
Réalisateur : Joe Dante
Année de Sortie : 1984
Origine : États-Unis
Genre : Invasion de Créatures Facétieuses
Durée : 1h35
Le Roy du Bis : 8/10
Thibaud Savignol : 9/10
The Perfect Gift
Il est devenu compliqué de trouver des idées de cadeaux pour son entourage à l’approche des fêtes de fin d’année, surtout sans avoir la traditionnelle liste de souhaits à disposition. Alors on passe des heures à éplucher le catalogue d’Amazon, pour faire une sélection de 2 DVD achetés le 3ème offert. On achète le dernier FIFA ou Call of Duty avec un panier garni. Noël a beaucoup perdu en spontanéité. Il fut un temps pas si lointain où il nous fallait encore battre le pavé pour faire le tour des échoppes afin de trouver le coup de cœur, l’objet fétiche qui ferait date et marquerait les esprits…
Ok Boomer
Les enfants de cette génération ne comprendront jamais le plaisir de recevoir une peluche Mogwaï. Les trentenaires savent exactement de quoi il en retourne, et se souviennent de la peur qu’ils ont ressenti la première fois, lorsque ces créatures se sont mises à sortir de leur cocon congestionné de glaviot verdâtre et purulent. Le vieil antiquaire avait pourtant été clair : ne jamais exposer l’animal aux rayons UV, ne jamais lui donner d’eau, et surtout ne jamais… au grand jamais… lui donner à manger après minuit.
Cette dernière interdiction résonne comme un avertissement sur notre propre voracité consumériste, notamment en pleine frénésie dépensière. Mais à quoi bon fixer des règles si personne ne les respecte ? Pourquoi imposer des limites puisque tout le monde se complaît à les dépasser. Et quand on sait que les utilisateurs d’Iphone acceptent n’importe quelle clause commerciale sans jamais lire les conditions générales de vente et d’utilisation, on ne s’étonne plus de voir la dégénérescence de notre société à l’œuvre sur les réseaux sociaux (Tik-Tok, Instagram).

A l’instar des influvoleurs et abrutis congénitaux gavés par les émissions de télé-réalité, les vilains Mogwaï sont des parasites qu’il faut éradiquer. Ces boules de poils n’ont rien d’aimable, sèment le chaos et explosent sous l’effet de la lumière vive comme un vampire en plein soleil sortant d’une cuite carabinée. Quelque part, Gremlins était un film subversif et visionnaire pour l’époque, puisqu’il était moins question de cajoler une petite boule de poils que de la faire se reproduire et profiter de sa capacité protéiforme pour enfanter des congénères. L’idée derrière cette entreprise n’était pas d’apporter du bonheur aux foyers, mais bien de se faire des couilles en or sur le dos d’un immigré chinois, que l’on aurait dépossédé de son «bien» pour une petite poignée de billets verts.
Stade terminal de la consommation
Tous les personnages du film semblent contaminés par cette fièvre du consumérisme. Le patriarche de la famille Peltzer se soucie moins du SAV de ces futiles gadgets déglingués que de les refourguer aux plus offrants. Son fils est un guichetier à la solde des banques et du dieu dollar. La perversité et la violence affichées par les créatures ne font que refléter les comportements de leurs maîtres, n’hésitant pas à les balancer dans un mixeur en marche ou bien au micro-onde pour s’en débarrasser comme de vulgaires produits de consommation.
Tiraillé par ses aspirations punk et satirique, Gremlins prend la forme d’un authentique conte mêlant féerie et conflit entre le désir et l’interdit. Pour s’attirer la sympathie du public, Joe Dante n’hésite pas à invoquer des figures familières comme celle du Scrooge (la voisine rabat-joie) et multiplier les références à Disney et la pop-culture (la séquence où les petits démons se mettent à chantonner devant Blanche Neige et les Sept nains). Cette hybridation entre la comédie, l’horreur, le gore, et le divertissement familial contribuera largement au succès du film, constituant désormais un incontournable des fêtes de fin d’année. En effet, Gremlins aura toujours le don de rhabiller son public pour l’hiver, sans que celui-ci ne se rende vraiment compte de l’objet satirique qu’il constitue.



