire et de générosité. Les affrontements, lourdauds et maladroits, comme les mises à mort, se montrent bien trop avares en effets gores.
Certes, on croise bien une victime empalée contre un mur, une langue arrachée, quelques crucifixions ou encore un duel léonien au 9 mm filmé en DV, mais rien qui ne marque durablement les esprits. À ce jeu-là, même un Timo Rose et ses baquets de viscères feraient mieux, ce qui n’a rien d’un compliment. Faute de moyens à la hauteur de ses ambitions, Ivan Zuccon tente néanmoins de faire contre mauvaise fortune bon cœur.
Dès qu’il s’agit d’installer une atmosphère mortifère, le cinéaste s’en sort honorablement, puisant dans les visions oniriques fulciennes ou les ténèbres de Sam Raimi, auquel il rend hommage dès l’introduction avec un plan en shaky cam inspiré d’Evil Dead. Une grande partie du film se déroule dans un vieux fort décrépit, éclairé à la lueur des flammes ou à l’aide de projecteurs conférant une ambiance mystique. C’est là que les derniers survivants tentent d’organiser la riposte face aux forces du mal qui, par mépris ou économie budgétaire, ne daigneront jamais se montrer à l’écran face à la misère que constitue cette résistance indigne de leur rang.
À défaut de représenter l’indicible (Nyarlathotep est tout de même cité), Zuccon se contente donc d’en filmer les exécutants : une Némésis chargée d’exterminer définitivement l’humanité et d’instaurer une ère de ténèbres, quelques revenants, ainsi qu’une sorcière à la voix caverneuse, coupable d’infidélités envers les Grands Anciens. Unknown Beyond demeure ainsi une œuvre profondément tiraillée par ses limites financières, matérielles et ses ambitions démesurées. Mais derrière ses quelques maladresses juvéniles et techniques affleurent les germes d’un cinéaste fasciné par l’effondrement du monde et les puissances qui le précipitent dans l’abîme. L’apocalypse n’a pas encore révélée toute son ampleur, mais Zuccon en a déjà entrevu les ténèbres.



