[Critique] – Bloody Bird


Bloody Bird Affiche FIlm

Réalisateur : Michele Soavi

Année de Sortie : 1987

Origine : Italie

Genre : Horreur

Durée : 1h26

Le Roy du Bis : 7/10
Thibaud Savignol : 7/10


Alicia, de l’autre côté du Miroir


Après avoir œuvré dans le milieu du bis italien (2020 Texas Gladiators, Le Gladiateur du Futur) pour le compte de Joe d’Amato, Michele Soavi voit enfin sa chance se présenter. Le producteur lui propose de mettre en scène un slasher. L’occasion est trop belle pour l’apprenti cinéaste qui voit dans ce projet la possibilité de synthétiser les excès baroque du giallo après avoir fréquenté les tournages de ses maîtres à penser, Mario Bava (Demons) et Dario Argento (Ténèbres, Phenomena, Terreur à l’Opéra).

Ce qui nous est d’abord présenté comme le meurtre d’une prostituée dans une ruelle malfamée s’avère être en réalité une reconstitution dans l’environnement cloisonné d’une pièce de théâtre. La caméra prend alors du recul pour s’immiscer dans les coulisses de la production et s’intéresser aux conditions d’un casting soumis aux directives d’un metteur en scène despotique. Inquiète de voir le rôle lui passer sous le nez, Alicia, une danseuse souffrant d’une cheville fragile part se faire soigner en cachette dans l’asile psychiatrique voisin. Le serial killer Irving Wallace en profite pour s’évader et passer de l’autre côté du miroir pour semer le chaos dans la représentation… 

Bloody Bird Critique Film Michele Soavi

L’introduction tout en faux semblant sert subtilement cette mise en abyme de l’industrie du 7ème art. Durant sa situation d’exposition, Michele Soavi entend bien faire le parallèle de son métier à travers ce microcosme d’artistes bohèmes, et de petit producteur arriviste. Si le scénario peut légitimement évoquer celui du Fantôme de l’Opéra, le masque de hibou ramène le tueur au bestiaire sacralisé des premières œuvres de Dario Argento (Quatre mouches de velours gris, Le Chat à neuf queue), plus particulièrement à L’Oiseau au Plumage de Cristal avec lequel il partage cette notion d’enfermement. L’un au sein d’une salle de spectacle, l’autre dans le sas d’une galerie d’art, où chacun des acteurs se retrouvent comme spectateurs face à une situation d’effroi. 

Le cinéaste dissèque ces différentes individualités qu’il finit par confronter au véritable Irving Wallace, faisant des intermittents du spectacle les acteurs d’une véritable boucherie. De cette manière, Soavi revitalise la figure mythologique du tueur que ces infatigables représentations ont fini par rendre aussi abstraite (Vendredi 13) que vaporeuse (Halloween), réemployant le motif du masque, moins pour cacher l’identité du coupable, que pour effrayer le public et opérer là un retournement de situation théâtral. Mais contrairement aux giallo d’Argento et Bava où l’intérêt tenait au voyeurisme des meurtres, ainsi qu’à la résolution du mystère, Bloody Bird tient autant au magnétisme de sa mise en scène qu’à une mécanique de prédation d’une féroce ludicité.

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