
Réalisateur : Charles Band
Année de Sortie : 2001
Origine : États-Unis
Genre : Freaks & Poupées Tueuses
Durée : 1h24
Le Roy du Bis : 6/10
Amour Monstre
Il n’y a pas que les poupées qui fassent bander Charles Band. De prime abord, nous serions pourtant tentés de le penser avec cette nouvelle protubérance à l’univers des Puppet Master et Demonic Toys, initiée depuis la fondation de son nouveau studio. Les monstres, les manipulations génétiques, les spectacles forains et tours d’illusions sont également des thèmes qui lui sont chers et qui reviennent inlassablement garnir le catalogue de la Full Moon Features. Il nous est même permis d’affirmer qu’avec Tim Burton et Rob Zombie, Charles Band est probablement l’un des derniers pourvoyeurs de freakshow. L’univers de son film en est un.
Monstres & Cie
Derrière le chic de son fastueux manoir se cache en réalité un cirque excentrique où se côtoient clown tueur (William Paul Burns), folles en cages (Les Girls Eats Boy) et nain négrier (l’éternel Phil Fondacaro). Le spectacle se limitera aux concerts de heavy metal d’un groupe de femmes retenues captives et contraintes de jouer sous peine de se faire électrifier. Des meurtres, expérimentations génétiques et séances de tortures sadomasochistes viendront ponctuer les réjouissances d’une vendetta entre un macchiavélique homme d’affaires et les personnes qui l’ont ruiné. Pour exécuter sa vengeance, Virgil Travis va alors réduire ses bourreaux (un juge, une avocate et un procureur) en poupées tueuses corvéables à merci.
À l’instar de sa précédente comédie horrifique, Charles Band orchestre un jeu de dupes particulièrement sournois entre deux monstres d’un intellect supérieur (un homme et une femme). Le mal-être de Virgil Travis s’exprime à travers son orgueil, son caractère ténébreux, et ses actes répréhensibles plus que par son masque cachant sa difformité. Après l’encéphale démesuré du Cerveau de la famille, et les fœtus avortés de Hideous, il s’agit désormais d’une tête minuscule, pas plus grosse qu’un avocat.
Ces proportions étranges confèrent à l’acteur Jack Maturin un côté à la fois pathétique et absurde. À l’inverse, la belle Moira ne souffre d’aucun handicap et se complaît à dompter ses partenaires sexuels dans des séances sadomasochistes manquant cruellement de lubricité. Mais celle-ci tente également de remplir un vide existentiel, ce qu’aucune richesse ou homme n’ont jamais permis de combler.

Mentionnons également la présence de l’acteur William Paul Burns dans le rôle du majordome grimé en joker, gardien du temple, n’hésitant pas à se salir les mains pour exécuter les quatre volontés du maître des lieux. Son interprétation en valet spirituel apporte un supplément d’âme à cette modeste production, ne dépassant pas le budget cappuccino de James Cameron sur Titanic à en croire les dires du cinéaste en interview.
Rock ‘N’ Puppets
Avec la disparition de David Allen la même année, Blood Dolls ne pouvait néanmoins bénéficier des effets en stop-motion de l’animateur. Qu’à cela ne tienne, puisque le producteur se tournera vers ses marionnettes qu’il vendra ensuite par l’intermédiaire de son émission Videozone. La mise en scène académique de Band atteste de cet état de fait tant elle n’évolue pas d’un iota (l’acteur Jack Maturin engoncé dans ses costumes géants et filmé en gros plan).
Les séquences avec les poupées témoignent de ce parti pris chevillé aux limites et contraintes de production, et animés à l’aide d’étroits filins ou de la main d’un technicien hors champ. Leurs meurtres plus drôles que spectaculaires manquent d’audace et d’effets gore comparé à Puppet Master de David Schmoeller ou à Dolls de Stuart Gordon. Il apparaît rapidement évident que cette petite mécanique de prédation n’est là que pour satisfaire le besoin primaire du spectateur, comme cette magnifique paire de sein dévoilée l’espace d’un court instant par l’une des chanteuses du groupe.
Finalement l’intérêt réside davantage dans la peinture de ses personnages, se livrant sur leurs états d’âme dans des tirades et monologues élogieux dignes d’une tragédie grecque. La double conclusion mélodramatique le confirme. La première étant d’un cynisme exacerbé et la seconde d’un romantisme à l’eau de rose presque niais. Mais quelle que soit celle que l’on choisira de retenir, ces deux fins résument bien la démarche entreprise pas son réalisateur : celle de porter aux nues ses poupées et ses freaks qu’il aime plus que tout.



