
Réalisateur : J.S. Cardone
Année de Sortie : 1990
Origine : États-Unis
Genre : Horreur Lovecraftienne
Durée : 1h28
Le Roy du Bis : 6.5/10
L’Indicible Peur
Après la banqueroute d’Empire Pictures, Charles Band rebondit et tente de faire du neuf avec du vieux. Les premières productions de la Full Moon Features (Puppet Master, Meridian Le Baiser de la Bête) bénéficient encore du savoir-faire d’artisans aguerris et de véritables efforts de mise en scène, laissant alors augurer du meilleur pour la suite. Injustement mésestimé à sa sortie, Shadowzone constitue pourtant l’une des plus belles réussites du studio alors naissant, tant sur le plan technique, qu’atmosphérique.
Something’s Hide
Produit pour la modique somme d’un million de dollars, Shadowzone représente un pari relativement audacieux au regard des productions télévisuelles fauchées qui viendront progressivement alimenter le catalogue de la firme au cours des années suivantes. Le film de J.S. Cardone bénéficia notamment d’une sortie en salles, au même titre que Puppet Master, témoignant de l’ambition affichée par son producteur alors en pleine transition. La distribution affiche par ailleurs quelques noms plus prestigieux qu’à l’accoutumée tels que Louise Fletcher (Vol au-dessus d’un nid de coucou), David Beecroft (Creepshow 2), et l’inénarrable James Hong (Blade Runner, Big Trouble in Little China), lequel semble avoir traversé le temps sans jamais rajeunir.
L’intrigue prend place dans une station de recherche isolée, où un agent du gouvernement est envoyé afin d’enquêter sur la disparition tragique d’un ouvrier lors d’une expérience classée top secret. Désireux de faire toute la lumière sur les circonstances ayant conduit à cet accident, l’enquêteur découvre bientôt que quelque chose cloche sérieusement dans les installations. Les cobayes du docteur Van Fleet sont plongés dans un état d’hypersensibilité électromagnétique, coincés à mi-chemin entre la vie et la mort, à la frontière de l’au-delà. À force de vouloir repousser les limites de la conscience, les scientifiques finissent surtout par entrouvrir une porte qu’ils auraient probablement mieux fait de laisser fermée.
Car les recherches menées dans cette station provoquent également quelques effets indésirables. Du côté obscur des rêves, une nouvelle forme de terreur prend progressivement forme, ouvrant un passage vers une autre dimension d’où s’échappe une entité belliqueuse bien décidée à semer le chaos dans les couloirs de l’établissement. À partir de là, Shadowzone délaisse progressivement la science-fiction expérimentale pour se muer en huis clos horrifique, où la menace peut surgir à peu près n’importe où et surtout sous n’importe quelle apparence.
L’échec relatif du film est probablement à mettre en corrélation avec ses nombreuses similitudes avec plusieurs classiques de la décennie précédente. Dans Alien le Huitième Passager, l’équipage possédait un félin ; dans The Thing, un canidé ; et dans Shadowzone, un chimpanzé. La créature isole également méthodiquement chacun des membres du groupe afin de les rendre beaucoup plus vulnérables face au danger. Quant aux victimes, elles connaissent évidemment des fins peu enviables et périssent dans d’horribles souffrances, affreusement mutilées par une chose dont on ne comprend jamais réellement les motivations.

Something’s Kill
Shadowzone constitue néanmoins un film lovecraftien tout à fait convaincant, proposant une entité polymorphe capable de revêtir différentes formes scélérates (rat géant, singe mutant, femme au visage bosselé et monstruosité impie). Cette mécanique de l’indicible peur tapie dans l’obscurité fonctionne à plein régime. La créature importe d’ailleurs moins que ce qu’elle représente. Soit une manifestation physique des terreurs enfouies dans l’inconscient de ceux qui l’affrontent. Une manière plutôt élégante de contourner les limites d’un budget qui n’autorise certainement pas à construire un bestiaire à la hauteur de celui du classique de John Carpenter.
À cette occasion, Richard Band livre une partition particulièrement oppressante, faite de nappes synthétiques et de sonorités anxiogènes qui participent pleinement à l’impression d’enfermement. Les maquillages gore de Mark Shostrom jouent quant à eux le rôle de catalyseur lors des différentes apparitions horrifiques. L’artisan connaît son affaire et ne rechigne pas à faire subir quelques joyeusetés anatomiques aux malheureux personnages, avec cette affection très eighties pour les chairs martyrisées. Ayant eu les coudées franches sur ce projet, J.S. Cardone privilégie l’atmosphère aux effets spectaculaires et prend soin de faire monter progressivement la tension au fur et à mesure de son jeu du chat et de la souris.
La créature demeure longtemps tapie dans l’ombre, tandis que les protagonistes errent dans un environnement dont chaque pièce et couloir semble susceptible de dissimuler une menace insaisissable. Karen Grossman exploite également à merveille les environnements sinistrés de l’ancien hôpital de Northbridge, plongeant le public dans les mêmes ténèbres que les protagonistes. L’œuvre paraît certes aujourd’hui plus datée qu’elle ne l’est réellement, notamment à travers certains choix esthétiques et scories. Mais c’est aussi ce qui fait son charme.
En outre, Shadowzone possède quelques arguments de poids à faire valoir, notamment cette fameuse séquence où Maureen Flaherty incarne une véritable Belle au bois dormant, entièrement dénudée dans une capsule de plexiglas. La caméra s’attarde généreusement sur l’anatomie de l’actrice et sur son opulente poitrine, comme si le réalisateur avait soudainement décidé que l’épouvante métaphysique pouvait bien attendre un peu. Et après tout, pourquoi se priver ? Le film ne serait certainement pas aussi réussi sans elle.
Malgré ses emprunts évidents à quelques monuments de la science-fiction horrifique, Shadowzone mérite donc largement d’être réhabilité. Sans atteindre les sommets du genre, J.S. Cardone signe un huis clos paranoïaque, poisseux et suffisamment efficace qui méritait certainement mieux que l’oubli dans lequel il a progressivement sombré.



