
Réalisateur : Ralph E. Portillo
Année de Sortie : 2000
Origine : États-Unis
Genre : Slasher
Durée : 1h28
Le Roy du Bis : 4/10
Thibaud Savignol : 3/10
Le retour du Code Hays
Ah, ça faisait longtemps. Un petit direct-to-video du début des années 2000, déniché sur Dealicash (le cash express virtuel) pour la pas si modique somme de 2 euros 67. Putain de Covid et de Guerre en Ukraine, qui ont apparemment même impacté le marché des séries Z pour bisseux dégénérés. Ou peut-être que l’euro symbolique n’est pas de mise parce qu’on a affaire à une véritable pépite ? Si seulement. La jaquette ne laissait pas espérer grand chose, et nous voilà donc à nouveau face à ce type de série Z tant redoutée.
Le Z du Z
Dans l’univers parallèle de la série Z, du bis et du film fauché au budget proche d’un Smic, se distinguent deux catégories : ceux qui ont la décence d’être fun et ceux qui sont chiants comme la mort. Pas de chance pour nous aujourd’hui, ce Bloody Murder appartient à la seconde catégorie. À l’image du Joueur du Grenier qui clamait sa souffrance pour les jeux juste nuls et barbants, il en va de même pour le 7e art. Si les non-initiés fuient rapidement ce genre de métrage (peut-on vraiment les en blâmer ?), les aficionados de péloches incongrues (terme poli pour ne pas dire couillons) savent reconnaître le «mauvais» film généreux et appréciable. Celui avec une âme, qui proposera un spectacle au rabais mais généreux et sincère. Mais Ralph E.Portillo en a décidé autrement.
Réalisateur mexicain rapidement émigré aux États-Unis au début des années 90, il a durant plusieurs années satisfait les consommateurs de cinéma érotique. Bouffant à tous les râteliers, sûrement au gré des modes et des besoins, il tombe ainsi dans le cinéma d’horreur en ce tout début de 21e siècle. Bloody Murder est son premier méfait, un quasi one shot puisqu’il ne réalisera ensuite que One of Them, pas spécialement apprécié non plus sur les internets. D’ailleurs, tandis que sa filmo oscille autour de 3-4 de moyenne pour chacun de ses films sur Imdb, il est amusant de remarquer que son Believers Among Them culmine à 8,1, soit autant que Blade Runner ou Fury Road. Les 39 votants sont sûrement tous issus de sa famille ou de l’équipe technique.

Horreur tous publics
Bon, c’est rigolo cinq minutes de taper sur un réalisateur manchot, mais il va bien falloir parler du long-métrage en question à un moment. Slasher opportuniste profitant de la vague lancée par Scream en 1996, le film cite ses références en bon petit élève, recyclant la formule ad-nauseam. On suit donc l’habituelle bande de teenagers préparant un camp de vacances pour marmots, qui vont se faire écharper un par un durant 90 longues minutes. Commençons par le positif. Malgré un script en apparence simpliste le film parvient habillement à brouiller les pistes, rabat les cartes à plusieurs reprises, et bien malin celui découvrira l’identité du tueur. De plus, le climax enchaîne habillement les twists, mis à part celui de l’épilogue putassier au possible.
Pour le reste, il n’y a pas grand chose à sauver. Le cul entre Vendredi 13 pour le côté slasher premier degré et Scream pour quelques clins d’œil méta à travers le personnage de Toby, qui compare régulièrement les films à la réalité, Bloody Murder n’a déjà plus grand chose à raconter. Et pourquoi pas. Des personnages creux, des dialogues aux fraises et une technique sommaire qui ne fait que décrire l’action via des cadres et lumières peu inspirés, on en a cure. On peut même pardonner un découpage de l’espace cataclysmique. Littéralement, on ne sait jamais où on est, que ce soit dans la forêt, dans le camp ou près du lac, les protagonistes donnent l’impression de marcher en permanence dans des décors et directions différents.
Mais de purger à ce point là son film de toute violence, du moindre effet gore et de n’oser afficher un bout de fesse ou un téton qui pointe, ça tient presque d’une nouvelle forme horrifique, le slasher puritain. Qu’elles sont loin les déviances d’un Massacre au camp d’été. Trevor Moorehouse est sans doute le Boogeyman le plus propre de l’histoire, quand il n’est pas juste ridicule à déambuler et gesticuler comme si une armée de fourmis lui dévorait l’anus. Armez-vous de quelques bières fortes avant le visionnage, ou l’ennui et un confortable canapé auront raison de vous.



